La Pologne a mis en place une procédure pour faciliter aux survivants de la Shoah la demande d’une allocation mensuelle. Cette mesure permettrait à des dizaines de milliers d’Israéliens d’origine polonaise de commencer l’été prochain à recevoir ces paiements, a appris le Times of Israel.

Le gouvernement de Varsovie a récemment changé ses lois pour permettre à l’Office polonais des anciens combattants et des victimes de l’oppression de transférer une « allocation pécuniaire mensuelle » d’environ 100 euros [soit 470 shekels] aux demandeurs admissibles qui résident à l’extérieur de la Pologne et n’y ont pas de compte bancaire.

Avant ce changement, les personnes d’origine polonaise qui ont été reconnues comme anciens combattants ou victimes de l’oppression ne pouvaient bénéficier de ces prestations que s’ils avaient un compte bancaire en Pologne ou connaissaient un résident pouvant transférer l’argent pour eux.

Et donc très peu de personnes – visiblement moins de 50 – avaient fait la demande pour obtenir ces pensions.

On estime que près de 50 000 Israéliens pourraient bénéficier des nouvelles directives, qui entreront en vigueur l’année prochaine, et un nombre inconnu d’autres survivants, résidant dans le reste du monde.

« Ce qui est nouveau dans ces dispositions, c’est que les autorités polonaises, en particulier l’autorité de sécurité sociale, s’engagent à transférer ces avantages aux demandeurs résidant n’importe où dans le monde », a déclaré Sebastian Rejak, l’envoyé spécial du ministre polonais des Affaires étrangères pour les relations avec la diaspora juive.

« En bref : un demandeur admissible résidant en Israël, ou quelqu’un qui a souffert pendant la Seconde Guerre mondiale sous l’occupation allemande et/ou soviétique, sera en mesure de recevoir ces prestations mensuelles directement à son compte bancaire dans son pays de résidence », a déclaré Rejak mardi dans une interview exclusive avec le Times of Israel à Jérusalem.

« L’ancienne procédure était lourde pour de nombreux demandeurs potentiels », a ajouté Rejak, ce qui explique pourquoi le gouvernement polonais a décidé de supprimer la nécessité d’une adresse physique en Pologne.

« La question », a-t-il encore précisé, « c’est aussi de savoir combien d’entre eux seraient intéressés ».

Les nouvelles règles, qui ont déjà été approuvées par le parlement polonais et le président Bronisław Komorowski, entreront en vigueur en octobre pour les résidents de l’Union européenne, et pour le reste du monde en avril 2015.

Qui est admissible pour les prestations mensuelles ?

Tout citoyen polonais qui a souffert pendant l’occupation nazie – dans un camp de la mort, de concentration, de travail ou de transit, ou dans la clandestinité – est potentiellement éligible pour recevoir la pension mensuelle, ainsi que ses conjoints.

« Ce groupe de bénéficiaires inclut les personnes confinées dans des prisons, des camps et des ghettos, ainsi que tous ceux qui ont été déportés en Union soviétique. Une catégorie supplémentaire est constituée d’enfants enlevés à leurs parents », selon le site de l’Office des anciens combattants et des victimes de l’oppression.

« Par exemple, un soldat de l’Armée rouge qui a été arrêté en Pologne et a épousé une citoyenne polonaise, et a quitté le pays après la guerre, peut réclamer la pension ».

Le haut responsable polonais précise encore : « Et si un enfant est né hors de Pologne ou d’Union soviétique, qu’il n’a jamais eu la nationalité polonaise, mais a souffert comme enfant d’une famille polonaise de l’Union soviétique, il est admissible à ce statut de vétéran de guerre ou d’opprimé. Même si ses parents ont disparu depuis longtemps, et qu’il n’a jamais eu la nationalité polonaise, il peut toujours demander l’allocation ».

Selon l’estimation de Brown, sans doute 50 000 citoyens israéliens – y compris les conjoints de survivants et ceux qui sont nés après la guerre en Russie communiste – pourraient recevoir ses allocations mensuelles du gouvernement polonais.

« Il doit être établi que vous êtes né citoyen polonais et avez été victime pendant la guerre en Pologne occupée ou dans un autre endroit parce que vous deviez quitter la Pologne, ou bien que vous êtes né après la guerre au sein d’une famille qui a été forcée à quitter la Pologne au cours de la guerre, de sorte qu’enfant, vous avez réellement partagé leur sort dans leur destin d’oppression. C’est ce qui vous rend admissible » .

Le gouvernement polonais vise à « rendre justice à ceux qui ont souffert pendant la guerre, c’est la façon dont nous voyons notre devoir de prendre soin de ces
personnes », a déclaré Rejak.

Naturellement, pas seulement les personnes juives bénéficieront de la nouvelle disposition. « Les critères ethniques ne sont pas pertinents, mais nous avons agi avec une sensibilité particulière pour les survivants juifs de la Shoah, c’est pourquoi nous avons voulu savoir comment le gouvernement israélien voyait les choses. La décision a été prise : la modification ne s’appliquera pas seulement aux résidents de l’UE, mais à chacun et à tous les autres pays aussi. »

Cependant, Rejak ajoute : La Pologne a « certainement » une sympathie particulière pour les survivants de l’Holocauste .

« Pour citer Elie Wiesel : ‘Pas toutes les victimes étaient des Juifs, mais chaque Juif était une victime’. Donc les victimes juives doivent être étudiées avec une attention particulière lorsque nous parlons de la Seconde Guerre mondiale – cela va sans dire. Leur statut juridique est le même – c’est une question de sensibilité et de tendre la main. »

Une fois que les nouveaux règlements entreront en vigueur en avril, les autorités polonaises informeront les demandeurs pour savoir s’ils sont admissibles à l’allocation mensuelle, dans ce cas, ils doivent remplir un autre formulaire avant que l’autorité de sécurité sociale polonaise ne commence à transférer de l’argent.

« Nous pensons que l’exemple polonais sera un précédent pour d’autres pays. Et nous ferons de notre mieux pour nous assurer que d’autres pays suivent son exemple », a déclaré Brown.

Bien qu’il ne travaille plus formellement pour le Projet HEART, Brown a affirmé qu’il continuera à chercher des moyens d’aider les victimes de la Shoah et leurs héritiers pour les aider à récupérer une propriété en Pologne, qui a été pillée pendant la période de la Shoah.

Fondée en 2011 dans le but d’aider à restaurer les biens pillés pendant la guerre et à les rendre à leurs propriétaires d’origine ou à leurs héritiers, le Projet HEART a été constitué au début du mois et dépend du ministère des Affaires des retraités, où il continuera à fonctionner avec des ressources limitées .

Brown a également affirmé qu’il aimerait que l’Institut national d’assurance d’Israël commence à payer des prestations mensuelles aux personnes reconnues comme « Justes parmi les nations » par Yad Vashem.

« C’est payer une dette que nous avons pour ces gens, » a-t-il dit.

Sans surprise, Varsovie a aimé l’idée. Si le gouvernement israélien, à un certain moment dans l’avenir, penait la décision de verser des pensions aux Polonais qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah, « ce serait très apprécié. Non pas comme un quid pro quo, mais comme un geste généreux. »