L’oligarque né en Ukraine, qui a fondé le Parlement juif européen, a rencontré Marine Le Pen, la leader d’extrême-droite en France qui est boudée par de nombreuses organisations juives dans le monde entier.
 
La rencontre de mercredi entre Vadim Rabinovich et Le Pen a eu lieu dans le cadre d’une table ronde que Rabinovich a organisée à Strasbourg avec 10 représentants du groupe parlementaire des partis nationalistes ‘Europe des nations et des libertés’, présidé par Le Pen et qui dirige aussi le Front national.

Le Congrès juif européen (CJE) a condamné Rabinovich, qui est député en Ukraine, pour sa rencontre avec Le Pen.

« Le fait qu’un Juif européen se considère prêt à être la feuille de vigne pour des racistes et des antisémites est choquant à l’extrême», a déclaré son président, Moshe Kantor, dans un communiqué.

Le CJE a critiqué le Parlement juif européen, que Rabinovich a co-fondé en 2012 et qu’il dirige maintenant, et a contesté sa prétention à représenter la communauté juive européenne.

Levi Matusof, un rabbin d’origine française et un des 120 membres du Parlement juif européen, a démissionné peu de temps après la rencontre de Strasbourg, qu’il a qualifiée d’ « opportuniste et inappropriée. »

La présidente du parti d'extrême droite Front National, Marine Le Pen, lors d'une conférence de presse, le 23 mars 2014 (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

La présidente du parti d’extrême droite Front National, Marine Le Pen, lors d’une conférence de presse, le 23 mars 2014 (Crédit : Kenzo Tribouillard/AFP)

Mais dans une interview avec JTA, Rabinovich a défendu sa décision de rencontrer Le Pen parce que « seul le dialogue peut conduire à des progrès, et parce que Mme Le Pen a confirmé que l’antisémitisme était inacceptable. »

Le bloc ‘Europe des nations et des libertés’ comprend les membres du Parlement européen du parti autrichien FPO, un groupe avec un passif de négation de la Shoah, de collaboration avec des nazis et de déclarations racistes, ainsi que le Vlaams Belang flamand et d’autres partis nationalistes ayant une histoire et une idéologie similaires.

Marine Le Pen a essayé d’adoucir en partie l’image du Front national par une distanciation du parti de son fondateur – Jean-Marie, le père de Marine, qui a plusieurs fois été condamné pour incitation à la haine raciale dont une fois pour son affirmation que les chambres à gaz n’étaient qu’un « détail » de la Seconde Guerre mondiale. Le Front national a entamé une percée au sein la communauté juive.

En février, Roger Cukierman, le président du CRIF, le Conseil Représentatif des Institutions juives de France, avait dit que bien que Marine Le Pen « ne peut être blâmée personnellement, » il y a un consensus dans le monde juif qu’il y a derrière elle «tous les négationnistes, les supporters de Vichy et de [Philippe] Pétain ».

« Elle n’est pas son père », a déclaré Rabinovich de Marine Le Pen. « Nous avons eu un dialogue constructif où nous avons accepté la nécessité de lutter contre l’antisémitisme, et je crois qu’elle est sincère à ce sujet. »

En 2011, la station de radio juive française Radio J a été contrainte par d’autres groupes juifs d’annuler une interview avec Marine Le Pen.

Iosif Akselrud, un membre ukrainien du Parlement juif européen, a déclaré que Rabinovich a soulevé la question de la rencontre avec Le Pen lors d’une session plénière du groupe, « et la majorité des délégués, environ 90 %, a dit que nous devrions entamer un dialogue avec elle parce que cela va contribuer à lutter contre l’antisémitisme. Donc, cette rencontre est en accord avec la politique du PJE ».