Yoram Gutgeld, né en Israël et conseiller économique de Matteo Renzi, l’ancien Premier ministre italien, pense que les résultats du référendum sur des réformes constitutionnelles n’entraîneront pas la sortie de Rome de l’Union européenne (UE), et envisage un futur pour l’enfant prodige de la politique italienne, malgré sa défaite cinglante.

Gutgeld, 56 ans, est actuellement membre du parti démocrate italien et député du pays. Depuis 2012, il est le bras droit de Renzi pour la politique économique. Il a travaillé pendant des décennies chez McKinsey&Company en Italie, une firme de consultants internationale.

Gutgeld a déclaré au Times of Israel pendant un entretien accordé peu après les résultats du référendum que les analystes ne devraient pas voir l’ombre de la vague populiste des victoires surprises des « Brexiters » et du président américain élu Donald Trump dans le cas italien.

« Cela serait fou que l’Italie quitte l’UE, et la majorité des Italiens ne veulent pas la quitter », a-t-il déclaré jeudi par téléphone.

Yoram Gutgeld (Crédit : autorisation)

Yoram Gutgeld (Crédit : autorisation)

Beaucoup ont cependant entendu le message exactement inverse après le succès stupéfiant du « non » au vote du 4 décembre en Italie sur une série de réformes gouvernementales, qui s’est transformé en référendum pour ou contre le Premier ministre lui-même une fois que Renzi a déclaré qu’il démissionnerait en cas de succès du « non ».

Une solide majorité de 59 % des voix exprimées a voté contre les réformes qui auraient modifié plusieurs aspects de la Constitution italienne, notamment en abolissant le Sénat et en modifiant la représentation des institutions territoriales.

La participation au référendum a été de 70 %.

Renzi a depuis démissionné, après être resté le temps de faire voter le budget, ce qu’il a fait mercredi.

Le Premier ministre italien Matteo Renzi annonce sa démission lors d'une conférence de presse au Palazzo Chigi après les résultats du vote pour un référendum sur les réformes constitutionnelles, le 4 décembre 2016. (Crédit : Andreas Solaro/AFP)

Le Premier ministre italien Matteo Renzi annonce sa démission lors d’une conférence de presse au Palazzo Chigi après les résultats du vote pour un référendum sur les réformes constitutionnelles, le 4 décembre 2016. (Crédit : Andreas Solaro/AFP)

Il n’est pas encore certain que l’Italie se dirige vers des élections anticipées, puisqu’un gouvernement de transition pourrait être formé. La décision sera probablement prise par le président Sergio Mattarella après sa rencontre avec les partis politiques pendant le week-end. Dans tous les cas, les eurosceptiques italiens ont interprété le résultat comme une opportunité de se rapprocher du pouvoir.

Le chef de ces eurosceptiques est le mouvement Cinq étoiles, formé par l’ancien comédien Beppe Grillo, qui semble pour l’instant être le parti d’opposition le plus populaire du pays.

Les politiques de ce parti sont anti-élites, eurosceptiques, anti-immigration et pro-écologie. Si Cinq étoiles prenait le pouvoir, la possibilité d’une sortie de l’Italie de l’UE semble quasiment acquise.

Beppe Grillo, chef du mouvement italien eurosceptique Cinq étoiles. (Crédit : Niccolo Caranti/Wikipedia)

Beppe Grillo, chef du mouvement italien eurosceptique Cinq étoiles. (Crédit : Niccolo Caranti/Wikipedia)

Gutgeld est né à Tel Aviv et a emménagé en Italie en 1989, avant de prendre la nationalité italienne et de progresser au sein de la branche italienne du McKinsey&Company. En 2012, il a rencontré Renzi, alors maire de Florence, et a décidé de rejoindre le jeune et populaire politicien, dans l’espoir de l’aider à mettre en place les réformes si nécessaires aux scènes politique et économique fameusement indisciplinées de l’Italie.

Malgré l’échec de Renzi, Gutgeld parvient néanmoins à projeter un sentiment d’optimisme dans cet entretien accordé, en italien, au Times of Israël.

Le Times of Israël : Que pensez-vous du résultat de ce référendum ?

Yoram Gutgeld : Je n’en conteste bien sûr pas les résultats. C’était une décision démocratique et les Italiens en ont décidé ainsi. La possibilité de perdre était réelle et les sondages montraient que le « non » menait avec une faible marge jusqu’au dernier jour. Evidemment, nous n’aurions pas pu prédire une large victoire.

Renzi a-t-il commis une erreur qui a pu entraîner sa défaite au référendum ?

Renzi, comme il l’a dit, a trop incarné le référendum, qui est donc devenu un vote politique, et plus un vote sur la Constitution. C’était une erreur politique tactique de sa part, mais dans le même temps, cette incarnation a montré sa perspicacité politique.

Depuis le début, il a été clair : il démissionnerait en cas de défaite. La réforme de la Constitution était quelque chose de crucial pour l’Italie, et il n’avait pas d’autre choix que de la proposer.

Et maintenant ? Comment s’annonce l’avenir pour Renzi ?

Il y aura un gouvernement de transition, et très bientôt de nouvelles élections. J’espère que Matteo Renzi sera candidat à ces élections, parce qu’il a toujours beaucoup à apporter à l’Italie.

Matteo Renzi, Premier ministre italien. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Matteo Renzi, Premier ministre italien. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Si vous y pensez, dans ce référendum, il a obtenu 40 % des voix seul, contre la majorité remportée par tous les autres partis combinés. Ce pourcentage est important, et il montre que beaucoup d’Italiens croient toujours en lui.

Si le mouvement eurosceptique Cinq étoiles gagnait les nouvelles élections, est-ce que cela pourrait entraîner une sortie de l’Italie de l’UE et de l’Euro ?

Ce serait fou que l’Italie quitte l’UE et la majorité des Italiens ne veulent pas la quitter. J’exclus donc cette possibilité, même si beaucoup de partis comme le mouvement Cinq étoiles et des partis de droite poussent dans ce sens.

Bien sûr, des évènements comme le Brexit, le résultat de ce référendum et l’élection de Donald Trump sont tous différents les uns des autres, mais ils mettent tous en évidence les inégalités sociales. Les politiques européens doivent comprendre ceci et fournir une réponse politique concrète au populisme, ce qui signifie principalement des réformes des politiques sociales.

Votre propre parti, le Parti démocrate, était divisé sur ce référendum, et beaucoup de ses membres ont décidé d’aller contre leur dirigeant. Que s’est-il passé ?

La minorité du Parti démocrate s’est comportée de manière inacceptable. C’est une chose de critiquer une réforme, et une autre de faire campagne contre votre parti. La première est compréhensible, la seconde ne l’est pas, particulièrement quand on pense que les mêmes membres du Parti démocrate avaient déjà voté six fois cette réforme entre le Parlement et le Sénat.

Vous passez beaucoup de temps avec Renzi. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?

C’est un homme très intelligent et très courageux. Il a d’excellentes capacités de communication, et il réfléchit très rapidement. C’est un chef, avec de grandes capacités, et c’est pour cela que j’avais décidé de quitter mon travail pour travailler avec lui.

Qu’allez-vous faire à présent ? Allez-vous continuer à travailler avec lui ?

Ma famille vit en Italie, donc je vais rester ici. Je suis toujours membre du Parlement, et je dirige la commission des dépenses jusqu’en 2018. Je serai donc là, et je continuerai bien sûr à soutenir Matteo Renzi.

Joshua Davidovich a contribué à cet article.