Quand elle a décidé de se séparer de son mari, elle s’est rendue au tribunal rabbinique et, après deux audiences formelles et peu de débats, elle a reçu un acte de divorce religieux.

C’est seulement des mois après que la femme a appris que la cour l’avait signalée comme étant une femme adultère et l’avait placée sur une liste peu connue qui, selon les lois bibliques, l’interdit de se remarier, soit avec son ex-mari soit avec son amant.

Ces allégations, que la femme refuse d’aborder directement, n’ont pas été soulevées durant les procédures devant la cour. Elle n’en a eu vent que lorsqu’elle a reçu les papiers du divorce par courrier et qu’elle a vu la clause.

« Ils m’ont accusée d’adultère sans aucun fondement », raconte la femme à JTA – celle-ci a préféré garder l’anonymat. « J’étais sous le choc. Je ne savais pas d’où ça sortait. »

La femme, qui a lancé une procédure devant la Cour suprême pour que son nom soit retiré de la liste, fait partie de la liste des quelque 5 000 Israéliens empêchés de se marier sur le fondement d’une interdiction posée par les lois juives traditionnelles.

La liste inclut les mères qui ne sont pas converties au judaïsme orthodoxe et toutes les personnes qui tombent dans la catégorie légale connue sous le nom de mamzer, définis comme les progénitures de femmes mariées conçues extra-maritalement et leurs descendants.

Les cours religieuses israéliennes, qui régulent les mariages juifs de l’Etat selon les règles légales orthodoxes, expliquent que cette liste est nécessaire pour s’assurer que les mariages soient « casher ».

Mais le contrôleur de l’Etat rapporte que les cours rajoutent des noms à la liste illégalement.

Les cours « outrepassent les limites de leur autorité », explique le rapport, lorsqu’elles ajoutent les noms à la liste sans audience préalable.

Cette pratique, selon le rapport, contrevient aux Lois fondamentales israéliennes, à la dignité humaine et à la liberté, qui assurent le droit à la vie privée et à l’intimité, ou comme le rapport les appelle, les « droits naturels légaux ».

« Ce n’est pas le rôle de l’Etat de mettre dans la liste les enfants de mamzerim, » indique Susan Weiss, fondatrice du Centre pour le Justice des Femmes, un groupe d’intérêt juridique public qui planifie de déposer un recours devant la Cour suprême pour supprimer cette liste.

La notion de mamzer, un terme biblique souvent traduit comme « bâtard » – est une notion controversée de la loi juive, qui ne permet aux mamzerim seulement de se marier entre eux.

Dans le passé, des rabbins influents ont tenté de trouver des failles juridiques qui auraient pu empêcher de marquer quelqu’un comme étant un mamzer et de ce fait restreindre ses possibilités de mariage.

La mise en place de ces restrictions dans l’Israël d’aujourd’hui fait qu’il est extrêmement difficile pour quelqu’un étant marqué comme un mamzer par la cour de se marier légalement un jour.

Maayan Arviv, une porte-parole des tribunaux religieux, a précisé dans un e-mail à JTA que les noms inscrits sur la liste le sont après qu’une cour rabbinique ait examiné et statué sur les questions de l’état de la personne dans chaque cas. Une cour supérieure revoit les décisions.

Même sans l’inscription officielle, les cours religieuses peuvent refuser d’autoriser un mariage entre un mamzer et un autre Juif. Mais sans la liste, écrit Arviv, « l’officier de l’état civil ne peut pas exercer son autorité sur l’admissibilité du mariage ».

Arviv explique que les cours affirment que la question relative au staut de mamzer est tabou dans la communauté orthodoxe et que la discrétion est une nécessité essentielle. La liste n’est pas publique, dit-elle, « parce que les cours rabbiniques ne sont pas intéressées par ce qui se passe dans votre jardin et dans vos chambres. »

Arviv décline tout commentaire sur les spécificités du cas de la femme divorcée, qui est en cours d’examen par la Cour suprême.

Batya Kahana Dror, qui milite pour les femmes juives qui demandent le divorce, affirme qu’auparavant, les rabbins classaient des personnes comme étant des mamzerim à cause de détails sur l’origine de la personne qui provenaient du bouche à oreille et qui était difficiles à confirmer.

« Il y a eu des mamzerim tout au long de l’histoire, mais personne ne le savait », explique Dror. « Mais maintenant, la manière dont les informations sont conservées mène à la situation actuelle ».

D’autres disent que le concept de mamzer est néfaste et que les rabbins devraient trouver un moyen pour l’éliminer.

« Ce problème ne sera pas résolu tant que la communauté ne se débarrasse pas de l’idée que l’exclusion des mamzerim est un devoir », explique Rivkah Lubitch, une avocate de la cour rabbinique et membre du conseil du Centre pour la Justice des Femmes. « Il est difficile pour moi qui suis une personne religieuse de soutenir une société qui fait du mal à des personnes de la sorte ».

Au-delà des maux de tête dus à sa bataille pour blanchir son nom, la femme divorcée explique qu’être sur cette liste n’a pas rendu sa vie plus difficile.

Les cours ne l’empêchent que de se marier qu’avec deux personnes, qu’elle n’a aucune envie d’épouser. Mais se battre a été une décision de principe.

« Une femme adultère n’est pas, à mes yeux, un personne honnête », précise-t-elle. Cela fait partie des Dix Commandements. Comment ont-ils osé faire ça ? »