Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé lundi les Gardiens de la révolution islamique (GRI) de l’Iran d’avoir été impliqués dans l’attentat à la bombe survenu en 1994 au centre juif de l’AMIA à Buenos Aires. Mais sont-ce vraiment les GRI, qui font partie des forces militaires iraniennes, qui se trouvaient derrière cette attaque meurtrière ?

Cela fait longtemps que Netanyahu reproche à la République islamique d’avoir commandité l’attentat, mais il a aussi déclaré dans le passé que c’était la milice chiite libanaise du Hezbollah qui en était à l’origine – comme cela avait été établi par le procureur argentin Alberto Nisman.

« L’Iran a initié, programmé et mené ces horribles attentats à travers son mandataire du Hezbollah », avait déclaré Netanyahu lors d’une cérémonie organisée sur le site de l’explosion, le mois dernier.

Les GRI ont récemment fait l’actualité après que l’administration américaine a décidé d’appliquer des sanctions supplémentaires contre ses responsables, menaçant de désigner ce corps militaire comme organisation terroriste étrangère.

« Les Gardiens de la révolution sont la milice personnelle et les forces terroristes corrompues du Chef suprême iranien », a déclaré le président américain Donald Trump vendredi.

« Ils ont détourné de larges parts de l’économie iranienne et se sont saisis de dotations religieuses massives pour financer la guerre et le terrorisme à l’étranger. Ce qui signifie : armer le dictateur syrien, fournir aux partenaires et aux mandataires de l’Iran des armes et des missiles pour attaquer les civils dans la région, et même comploter l’explosion d’un restaurant populaire ici même, à Washington ».

Gardiens de la révolution islamique (Crédit : @MidEastNews_Eng via Twitter/File)

Gardiens de la révolution islamique (Crédit : @MidEastNews_Eng via Twitter/File)

« L’objectif affirmé qui est visé par les GRI est de renverser l’ordre international » a ajouté le département d’Etat dans un communiqué. « La puissance et l’influence des Gardiens de la révolution n’ont fait que croître avec le temps… C’est dur de trouver un conflit ou un peuple souffrant au Moyen Orient qui n’ont pas été touchés par les tentacules des GRI ».

Dans le long catalogue de griefs soumis par le département d’Etat contre les GRI, toutefois, l’attentat terroriste perpétré contre l’immeuble de l’AMIA, qui avait fait 85 morts, n’est pas mentionné.

Mais Netanyahu, dans un message transmis lundi via vidéo et dénonçant les propos affirmant un soutien public aux GRI du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, fait clairement le lien entre l’organisation et l’attaque perpétrée à Buenos Aires en 1994.

Samedi, Zarif a tweeté que tous les Iraniens, femmes et enfants compris, soutenaient le corps des Gardiens de la révolution. Netanyahu, pour sa part, est loin de cet avis :

« Vous voyez, je suis sûr que les Iraniens ordinaires ne tirent aucune fierté des meurtres d’innocents perpétrés par les Gardiens de la révolution dans le monde entier », déclare-t-il dans la vidéo. « Je suis sûr que les mères et les pères iraniens ordinaires n’auraient pas fait sauter un centre communautaire juif en Argentine rempli de petits enfants. Parce que c’est ce qu’ont fait les Gardiens de la révolution », a-t-il ajouté.

Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, pendant une réunion de l'Organisation de la coopération islamique à Istanbul, le 1er août 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, pendant une réunion de l’Organisation de la coopération islamique à Istanbul, le 1er août 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

La liaison établie par Netanyahu entre les GRI et l’attentat du centre communautaire juif de l’AMIA s’appuie probablement sur le fait que plusieurs individus accusés d’implication dans l’attentat étaient à l’époque des hauts-responsables du corps des Gardiens de la révolution.

L’ancien ministre iranien de la Défense Ahmad Vahidi, par exemple, était à la tête de l’unité Quds des GRI – le bras d’opérations internationales du corps – au moment de l’attaque. Son nom était apparu sur une « liste rouge » établie par Interpol concernant l’attentat contre l’immeuble de l’AMIA.

Mohsen Rezaee, un autre haut-responsable des GRI, est également recherché par Interpol pour son implication dans l’explosion de Buenos Aires.

Un homme marche dans les décombres après l'explosion d'une bombe à l'Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

Un homme marche dans les décombres après l’explosion d’une bombe à l’Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

L’idée d’une deuxième attaque terroriste majeure en Argentine – après l’explosion, en 2012, survenue à l’ambassade israélienne – avait été soulevée lors d’une réunion organisée le 14 août 1993 à Mashad, la seconde plus grande ville iranienne, avait établi le procureur argentin Nisman.

Le « comité des opérations spéciales » du leadership iranien s’était réuni pour évoquer ses problèmes continus avec l’Argentine et avait discuté de trois cibles potentielles. L’AMIA, l’immeuble de plusieurs étages qui accueillait le centre communautaire juif, avait été le premier à être discuté et avait été approuvé.

Un acte d’accusation paru en 2006 sur l’affaire (en PDF) désigne le chef suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei, comme le président du comité et affirme que la décision finale d’attaquer le centre de l’AMIA a été prise par Khamenei et par le président d’alors, Ali Akbar Hashemi Rafsanjani.

Ali Khamenei s'exprimant à Téhéran le 18 juillet 2015 (Capture écran d'Iran Press TV)

Ali Khamenei s’exprimant à Téhéran le 18 juillet 2015 (Capture écran d’Iran Press TV)

Imad Mughniyeh, le chef terroriste du Hezbollah habituellement accusé de planifier de telles atrocités, avait été en conséquence amené en Iran depuis le Liban et des instructions lui avaient été données pour coordonner l’attaque. (Il a été tué ultérieurement par une bombe à Damas en 2008).

Un militant du Hezbollah nommé Ibrahim Berro — quatrième enfant d’une fratrie de cinq, né dans une famille libanaise avec de forts antédécents de violence contre Israël – avait été choisi comme kamikaze. Et, le 18 juillet 1994, Berro avait projeté une camionnette blanche Renault Trafic remplie d’explosifs dans l’immeuble, le détruisant. La structure entière de sept étages s’était effondrée, faisant 85 morts et plusieurs centaines de blessés.

Alberto Nisman pendant une conférence de presse à Buenos Aires, le 20 mai 2009. (Crédit : Juan Mabromata/AFP)

Alberto Nisman pendant une conférence de presse à Buenos Aires, le 20 mai 2009. (Crédit : Juan Mabromata/AFP)

C’était Nisman, au cours de longues années consacrées à un travail d’investigation acharné, qui avait trouvé les preuves de ce qui reste le pire attentat terroriste jamais commis en Argentine et qui était parvenu à remonter jusqu’à la rencontre des responsables iraniens à Mashad.

Nisman a été assassiné en 2015. L’enquête sur les circonstances qui entourent sa mort mystérieuse est encore en cours et continue à troubler la politique argentine actuelle.

David Horovitz a contribué à cet article.