Daniel Rubinstein, l’un des principaux responsables arabophones du Département d’État américain, devrait trouver chaussure à son pied en remplaçant l’ambassadeur en Syrie Robert Ford, parti à la retraite fin février.

Rubinstein, qui parle couramment l’arabe et est expert du Moyen Orient, avait envisagé ce poste en 2009, quand les Etats-Unis ont rétabli une liaison diplomatique avec la Syrie, mais n’avait pas été retenu car il venait d’obtenir une position stratégique à Jérusalem quelques mois plus tôt.

Dans un communiqué publié lundi matin, le secrétaire d’État John Kerry affirme être certain que Rubinstein serait un « successeur exceptionnel » de Ford.

Kerry ajoute que Rubinstein, qui a occupé plusieurs postes dans des pays de langue arabe, est « extrêmement respecté dans la région » et qu’il fait partie de « nos principaux experts sur le Moyen Orient. »

Les Etats-Unis ont fermé leur ambassade à Damas en février 2012, évacuant l’ensemble du personnel consulaire. Les intérêts américains en Syrie sont depuis gérés par une section spéciale au sein de l’ambassade tchèque.

Rubinstein, un Juif américain marié à Julie Adams, officier du service diplomatique, était récemment chef-adjoint de l’assistant au secrétaire du Bureau of Intelligence and Research.

De 2009 à 2012, il fut consul général et chef de mission à Jérusalem, un poste qui faisait de lui le principal représentant diplomatique pour l’Autorité palestinienne.

Les zones de conflit du Moyen Orient sont un terrain familier pour Rubinstein. Avant Jérusalem, le diplomate d’expérience a été chef de l’unité d’observation civile au sein de la Force multinationale et observateurs (FMO) au Sinaï.

Il était également en poste à Amman, Bagdad, Tunis, Tel Aviv et Damas. Aux Etats-Unis, Rubinstein a été directeur du Bureau du Département d’État pour Israël et les affaires palestiniennes.

Diplômé de l’université de Californie, il parle couramment l’hébreu, le portugais et, évidemment, l’arabe. Rubinstein a d’ailleurs fait étalage de sa maîtrise de l’arabe dans un message vidéo enregistré à Washington, à l’occasion de sa prise de fonction et des trois ans depuis le début de la guerre civile, qui a fait plus de 100 000 morts.

Dans la vidéo publiée sur YouTube et la page Facebook de l’ambassade virtuelle des Etats-Unis à Damas, Rubinstein a évoqué la date ‘anniversaire’, décrivant « trois années d’une douleur inimaginable avec des conséquences durables. »

« Cette semaine est une triste occasion et un sobre rappel pour nous tous du travail qu’il reste à faire. Les Etats-Unis seront à vos côtés », a déclaré Rubinstein à son public syrien, à près de 10 000 kilomètres de distance. « Si la réponse du régime d’Assad est l’injustice, puisse le pouvoir des justes être plus grand. »

D’anciens collaborateurs de Rubinstein parlent d’un diplomate « intelligent et talentueux », mentionnant notamment son passage à Jérusalem comme une preuve qu’il est bien préparé à naviguer dans des environnements diplomatiques complexes.

Toutefois, d’anciens responsables du Département d’Etat ont averti qu’il héritait d’une « situation impossible que l’influence américaine ne peut pas modifier de manière significative. »

« Daniel est un diplomate très talentueux », confie l’un d’eux, « mais ce n’est pas la question. Dans ces circonstances, personne ne peut avoir d’impact significatif. »

Malgré tout, Rubinstein va devoir essayer de réaliser l’impossible. Le nouvel envoyé spécial devrait se rendre dans la région fin mars pour débuter des consultations avec les Syriens.

« Les qualités de dirigeant et de conseil de l’envoyé spécial Rubinstein seront vitales alors que nous redoublons nos efforts pour soutenir l’opposition modéré, consolider nos partenaires, contrer le développement de la menace extrémiste, et répondre à la crise humanitaire dévastatrice et à son impact sur les États voisins », a déclaré Kerry.

Le prédécesseur de Rubinstein, Ford, a dû quitter le pays en 2011 après avoir été visé par les forces pro-Assad.

Ford a quitté le Département d’État en février après trois décennies de service au sein du Département d’État. Son nom avait été suggéré pour devenir le nouvel ambassadeur américain en Égypte, mais le gouvernement militaire du Caire aurait indiqué ne pas vouloir travailler avec lui.

Ford avait soutenu l’opposition syrienne et très vivement critiqué le président Bachar Al-Assad. Des responsables égyptiens auraient estimé qu’il était devenu trop proche de certains éléments islamistes.