L’Iran a condamné jeudi l’intervention militaire conduite par l’Arabie saoudite contre les rebelles Houthis au Yémen, dénonçant une « démarche dangereuse » qui n’apportera que « plus de morts ».

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, présent à Lausanne (Suisse) pour les négociations nucléaires, a affirmé que cette opération provoquera « davantage de morts », « créera plus de tensions dans la région et n’apportera aucun bénéfice à aucun pays ».

Cette intervention risque, selon lui, de faire le jeu des djihadistes. Téhéran a « toujours averti les pays de la région et les pays occidentaux de faire attention à ne pas entrer dans des jeux à courte vue, de ne pas aller dans le même sens qu’Al-Qaïda et Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) », a-t-il averti, cité par la télévision iranienne en arabe Al-Alam.

M. Zarif a précisé que la question du Yémen n’avait pas été évoquée avec son homologue américain John Kerry. « Notre dialogue est seulement limité au nucléaire et nous n’avons pas parlé de ces questions », a-t-il assuré.

Les avions saoudiens ont visé dans la nuit des positions de la milice chiite Houthis, qui est soutenue par l’Iran et qui menace de prendre le contrôle d’Aden, la grande ville du sud fief du président Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale.

L’action militaire lancée par l’Arabie saoudite va « encore plus compliquer la situation, étendre la crise et faire perdre les chances d’un règlement pacifique des divergences internes au Yémen », a pour sa part déclaré la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marzieh Afkham, dans un communiqué.

« Cette agression ne donnera aucun résultat, sauf qu’elle provoquera une propagation du terrorisme et de l’extrémisme, et une augmentation de l’insécurité à travers la région », a-t-elle prévenu, appelant à un arrêt immédiat des frappes aériennes sur le Yémen.

Le président de la Commission de la sécurité nationale et politique étrangère au Parlement, Alaeddine Boroujerdi, a pour sa part qualifié l’Arabie saoudite d’irresponsable.

« Le fait que l’Arabie saoudite ait attisé les flammes d’une nouvelle guerre dans la région montre qu’elle est imprudente », a-t-il affirmé dans des propos reproduits par l’agence de presse Fars.

« La fumée de ce feu entrera dans les yeux de l’Arabie saoudite car la guerre ne se limite jamais à un seul endroit », a prévenu M. Boroujerdi, exprimant « l’espoir que cette opération militaire sera immédiatement interrompue et les problèmes du Yémen réglés par la voie politique ».

Il a en outre accusé les Etats-Unis de soutenir les frappes aériennes saoudiennes sur le Yémen, affirmant que l’Arabie saoudite et les pays du Golfe n’auraient pu lancer une telle intervention sans « autorisation américaine ».

« Ayant déjà imposé de longues années de crise en Irak, en Syrie et en Afghanistan, l’Amérique a initié une nouvelle crise dans le monde musulman, ce qui est un acte fortement condamnable », a ajouté le responsable iranien.

Les Etats-Unis, alliés du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi dans la lutte contre Al-Qaïda, ont annoncé fournir un soutien en logistique et en renseignement à la coalition.

Trafic suspendu dans les aéroports du sud de l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite a suspendu le trafic aérien dans les aéroports du sud du royaume, limitrophe du Yémen où une opération militaire a été lancée par Ryad pour venir en aide au président de ce pays arabe face aux rebelles chiites soutenus par l’Iran.

Selon un communiqué de l’Autorité de l’aviation civile jeudi, cette mesure, qui s’applique à sept aéroports dont celui de Jazane, province frontalière du Yémen, restera en vigueur « jusqu’à nouvel ordre ».

L’Arabie saoudite a lancé dans la nuit de mercredi à jeudi une série de raids aériens qui ont pris pour cible notamment des sites tenus par les rebelles Houthis dans la capitale Sanaa, dont l’aéroport, une base aérienne et le palais présidentiel, selon des sources militaires et des habitants.

L’Irak condamne l’intervention militaire arabe au Yémen

Le chef de la diplomatie irakienne a condamné jeudi l’intervention militaire conduite par l’Arabie Saoudite au Yémen, se disant pour une solution « pacifique ».

« Nous ne sommes pas avec la frappe, et nous ne sommes pas avec l’intervention étrangère », a indiqué à l’AFP le ministre des Affaires étrangères irakien, Ibrahim al-Jaafari, dont le gouvernement lutte contre le groupe djihadiste de l’Etat islamique (EI) avec le soutien des Occidentaux et de l’Iran.

Il s’exprimait dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, en marge d’une réunion des chefs de la diplomatie préparant le sommet annuel de la Ligue arabe qui doit s’ouvrir samedi.

« Nous tenons au principe de non-intervention dans les affaires d’un Etat quel qu’en soit le prix, car cela va compliquer la situation », a ajouté M. Jaafari, soulignant que « les solutions militaires » ne pouvaient pas représenter « le début d’une solution. »

« Nous sommes avec les solutions pacifiques, sans intervention étrangère », a-t-il insisté, précisant que son pays n’avait pas été mis au courant de cette intervention militaire au Yémen.