L’accord conclu à Vienne mardi permettra à l’Iran, quoique sous surveillance, de devenir une puissance nucléaire militaire. Ce qui a plusieurs implications profondes pour l’establishment israélien de la défense.

À long terme, la communauté du renseignement israélien sera face sans doute au plus grand défi de son histoire – suivre les mouvements d’un régime hautement sophistiqué, religieusement dévoué à jouer, et pour longtemps, dans un pays de plus de quatre fois la taille de l’Allemagne.

À court terme, selon l’armée, la menace d’une course à la bombe est moindre, mais celle d’un Iran capable de porter à ébullition le conflit ethnique et religieux dans la région – y compris la possibilité d’une bombe sunnite – est plus grande.

Un officier supérieur de Tsahal a déclaré dans une conférence il y a quelques semaines que la menace non conventionnelle dans la région est en déclin, la Syrie ayant été dépouillée de presque toutes ses armes chimiques et l’Iran s’étant plié aux paramètres de l’accord.

« La forte surveillance et le ralentissement [du programme nucléaire] nous permettent de supposer que, sur le court terme, la menace serait en déclin », a-t-il soutenu.

En d’autres termes, selon la théorie dominante dans les hautes sphères de l’armée israélienne, après avoir signé un accord avec les puissances mondiales, il est peu probable que l’Iran – qui ne sera pas autorisée à enrichir de l’uranium au-dessus de 3,67 % et qui permettra l’accès aux inspecteurs de l’AIEA « si nécessaire, en cas de besoin », selon le président Barack Obama – viole les paramètres de l’accord aux premiers stades de son application.

Mais le flux de centaines de milliards de dollars et l’étreinte de la communauté internationale – octroyant à l’Iran ce que le ministre de la Défense Moshe Yaalon a qualifié mardi une légitimité « insondable » – doreront le statut régional de Téhéran et lui permettront de financer plus facilement et généreusement des organisations terroristes comme le Hezbollah, le Jihad islamique et autres.

Ainsi, l’Iran sera renforcé en Syrie, en Irak et au Yémen et pourra mieux répandre la terreur à l’échelle internationale. Israël sera contraint de redoubler ses mesures de prévention et certains de ses alliés dans la région risquent d’être déstabilisés, dont l’Arabie saoudite, qui pourrait aspirer à se doter de sa propre bombe.

L’armée et les autres organismes ressentiront les premières ondulations du triomphe iranien dans un avenir proche.

Toujours sur le long terme, les renseignements israéliens devront remplir un rôle historique de pivot. Ils le font déjà depuis le milieu des années 1990, quand Israël a en premier déclaré, devant un monde incrédule, que l’Iran cherchait à se doter de l’arme nucléaire. Mais ce jeu clandestin, souvent mortel, entre dans une phase nouvelle et plus cruciale avec la signature de l’accord à Vienne.

Supposant que les inspections de l’AIEA soient utiles mais non hermétiques, Israël, face à un monde qui pourrait ignorer les violations iraniennes, devra rester particulièrement attentif et, comme les termes de l’accord l’indiquent clairement, fournir des preuves bien en amont pour lancer une enquête d’envergure.

« Si l’AIEA a des préoccupations concernant des matériaux ou activités nucléaires non déclarés », stipule l’accord, « l’AIEA communiquera à l’Iran ces préoccupations et demandera des précisions. »

L’Iran, après avoir reçu les préoccupations par écrit, pourra enquêter et revenir avec « d’autres moyens de taire les préoccupations de l’AIEA. » Puis suivront des éclaircissements et des votes supplémentaires et, si le processus est censé se limiter à plusieurs semaines, il pourrait en réalité durer beaucoup plus longtemps.

Tout cela éloignera l’option qu’Israël fut contraint de choisir en Syrie en 2007, lorsque Bashar el-Assad a poursuivi une arme nucléaire – l’option militaire.

Au fil des ans, le ministre de la Défense Moshe Yaalon répète un refrain standard – un méli-mélo de maximes talmudiques – lorsqu’on l’interroge sur la meilleure façon d’affaiblir la menace nucléaire iranienne. « Le travail du Juste est fait par d’autres, mais si je ne suis pas pour moi qui le sera ? »

Il y a une chance que l’accord, qui ouvre les portes de l’Iran aux fonds et à l’influence étrangère, rongera, comme l’acide, les fondements de la révolution islamique.

Si c’est le cas, et qu’au cours des prochaines années un régime plus modéré émergera, la première moitié de la déclaration de Yaalon se sera réalisée à Vienne. Mais il est plus probable que ce soit la deuxième partie, attribuée à Hillel l’Ancien, qui se révèle pertinente.

Sur le plan international, il semble régner un sentiment quasi-unanime concernant l’incapacité d’Israël à paralyser l’Iran. L’ancien directeur de la CIA et commandant des forces américaines en Irak, le général David Petraeus, a pratiquement ridiculisé cette idée dans une récente conversation avec Jeffrey Goldberg à Aspen. Patiemment, comme devant un groupe d’enfants, il a noté qu’il manque à Israël la bombe 30 000 livres [13 000 kg] que les États-Unis possèdent, et un avion capable de la porter. Par conséquent, a-t-il laissé entendre, Israël n’a aucun moyen de contrecarrer par des moyens militaires les ambitions nucléaires iraniennes.

Mais il était peu probable qu’Israël triomphe dans la guerre d’Indépendance, celle des Six Jours, ou dans la prise d’otages à Entebbe. En outre, on avait raconté que les huit F-16 qui ont enterré le réacteur nucléaire de Saddam Hussein étaient incapables d’atteindre l’Irak, via une chaîne de pays ennemis, sans être remarqués, et étaient trop lourds pour transporter assez d’essence pour revenir au bercail.

Tsahal et les espions du Mossad sont loin d’être parfaits. Ils ont connu le goût de l’échec. Mais comme les négociations, jugées trop importantes pour échouer, les conséquences d’une bombe iranienne sont trop graves pour être acceptées ou contenues.

Si l’option militaire d’Israël n’est pas idéale, ou choisie seulement lorsque le couteau coupe déjà la chair, comme l’a dit l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, quand Yaalon a déclaré mardi que, si nécessaire, « nous saurons comment nous protéger avec notre propre puissance », ce n’était probablement pas une déclaration creuse.