Les fidèles d’un rabbin séfarade influent éviteront dorénavant de regarder le billet de 50 shekels israélien parce qu’il a été conçu à l’effigie d’un poète qui avait épousé une chrétienne.

Le rabbin Benzion Mutzafi a émis ce jugement après avoir sorti ce billet qu’il a considéré comme offensant de sa poche durant un cours qu’il donnait ce week-end, a fait savoir le site ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat dimanche.

Après que l’un de ses élèves lui a demandé une explication plus précise concernant cette interdiction, le rabbin – un « juge » éminent en termes de halakha [loi juive] au sein de la communauté séfarade – a écrit : « Pour l’image illustrée, : Il est connu que [Tchernichovsky] avait épousé une femme chrétienne pieuse qui, tous les dimanches, ‘priait’ à l’église ».

« On dit qu’à cette époque, feu le rabbin [Abraham Isaac] Kook [premier grand rabbin ashkénaze de la Palestine mandataire britannique] l’avait supplié, lui demandant et tentant de le convaincre de la faire se convertir au judaïsme. Et il a refusé ».

Le rabbin séfarade Benzion Mutzafi, qui aurait demandé à ses élèves de ne pas regarder le billet de 50 shekels parce qu’il a été conçu à l’effigie d’un homme — le poète Saul Tchernichovsky– marié à une chrétienne (Capture d’écran :Youtube)

Tchernichovsky avait épousé une chrétienne née en Russie, Melania Karlova, avec laquelle il avait eu une fille, Isolda.

Il a été l’un des quatre poètes choisis en 2011 pour figurer sur les billets de banque israéliens, aux côtés de Nathan Alterman, Leah Goldberg et de Rachel Bluwstein.

L’émission du billet de 50 shekels avait suscité la colère chez les religieux et d’autres personnalités israéliennes lorsqu’il avait été dévoilé au mois de septembre 2014.

Le docteur Hagi Ben-Artzi, frère de l’épouse du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Sara, avait indiqué que l’utilisation de l’effigie du poète né en Russie était un « scandale ».

« Shaul Tchernichovsky est devenu un symbole de l’assimilation, de l’idéologie de l’assimilation », avait-il dit à l’époque, selon Israel National News. »Il est inconcevable qu’une telle personnalité, aussi important que puisse être un poète, devienne un symbole de l’état d’Israël ».

Bentzi Gopstein, directeur du groupe anti-assimilation violent Lehava, avait indiqué à Kikar HaShabat à l’époque qu’éviter l’utilisation du nouveau billet n’était pas réaliste.

« Je pourrais dire cela, mais personne ne le ferait », avait-il dit, déplorant lui aussi l’image du poète. « Nous devons apprendre qui sont en réalité nos modèles ».

Shlomo Aviner, un éminent rabbin orthodoxe, avait indiqué que le portrait de Tchernichovsky sur un billet officiel de l’Etat juif était « horriblement agaçant ».

“Tchernichovsky était en effet un poète et auteur incroyablement talentueux et il est lié au peuple d’Israël mais un déshonneur terrible était profondément imprimé dans sa vie, car il était marié à une non-juive, une chrétienne très religieuse », avait commenté Aviner, chef de la yeshiva Ateret Cohanim dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, auprès du site d’information NRG, ajoutant qu’il était impensable qu’un mariage mixte puisse être « glorifié sur un billet de banque national ».

Le mois dernier, les billets de 20 et de 100 shekels ont été introduits. Ils sont à l’effigie de Leah Goldberg et de Rachel Bluwstein, mieux connue sous le nom de Rachel la poétesse.