Le professeur d’université palestinien, qui était à la tête d’une délégation de Palestiniens dans le camp de concentration d’Auschwitz, a démissionné, supposément après des semaines de pressions et de menaces.

Le professeur d’université Al-Quds Mohammed Dajani occupait les fonctions de chef du département d’études américaines de l’université et de directeur de sa bibliothèque flambant neuve.

Mais le 18 mai, moins de deux mois après le voyage à Auschwitz, Dajani démissionne, confiant au quotidien israélien Haaretz qu’il croyait n’avoir eu « d’autre choix », après que l’université a cédé aux « incitations » de membres du corps professoral, refusé de le soutenir publiquement et qu’elle l’ait renvoyé du syndicat du personnel, auquel selon lui, il n’a jamais appartenu.

En mars, Dajani a conduit une délégation de 30 étudiants palestiniens à Auschwitz-Birkenau, pour la première visite organisée d’étudiants palestiniens dans un camp de concentration, selon sa définition. La délégation, qui a passé également plusieurs jours à Cracovie, était encadrée par deux survivants de l’Holocauste.

Dajani a été salué en Israël et en Occident pour avoir participé au voyage vers l’ancien camp d’extermination nazi polonais, mais condamné par les Palestiniens, qui l’ont qualifié de traître.

Un article sur le voyage, dans le journal palestinien Al-Qods, a été retiré du site Internet du journal après des commentaires ingérables en ligne, selon le Washington Post.

L’universitaire, un ancien combattant du Fatah interdit en Israël depuis 25 ans, a affirmé que l’université s’était désolidarisée de sa décision de conduire la délégation d’étudiants en Pologne, et qu’il avait agi « à titre personnel », puisqu’il « donnait sa démission ».

Selon Haaretz, Dajani avait espéré que l’université rejette sa démission, émettant un « message clair et fort » aux étudiants, professeurs et à « la communauté palestinienne », selon lequel « l’université soutient la liberté académique et considère ce voyage comme un voyage éducatif de recherche de connaissance ».

Toutefois, il a rapidement été informé que l’université avait accepté sa démission et qu’elle entrerait en vigueur le 1er juin.

« Certains peuvent considérer ma lettre de démission d’Al-Quds comme une sorte de ‘capitulation’ devant les détracteurs de la liberté académique, d’action et d’expression. C’est faux », affirme Dajani à Haaretz. « En présentant ma démission, j’élevais la lutte à un niveau supérieur. Ma lettre de démission d’Al-Quds était une sorte de test décisif afin de déterminer si l’administration de l’université soutient la liberté académique, d’action et d’expression comme elle le prétend ou non. »

Dajani a ajouté que, s’il avait reçu l’appui du président de l’université sortant, Sari Nusseibeh – qui aurait démissionné suite à un rassemblement du Hamas ayant secoué le campus de l’université en mars – et de son nouveau président, Imad Abu Kishek, le public n’a pas suivi.

Au lieu de cela, pointe-t-il, la campagne de diffamation contre lui, suivie de l’acceptation de sa démission, a mis en lumière « le double langage » dans la société palestinienne à l’égard de la liberté d’expression et de la liberté académique.

« Le Pr Nusseibeh aurait affirmé qu’en remettant ma démission, je semblais quitter la bataille de la liberté académique, » aurait exprimé Dajani. « Pourtant, j’ai déclaré que l’administration de l’université devrait rejeter ma démission pour envoyer un message clair et catégorique à la communauté universitaire, disant qu’elle soutient la liberté académique et que je n’ai violé aucune loi, règlement ou politique universitaire. »

« En acceptant ma démission, leur message était fort et clair ; ‘il n’y a pas de place pour les idées de Dajani sur notre campus’, », renchérit-il.

Le voyage des élèves à Auschwitz est intervenu dans le cadre d’un programme commun de réconciliation et de résolution des conflits avec deux autres universités : l’université Friedrich Schiller allemande et l’université Ben Gourion du Néguev.

Tandis que le groupe palestinien visitait un camp de concentration nazi, les Israéliens, eux, se rendaient dans un camp de réfugiés palestinien au sud de Bethléem.

Dans la communauté universitaire palestinienne, cette visite inédite fut perçue comme une collaboration avec une université israélienne, et sévèrement critiquée. Mais jusqu’à l’acceptation de sa démission, Dajani est resté imperturbable dans sa détermination de justifier le voyage.

« Un de mes étudiants m’a demandé pourquoi nous devrions en apprendre davantage sur l’Holocauste alors que les Israéliens veulent interdire l’utilisation même du mot ‘nakba’ [catastrophe, terme palestinien pour désigner la création de l’Etat d’Israël] », raconte-t-il. « Ma réponse fut la suivante : parce que, ce faisant, tu feras le bon choix. Si eux n’agissent pas bien, c’est leur problème. »

Il y a trois ans, en mai 2011, Dajani a coécrit un éditorial dans le New York Times, avec l’historien juif américain Robert Satloff, intitulé : « Pourquoi les Palestiniens devraient apprendre sur l’Holocauste. »

Dans cet article, Dajani écrit qu’il est « essentiel » pour les étudiants palestiniens d’apprendre sur le génocide afin qu’ils soient « armés de connaissances pour rejeter la comparaison » entre l’Holocauste et la nakba, car « si l’on évite de faire cette comparaison, la paix sera encore plus réalisable ».

Enseigner l’Holocauste au Palestiniens, dit-il, c’est parcourir un long chemin vers le rétablissement du droit des sociétés arabes d’acquérir des connaissances non censurées de l’histoire et leur permettre d’apprendre sur le passé.

« Si les Arabes en savaient davantage sur l’Holocauste et les génocides, en général, peut-être les voix arabes seraient-elles plus fermes pour tenter de mettre fin à ce genre d’atrocités », a-t-il écrit, ajoutant que l’apprentissage de la Shoah pourrait également donner aux jeunes Palestiniens plus d’espoir et de détermination à aspirer à la paix.

« Enseigner l’Holocauste aux Palestiniens est une façon de s’assurer qu’ils ne tombent pas dans l’impasse de croire que leur processus de paix avec Israël est aussi désespéré que la situation entre les nazis et les Juifs. Un débat sur l’Holocauste renforcerait l’idée que la paix est réalisable. »