WASHINGTON — Prenant place ensemble dans une salle de conférence il y a 13 ans, David Friedman avait annoncé à son ami Donald Trump qu’il venait tout juste d’acheter un appartement à Jérusalem.

Trump, le magnat de l’immobilier, avait immédiatement montré une vive curiosité sur ses particularités. « Quelle superficie ? Combien cela a-t-il donc coûté ? » lui avait demandé le futur président élu, un souvenir évoqué par Friedman dans une interview accordée le mois dernier au Times of Israel.

Et quand Friedman lui avait indiqué le prix, Trump avait été surpris.

“C’est vraiment beaucoup d’argent”, avait-t-il répondu, selon Friedman. “Pour cette somme, pourquoi ne pas avoir acheté à East Hampton ? Pourquoi devoir partir si loin, en Israël, pour acquérir une résidence secondaire ?”

La réponse apportée par l’homme, né à Long Island, avait sûrement déjoué toutes les attentes de celui qui allait devenir plus tard président des Etats Unis. « Le monde n’a cessé de combattre pour s’approprier chaque centimètre de la terre de Jérusalem depuis 3 000 ans”, a répondu Friedman. « Personne ne fait la guerre pour East Hampton. »

Trump avait “ouvert de grands yeux”, raconte Friedman, « et c’est ce qui a initié un débat qui dure depuis plus d’une décennie concernant Israël ».

Maintenant, en 2016, l’échange semble avoir été plus déterminant que cela n’avait paru de prime abord à Friedman, désigné jeudi par le président élu Donald Trump comme étant le prochain ambassadeur américain en Israël.

Et la première initiative prise par Friedman à ce poste officiel a été d’indiquer que Trump prévoyait de tenir la promesse qu’il avait faite durant sa campagne en relocalisant l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Cette décision rompt avec des décennies de renoncement face à un engagement qui avait été également pris par les différents candidats à la présidentielle Démocrates comme Républicains mais qui ne s’était jamais concrétisé : Reconnaître la Ville Sainte comme capitale de Jérusalem.

Une vision aérienne du Dôme du Rocher à gauche dans le complexe connu pour les Musulmans sous le nom de al-Haram al-Sharif et pour les Juifs sous celui de Mont Du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, et le mur occidental, au centre, le lieu le plus saint pour les Juifs, le 2 octobre 2007. (Crédit : AFP/Jack Guez)

Une vision aérienne du Dôme du Rocher à gauche dans le complexe connu pour les Musulmans sous le nom de al-Haram al-Sharif et pour les Juifs sous celui de Mont Du Temple dans la Vieille ville de Jérusalem, et le mur occidental, au centre, le lieu le plus saint pour les Juifs, le 2 octobre 2007. (Crédit : AFP/Jack Guez)

La politique officielle mise en oeuvre par les Etats Unis a longtemps insisté sur le fait que le statut de Jérusalem ne pouvait être déterminé que par un accord négocié entre les parties impliquées, Israéliens et Palestiniens revendiquant tous deux la ville comme capitale de leur état.

Dans une déclaration faite jeudi, Friedman a expliqué être « profondément honoré et reconnaissant » que son ami de 15 ans l’ait choisi pour représenter l’Amérique au sein de l’Etat Juif. Il a également créé la surprise lorsqu’il a affirmé être impatient de mener à bien sa nouvelle mission “depuis l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem”.

Mais l’envie avérée de Friedman de relocaliser l’ambassade n’est pas la seule raison pour laquelle les organisations juives libérales ont répondu à cette nomination par une réaction proche de l’horreur. L’avocat et curateur de faillites âgé de 57 ans est également un soutien actif du mouvement pro-implantation et il a affirmé que l’identité juive d’Israël ne serait pas “menacée au niveau démographique” si le pays échouait à se séparer des Palestiniens.

Car Friedman est aussi le président de l’organisation American Friends of Bet El Institutions qui soutient une vaste implantation située près de Ramallah et, au cours de l’année passée, il a dénoncé les groupements qui avaient exprimé des critiques face à la politique d’implantation israélienne.

David Friedman, le conseiller de Donald Trump sur Israël, aux informations de la Dixième chaîne, le 14 septembre 2016 (Crédit : Capture d'écran Dixième chaîne)

David Friedman, le conseiller de Donald Trump sur Israël, aux informations de la Dixième chaîne, le 14 septembre 2016 (Crédit : Capture d’écran Dixième chaîne)

Au mois de juin, il a ainsi accusé les partisans de J Street d’être « bien pires que des kapos » – les Juifs qui avaient assisté les Nazis pendant l’Holocauste – dans un éditorial paru sur le site d’information d’extrême droite Israel National News. Et, prenant la parole à l’occasion du Forum de Saban annuel organisé au début du mois par Brookings Institution, Friedman a également refusé de revenir sur cette comparaison.

Maintenant qu’il devrait devenu le plus haut diplomate délégué par les Etats Unis en Israël – si le Sénat américain devait confirmer sa nomination – il assumera l’un des postes les plus délicats de la politique étrangère américaine, gérant la relation entretenue par les Etats Unis avec un allié proche dans une région à l’instabilité croissante et dans le sillage de huit années de liens tumultueux entretenus par l’administration du Président Barack Obama et le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Une source du bureau de Netanyahu a déclaré que le Premier ministre était « ravi » de la nomination.

« Il sait que David Friedman a la pleine confiance du président élu Trump et attend avec intérêt de travailler étroitement avec lui, » a confié la source sous couvert de l’anonymat.

Le mois dernier, Friedman avait accordé une interview au Times of Israel au sujet des politiques et des priorités de Trump s’il venait à remporter les élections. Voilà ses propos.

‘Pas de division’ entre les Etats Unis et Israël

Concernant la relation entre les Etats Unis et Israël, Friedman a insisté : Trump représenterait une rupture nette avec son prédécesseur – notamment dans le fait qu’il n’y aurait “pas de division” entre Israël et les Etats Unis, une phrase qui a également été utilisée lors de l’annonce par l’équipe de transition de sa nomination jeudi, ce qui indique une politique visant à conserver les différends hors de la sphère publique.

“Donald Trump veut soutenir Israël autant que possible”, a expliqué Friedman au Times of Israel. “Il ne considère pas Israël comme un état client auquel il vous suffit de donner des directives.

Il considère Israël comme un partenaire, un partenaire clé de l’Amérique dans une guerre globale contre le terrorisme islamique, il veut donc qu’Israël… soit aussi fort et sécurisé que possible ».

Contrairement à Obama, qui n’a jamais épargné ses critiques sur les constructions d’implantations israéliennes en Cisjordanie tout au long de sa présidence, Trump ne “mettra pas son bras dans l’engrenage en disant à Israël quelles politiques le pays doit adopter”, a expliqué Friedman ajoutant que son nouveau chef “ne considère pas qu’Israël ait particulièrement besoin d’être corrigé sur ce point-là.”

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le principe, a-t-il indiqué, recouvre à la fois comment Trump gérera le problème soulevé par les implantations et aussi la manière dont Israël se mettra en quête d’un accord avec les Palestiniens. L’administration Trump ne “dictera pas à Israël où le pays pourra construire ou non”, selon Friedman.

Trump, pour sa part, n’a pas fait de déclaration publique concernant sa position face aux implantations, ni détaillé la posture qu’il serait susceptible d’adopter.

Parmi la communauté chargée de la politique étrangère à Washington, et de manière plus nette encore au sein de l’administration Obama, le point de vue le plus communément partagé est qu’il faut maintenir coûte que coûte la solution à deux états et garantir l’avenir d’Israël en tant qu’état juif et démocratique.

Et pour cela, les Etats Unis doivent tenter de limiter l’activité d’implantations aux principaux blocs qu’Israël devrait assurément retenir selon les termes d’un accord permanent.

Pour sa part, Friedman a expliqué que l’administration de Trump “ne considère pas qu’il y ait beaucoup d’opportunités de progrès tant que les Palestiniens ne renoncent pas à la violence et qu’ils n’acceptent pas Israël en tant qu’état juif. C’est vraiment une condition préalable ».

“Le fort vs. le faible est moins pertinent pour Trump que la ‘conduite respective des parties’”

Une des critiques émises par Friedman sur le président actuel, c’est qu’Obama a toujours considéré Israël comme “fort” et les Palestiniens comme “faibles”, croyant par conséquent que c’était aux Israéliens de prendre les risques nécessaires à l’établissement de la paix.

“Le fort vs. le faible est moins pertinent aux yeux de Trump que la conduite respective des parties”, a expliqué Friedman.

Selon Friedman, Trump a été influencé après la diffusion d’une vidéo, le printemps dernier, d’une séquence portant sur un spectacle donné dans une école de Gaza, affiliée au Hamas.

« La moitié des gamins étaient habillés en soldats israéliens ou portaient l’habit traditionnel et l’autre moitié était vêtue comme des shahids, et les enfants jouant les terroristes manipulaient leurs faux couteaux et poignardaient tous les Juifs”, a dit Friedman au sujet de ce film. « Du faux sang coulait sur la scène et les parents applaudissaient tout cela. Dans une classe de cours préparatoire ».

Une jeune Palestinienne attaque des 'soldats israéliens' au couteau lors d'une pièce jouée à Gaza dans le cadre du 'Festival de la Palestine pour les Enfants et l'éducation", en avril 2016 (Informations de la deuxième chaîne)

Une jeune Palestinienne attaque des ‘soldats israéliens’ au couteau lors d’une pièce jouée à Gaza dans le cadre du ‘Festival de la Palestine pour les Enfants et l’éducation », en avril 2016 (Informations de la deuxième chaîne)

Trump, a-t-il ajouté, considère ce genre d’incitation comme étant “inacceptable et une entrave absolue pour la paix”.

Mais Trump n’a-t-il pas dit qu’il voulait rester neutre ?

En février 2016, le candidat à la présidentielle plein d’espoir qu’était alors Trump avait qualifié la paix israélo-palestinienne de « probablement l’accord le plus difficile à réaliser”, mais avait promis qu’il tenterait de « lui donner un sacré coup d’essai ».

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l'AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l’AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Il avait également promis d’adopter « une certaine neutralité» lorsqu’il avait été poussé par Joe Scarborough de MSNBC à dire à laquelle deux parties revenait l’échec d’un accord.

« Beaucoup de gens ont été brûlés par les flammes en essayant de concrétiser cet accord. Je ne veux donc pas dire à qui en revient la faute », avait-il répondu.

« Je ne pense pas que cela vienne aider à quoi que ce soit ».

Trump avait été immédiatement critiqué pour ces déclarations lors de sa campagne. Il a paru effectuer une reculade au cours de son discours prononcé lors de la Conférence de l’AIPAC en 2016 et à quelques occasions, mais il n’a jamais explicitement renoncé à cette posture.

Friedman a affirmé toutefois que son langage a été mal compris. “Ce à quoi il se référait véritablement, c’était de parrainer des négociations qui se tiendraient sans conditions préalables”, a-t-il expliqué. « C’est ce qu’il considérait comme de la neutralité et cela a été franchement le point de vue défendu par le gouvernement israélien depuis un certain temps ».

Friedman a cité la demande d’Obama, faite lors de son premier mandat, que Netanyahu fasse un moratoire sur toutes les constructions des implantations en Cisjordanie en tant que mesure permettant de construire la confiance, comme
« exemple de l’absence de neutralité, sinon en faveur des Palestiniens contre les Israéliens ».

Et la solution à deux Etats ?

En tant que l’un des deux hauts-conseillers de Trump sur les questions liées à Israël aux côtés de Dov Greenblatt, Friedman a expliqué que le candidat n’a pas encore décidé exactement la manière dont il pourrait gérer le conflit opposant les Israéliens et les Palestiniens. Il a néanmoins précisé qu’il était ouvert à de nouvelles idées, dont des alternatives à la solution à deux états.

‘Trump sera très orienté par les visions israéliennes et ne cherchera pas à imposer une voie particulière au gouvernement israélien’

Friedman a déclaré que, lors de ses discussions avec Trump, « une solution à deux états n’était pas une priorité » pour le président élu.

« Je ne pense pas qu’il ait épousé une solution particulière. Une solution à deux états est l’une d’entre elles mais ce n’est pas la seule ».

Contrairement aux trois derniers présidents qui ont tenté de pousser les parties impliquées à négocier un compromis, Trump laissera Israël se déterminer sans subir la pression des Etats Unis, a indiqué Friedman.

“Une administration Trump tentera d’aider les Israéliens à amener la stabilité dans la region, à la rendre aussi calme que possible, aussi pacifique que possible, et finalement de trouver une solution à long-terme”, a-t-il dit. Et quelle que soit cette solution, « Trump sera très orienté par les visions israéliennes et ne cherchera pas à imposer une voie particulière au gouvernement israélien ».