WASHINGTON – La Maison Blanche a annoncé samedi que le communiqué du président américain Donald Trump pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste ne citait pas les juifs parce qu’ils n’ont pas été les seuls à être ciblés et assassinés par le régime nazi d’Adolf Hitler.

« Malgré ce que disent les médias, nous sommes [une administration] extrêmement inclusive et nous prenons en compte tous ceux qui ont souffert », a déclaré une porte-parole de l’administration, Hope Hicks, à CNN.

Hicks faisait référence au communiqué oublié vendredi par le président américain, qui déplorait les vies perdues pendant l’Holocauste, sans préciser que six millions d’entre elles étaient juives.

« C’est avec le cœur lourd et l’esprit sombre que nous honorons et nous rappelons les victimes, les survivants, les héros de l’Holocauste, avait déclaré le président. Il est impossible de comprendre totalement la perversion et les horreurs infligées à des personnes innocentes par la terreur nazie. »

Hicks répondait à une demande par e-mail comprenant un lien vers un article du Huffington Post britannique qui décrivait les autres groupes démographiques ayant péri dans le génocide nazi systématique, selon CNN.

Les victimes, a-t-elle déclaré, étaient aussi « des prêtres, des gitans, des personnes ayant des handicaps mentaux ou physiques, des communistes, des syndicalistes, des témoins de Jéhovah, des anarchistes, des Polonais et d’autres peuples slaves, et des combattants de la résistance. »

Les juifs n’ont-ils pas été cités parce que le président ne voulait pas offenser les autres personnes victimes des nazis ? a demandé CNN. « C’était notre honneur de publier un communiqué en souvenir de ce jour important », a répondu Hicks.

L’omission en a cependant laissé certains perplexes dans la communauté juive américaine.

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now  à  New York City,le 17 novembre  2016. (Crédit : ADL)

Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

Jonathan Greenblatt, le directeur exécutif de l’Anti-Defamation League, a rapidement déclaré sur Twitter qu’il était « perturbant et troublant » que le communiqué de 117 mots ne cite pas spécifiquement les persécutions subies par le peuple juif, qui ont été au cœur du génocide nazi.

La déclaration de Trump, a affirmé Greenblatt, « oublie que c’est six millions de juifs qui ont péri, pas simplement des ‘personnes innocentes’. »

Alors que certains critiquaient l’omission, le président du Congrès juif mondial, Ron Lauder, a critiqué samedi Greenblatt.

« Cela ne fait pas honneur aux millions de juifs assassinés pendant l’Holocauste de jouer en politique avec leur mémoire », a déclaré Lauder.

« Toute lecture juste [du communiqué] montrera qu’il commémore de manière appropriée la souffrance et l’héroïsme qui ont marqué ce chapitre sombre de l’Histoire moderne », a-t-il déclaré.

« Il y a suffisamment d’antisémitisme et de menaces réels affrontés par les juifs aujourd’hui. Notre communauté ne gagne rien si nous atteignons un niveau où les outrages fabriqués réduisent la sensibilité générale aux vrais dangers que nous affrontons », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Illustration. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Illustration. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Ce n’était pas la première fois qu’un dirigeant international ne cite pas les juifs en honorant la mémoire des victimes de l’Allemagne nazie.

L’année dernière, le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait déclenché un scandale similaire quand il avait publié un communiqué sans aucune référence aux juifs et à l’antisémitisme.

Cette année, Trudeau a changé de formulation.

« Aujourd’hui, au 72e anniversaire de la libération d’Auschwitz-Birkenau, nous nous souvenons des plus de six millions de juifs assassinés pendant l’Holocauste et des innombrables autres victimes de la brutalité nazie », a-t-il déclaré.

Vendredi également, le jour même de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, Trump a signé un décret présidentiel interdisant aux réfugiés syriens et aux ressortissants de sept pays musulmans d’entrer sur le sol américain.

Trump a suspendu l’arrivée des réfugiés pendant au moins 120 jours et imposé de nouveaux contrôles, plus stricts, sur les voyageurs venant d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, de Syrie et du Yémen pour les trois prochains mois.