Des pirates informatiques travaillant probablement pour le régime syrien et le Hezbollah ont réussi à pénétrer dans les ordinateurs d’activistes israéliens et américains travaillant avec l’opposition syrienne, dévoilant des contacts sensibles entre les parties.

Al-Akhbar, un journal servant d’organe du Hezbollah au Liban, a publié une série d’articles ce week-end prétendant divulguer la correspondance entre Mendi Safadi, un Druze israélien et ancien conseiller politique du ministre adjoint de la Coopération régionale Ayoub Kara, avec des membres de l’opposition syrienne partout dans le monde, extraite de l’ordinateur de Safadi.

L’article contient également des captures d’écran de documents Word et d’échanges de messages enregistrés sur l’ordinateur de Safadi.

L’article a allégué que Safadi, travaillant pour le compte du gouvernement israélien, a essayé de recruter des agents en Syrie et au Liban, de faire de la contrebande d’armes avec les groupes rebelles islamistes en Syrie, et de localiser des cibles au sein de la Syrie qui pourraient être bombardées par les forces de la coalition.

Répondant dimanche au Times of Israel, Safadi a reconnu que son ordinateur a en effet été piraté il y a environ sept mois par des agents des unités de cyberguerre du Hezbollah et d’Assad, un fait d’abord découvert par les agences de sécurité israéliennes.

Il a dit que les renseignements syriens et du Hezbollah avaient à plusieurs reprises tenté de pirater son ordinateur dès les six premiers mois après le début des émeutes syriennes, qui ont éclaté en mars 2011.

« Il est naturel pour le régime syrien et le Hezbollah de me poursuivre de toutes les manières possibles compte tenu des succès que j’ai accomplis dans mon travail », a déclaré Safadi, qui ne travaille plus pour le gouvernement et se définit désormais comme « un lobbyiste de diplomatie internationale » mettant l’accent sur la Syrie.

Mendi Safadi (à gauche) en conversation avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'un événement en 2015 (Autorisation: Mendi Safadi)

Mendi Safadi (à gauche) en conversation avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’un événement en 2015 (Autorisation: Mendi Safadi)

Selon le quotidien libanais, la connexion de Safadi avec l’opposition syrienne a été découverte par hasard, quand un hacker anonyme a placé un « cheval de Troie » – un programme malveillant destiné à effacer ou voler des données d’une cible spécifique – dans l’ordinateur d’un chef de l’Etat islamique en Irak, qui aurait été en contact avec Safadi dans le cadre de négociations pour libérer un otage jordanien.

Al-Akhbar a accusé Safadi d’avoir essayé de signer à Prague des contrats d’armement avec l’Etat islamique et le Front al-Nosra – deux organisations islamistes radicales actives en Syrie.

Il a affirmé que l’affaire n’a jamais été matérialisée en raison du refus du Front al-Nosra de le signer à l’extérieur du territoire syrien.

Il a également affirmé qu’en décembre 2014 Safadi avait contacté un homme surnommé Abu Manaf ayant des connexions avec l’État islamique dans une tentative de libérer le pilote jordanien Muaz Kasasbeh, qui a ensuite été brûlé vif par l’État islamique.

Parlant dimanche au Times of Israel, Safadi a nié l’allégation du journal sur le commerce des armes, mais a confirmé qu’il avait bien essayé d’obtenir la libération de Kasasbeh par l’intermédiaire d’un homme ayant des liens avec l’État islamique.

« Je me suis renseigné une fois sur l’éventualité de libérer [Kasasbeh] », a reconnu Safadi. « La question a été examinée et il s’est avéré qu’ils [l’État islamique] n’avaient aucun intérêt à le libérer. »

Kasasbeh a été brûlé vif le 3 janvier 2015 ; la vidéo macabre de son exécution a été mise en ligne un mois plus tard.

Une photographie publiée le 24 décembre 2014 sur les sites djihadistes par l'État islamique à Raqqa en Syrie prétend  montrer le pilote jordanien Mu'ath al-Kaseasbeh (Crédit photo: AFP / HO / Welayat Raqqa)

Une photographie publiée le 24 décembre 2014 sur les sites djihadistes par l’État islamique à Raqqa en Syrie prétend montrer le pilote jordanien Mu’ath al-Kaseasbeh (Crédit photo: AFP / HO / Welayat Raqqa)

Bien que les articles d’Al-Akhbar contiennent des dizaines de noms, des surnoms et des numéros de téléphone de Syriens et d’autres qui étaient en contact avec Safadi, ce dernier maintient qu’ils ne font face à aucun danger réel de représailles.

Certains des noms, tels que les opposants Kamal al Labwani et Moussa Nabhan, avaient rendu publics leurs contacts avec les Israéliens ou leurs visites en Israël, affirme Safadi.

D’autres sont des militants insignifiants qui réclament simplement un soutien financier qu’ils n’ont jamais reçu.

« Il n’y a pas de danger à leur divulgation, ni à moi, ni à eux, » a-t-il insisté. Dans la plupart des cas, a continué Safadi, il a utilisé des surnoms dans sa correspondance pour cacher l’identité de ses interlocuteurs.

« Ceux qui pourraient être lésés par l’article sont des gens qui travaillent encore [officiellement] aux côtés du régime [d’Assad]. Aucun de ces noms n’a été révélé, ce qui est bon », a-t-il dit. « Il y a tellement d’Abu Muhammad et d’Abu Abdo en Syrie qu’il n’y a aucun moyen de les atteindre. »

Mais un militant de l’opposition syrienne résidant actuellement en Europe et mentionné par son vrai nom dans l’article d’Al-Akhbar, a déclaré au Times of Israel qu’il craignait pour la vie des 23 membres de sa famille vivant encore en Syrie.

« La trahison n’est pas nécessairement le résultat de mauvaises intentions. La bêtise et la naïveté peuvent aussi parfois être considérées comme une trahison »

« J’ai vraiment peur », a reconnu dimanche au Times of Israel l’opposant sous condition d’anonymat, lors d’une conversation à l’aide de Skype.

« Le régime d’Assad exécute des personnes en raison de chansons trouvées sur leurs téléphones cellulaires, donc à plus forte raison pour quelque chose comme ça. »

L’homme tente maintenant frénétiquement d’accélérer la sortie de Syrie des membres de sa famille.

« La trahison n’est pas nécessairement le résultat de mauvaises intentions, » a dit l’opposant à propos de Safadi. « La bêtise et la naïveté peuvent aussi parfois être considérées comme une trahison. »

L’ordinateur de Moti Kahana, un homme d’affaires et activiste politique israélo-américain du lobbying auprès du gouvernement américain pour faire respecter une zone d’exclusion aérienne dans le sud de la Syrie, a également été piraté ces derniers mois.

L'homme d'affaires israélo-américain et militant anti-Assad Moti Kahana (Photo de sa page Facebook)

L’homme d’affaires israélo-américain et militant anti-Assad Moti Kahana (Photo de sa page Facebook)

Kahana, dont le nom apparaît dans l’article d’Al-Akhbar aux côtés de celui de Safadi comme un « officier du renseignement israélien », a dit au Times of Israel qu’en revenant le mois dernier d’un voyage d’affaires il a découvert que des captures d’écran de son ordinateur de bureau avaient été téléchargées en son absence.

« Je suis sûr qu’ils ont tout pris », a déclaré des pirates Kahana. « Cela peut mettre en danger la vie de gens, y compris de citoyens américains. »

Kahana a révélé qu’il est en train d’examiner les conséquences juridiques du piratage selon la législation américaine.

« Je pense que les autorités américaines devraient empêcher les terroristes comme l’Iran et le Hezbollah de pénétrer dans les foyers américains, » a-t-il dit.

« Si l’Iran ou le Hezbollah ont piraté mon ordinateur dans le New Jersey, ils ont enfreint la loi américaine, et je vais les poursuivre légalement. Ceci est très grave. »

Le bureau du Premier ministre israélien n’a fait aucun commentaire sur la question au moment de la publication de cet article.