Le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine ont discuté de l’accord nucléaire iranien et du conflit israélo-palestinien au téléphone, a annoncé le Kremlin samedi.

Décrivant un échange « positif », le Kremlin a déclaré que les deux hommes avaient abordé de nombreux sujets, de l’accord nucléaire aux conflits ukrainien et israélo-palestinien, en passant par les tensions sur la péninsule coréenne et les relations commerciales.

La « priorité » de leurs discussions a été la lutte contre le terrorisme international.

« Les deux parties ont exprimé leur volonté de travailler ensemble activement pour stabiliser et développer la coopération russo-américaine sur une base constructive, d’égal à égal, et pour le bénéfice mutuel » des deux pays, a déclaré Poutine dans un communiqué après sa première conversation avec Trump depuis l’investiture de ce dernier.

« Les présidents se sont déclaré en faveur de la mise en place d’une coordination réelle des actions russes et américaines pour détruire l’Etat islamique et les autres groupements terroristes en Syrie », a indiqué le communiqué.

Le président russe Vladimir Poutine pendant une rencontre avec le ministre japonais des Affaires étrangères, à Saint-Pétersbourg, le 2 décembre 2016. (Crédit : Dmitri Lovetsky/Pool/AFP)

Le président russe Vladimir Poutine pendant une rencontre avec le ministre japonais des Affaires étrangères, à Saint-Pétersbourg, le 2 décembre 2016. (Crédit : Dmitri Lovetsky/Pool/AFP)

Trump et Poutine ont également exprimé leur désir de se rencontrer, a annoncé le Kremlin.

Trump a indiqué samedi avoir fait un « premier pas significatif » pour « améliorer les relations » entre les Etats-Unis et la Russie lors de son entretien téléphonique avec Poutine, tout en voulant rassurer ses alliés sur « l’importance fondamentale » de l’OTAN.

Le président américain a ensuite signé un nouveau décret donnant 30 jours à ses responsables militaires pour lui présenter un plan « pour vaincre » l’EI et « identifier de nouveaux partenaires pour la coalition » menée par les Etats-Unis contre l’EI.

Donald Trump a régulièrement fait part de sa volonté d’améliorer les relations avec Vladimir Poutine, après des années de tensions avec l’ancien président américain Barack Obama qui ont culminé avec les accusations contre le Kremlin de s’être immiscé directement dans l’élection américaine en piratant les adversaires politiques de Trump.

La perspective d’un rapprochement Washington-Moscou est accueillie avec méfiance par les alliés des Etats-Unis, qui voient d’un mauvais œil un éventuel allégement des sanctions internationales contre la Russie et craignent un désengagement américain de l’OTAN.

Les Européens s’inquiètent en particulier des déclarations très critiques de Donald Trump envers l’Alliance atlantique pendant sa campagne, à un moment où la Russie fait peur sur le Vieux continent et où l’OTAN, largement portée par les Etats-Unis, paraît le seul rempart contre Vladimir Poutine.

La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l'attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse à Berlin après l’attaque au camion bélier contre un marché de Noël de la ville qui a fait au moins 12 morts, le 20 décembre 2016. (Crédit : John MacDougall/AFP)

Visiblement soucieux de rassurer, Donald Trump a souligné « l’importance fondamentale de l’OTAN » durant un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel.

Avec le président français François Hollande, le dirigeant américain a évoqué téléphoniquement l’importance de mieux « partager le fardeau des dépenses de défense ». Trump avait reproché aux pays membres de l’OTAN de profiter de la protection américaine sans en payer le prix.

Le président français a appelé son homologue américain au « respect » du principe de « l’accueil des réfugiés », au lendemain d’un sérieux tour de vis en matière d’immigration et d’accueil de réfugiés visant sept pays musulmans (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen), afin d’empêcher, selon Trump, l’entrée éventuelle sur le territoire américain de « terroristes islamiques radicaux ».

La Première ministre britannique Theresa May, qui a rencontré Trump vendredi, n’est « pas d’accord » avec ces restrictions à l’immigration et interviendra si elles touchent des citoyens britanniques, a indiqué l’un de ses porte-parole.

La Première ministre britannique, Theresa May, lors d'une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump dans la salle Est de la Maison Blanche, le 27 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

La Première ministre britannique, Theresa May, lors d’une conférence de presse conjointe avec le président américain Donald Trump dans la salle Est de la Maison Blanche, le 27 janvier 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, sans commenter la décision américaine, a assuré que le Canada accueillera les réfugiés « indépendamment de [leur] foi », car « la diversité fait notre force ».

Aux Etats-Unis, l’entrée en vigueur de ce décret controversé a provoqué des scènes chaotiques à l’aéroport JFK de New York, où plusieurs dizaines de voyageurs en provenance de pays musulmans étaient retenus par les services de l’immigration. Quelque 2 000 manifestants les soutenant étaient encore présents dans la soirée à JFK, où d’importantes forces de police ont été déployées.

D’autres manifestations, avec des centaines de participants demandant également la libération de voyageurs interpellés, étaient signalées dans les aéroports de Washington, Chicago, Minneapolis, Denver, Los Angeles, San Francisco et Dallas.

Ce décret « fonctionne très bien, a assuré Trump samedi soir. Nous allons imposer des vérifications extrêmes qui auraient dû être en place dans ce pays depuis des années. »

Mais une juge fédérale a donné partiellement raison samedi soir aux associations de défense des droits civiques voulant bloquer le décret, dont la puissante ACLU : elle a ordonné aux autorités américaines de ne procéder à aucune expulsion de ressortissants des pays musulmans visés qui disposent des papiers les autorisant à entrer aux Etats-Unis.

Plusieurs citoyens de ces pays, pourtant en possession de visas, se sont vu refuser l’entrée du territoire américain dès vendredi soir.

Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, qui devait retourner le 4 février aux Etats-Unis, a ainsi vu son billet annulé, a-t-elle confié sous couvert d’anonymat.

Au Caire, une famille irakienne disposant de visas a été empêchée d’embarquer à bord d’un vol vers New York, ont indiqué des responsables de l’aéroport égyptien.

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

La Maison Blanche a fait savoir que le décret s’applique également aux détenteurs d’un permis de résidence permanente aux Etats-Unis (carte verte) en provenance des sept pays cités, qui ne pourront revenir sur le sol américain qu’après un entretien avec un agent consulaire avant leur arrivée.

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a dit espérer que ces mesures soient « temporaires », car « le besoin de protection des réfugiés n’a jamais été aussi grand. »

Une semaine après son entrée à la Maison Blanche, le nouveau président américain a déjà pris une série de mesures controversées, de la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique à la dénonciation d’accords commerciaux, en passant par l’annonce de coupes drastiques dans les contributions à l’ONU et des déclarations favorables au rétablissement de la torture.