WASHINGTON — Les Etats-Unis n’ont jamais eu l’intention de démanteler le programme nucléaire iranien dans son intégralité et le plus haut diplomate du pays n’a jamais promis des « inspections à n’importe quel moment et n’importe où », a déclaré le Secrétaire d’Etat John Kerry aux membres du Comité du Sénat pour les Relations étrangères lors d’une audience jeudi matin.

Rejettant l’idée d’un meilleur accord possible pour contrecarrer le programme nucléaire de l’Iran comme « une fantaisie » impliquant « une sorte d’arrangement utopique comptant sur une capitulation complète de l’Iran », le secrétaire a fait face à plusieurs critiques très sceptiques, l’un d’eux lui a dit que l’Iran avait « escroqué » les Etats-Unis dans les négociations.

Après avoir présenté des heures de compte-rendus classifés mercredi, Kerry témoignait avec le Secrétaire d’Etat à l’Energie Ernest Moniz et le Secrétaire du Trésor Jack Lew dans un effort de vendre l’accord controversé avec l’Iran signé il y a 10 jours à un Congrès dubitatif.

S’exprimant dans une session porte-ouverte houleuse avant le Comité du Sénat, Kerry a déclaré aux sénateurs que les Etats-Unis n’ont jamais considéré la demande initiale que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait préconisé dans les mois menant à l’accord initial entre le groupe P5+1 des puissances mondiales et l’Iran.

« Il était question de savoir comment démanteler leur programme d’armes, pas tout leur programme », a déclaré Kerry.

« Personne n’a jamais parlé d’un démantèlement de tout le programme », a-t-il assuré dans son témoignage passionné, expliquant que quand le démantèlement était la politique, l’Iran a multiplié son programme nucléaire par cent.

« Avec ce programme, l’Iran a accepté de retirer 98 % de son stock d’uranium enrichi », a noté Kerry en ajoutant que « l’Iran a accepté de ne pas faire l’acquisition d’uranium enrichi et des armes à l’uranium ».

L’accord sur le nucléaire obtenu par les puissances P5+1 mené par les Etats-Unis avec l’Iran passe actuellement par une période de vérification obligatoire selon la Loi de Contrôle de l’accord sur le nucléaire iranien. Au cours du témoignage télévisuel au Congrès jeudi de Kerry, le premier après la signature de l’accord final, les sénateurs ont posé de nombreuses questions au Secrétaire d’Etat.

Selon la loi, le Congrès aura la possibilité de voter une résolution pour l’approuver ou le désapprouver, et si un vote de désapprobation rassemble assez de voix pour dépasser un veto présidentiel, cela pourrait avoir un impact sur la capacité du président Barack Obama de respecter les termes de l’accord.

Bien qu’il ait reçu des applaudissements des personnes présentes dans la pièce du comité quand il est entré, Kerry a fait face à une attitude hostile de la part des membres républicains.

Répondant aux commentaires faits plus tôt par le Président du Comité, le sénateur Bob Corker a accusé l’administration de reculer vis-à-vis de son engagement initial pour des inspections rigoureuses, Kerry a déclaré « je n’ai jamais prononcé les mots partout et n’importe quand, et cela n’a pas été dans les discussions que nous avons eu avec les Iraniens ».

Selon l’accord avec l’Iran, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) peut demander un accès à tous les sites, si elle dispose de preuves d’une violation d’un accord sur le nucléaire.

Les inspecteurs doivent « fournir à l’Iran la base pour de telles préoccupations et demander des clarifications », selon l’accord de Vienne. Si les explications de l’Iran ne rassurent pas suffisamment les préoccupations de l’AIEA, l’agence « peut demander un accès aux sites concernés » pour s’assurer qu’il n’y a pas d’activité illégale qui s’y produit. « L’AIEA fournira à l’Iran des raisons pour demander par écrit l’accès au site et présentera des informations disponibles pertinentes », stipule l’accord.

Si les Iraniens et les inspecteurs ne parvenaient pas à « obtenir des arrangements satisfaisants », Téhéran résoudra n’importe quelles préoccupations « à travers les moyens nécessaires sur lesquels sont tombés d’accord l’Iran et l’AIEA », peut-on lire dans l’accord. S’il n’y a toujours pas d’accord deux semaines après le dépôt de la demande initiale, une Commission commune, consistant de six puissances mondiales et de l’Iran lui-même, votera sur comment résoudre la crise. En tout, le procédé pourrait prendre jusqu’à 24 jours.

Le président du Comité, le sénateur Bob Corker (R-TN) lors d'une audience du Comité des Relations étrangères du Sénat au Capitole le 23 juillet 2015 Washington (Crédit : AFP PHOTO / BRENDAN SMIALOWSKI)

Le président du Comité, le sénateur Bob Corker (R-TN) lors d’une audience du Comité des Relations étrangères du Sénat au Capitole le 23 juillet 2015 Washington (Crédit : AFP PHOTO / BRENDAN SMIALOWSKI)

Dans une déclaration ouverte, Corker a accusé Kerry d’avoir permis que les Etats-Unis soient « escroqués » par l’Iran lors des négociations de l’accord sur le nucléaire décidé la semaine dernière.

« Je crois que nous avons été escroqués et, en se faisant escroquer, vous avez fait passer le rôle du pariah de l’Iran au Congrès, a-t-il déclaré. Il y a quelques semaines, vous aviez déclaré qu’aucun accord était meilleur qu’un mauvais accord. Mais maintenant vous dites que, d’une certaine manière, si le Congrès venait à rejeter l’accord, la seule option serait la guerre ».

Corker a également attaqué l’attitude de l’administration envers Israël et les Etats du Golfe, sur lesquels il a dit que Kerry parle « avec un degré de mépris ». Corker a dit à Kerry qu’il avait « franchi un nouveau seuil dans la politique étrangère américaine où le rôle des Etats-Unis consiste à autoriser un État soutenant le terrorisme à développer un programme nucléaire sophistiqué ».

Corker, qui est l’auteur de la Loi de Contrôle de l’accord sur le nucléaire iranien, a déclaré qu’il était « déçu » par le témoignage à huis clos fourni par Kerry et d’autres officiels de l’administration mercredi. Corker, un sceptique de l’accord sur l’Iran, s’est plaint qu’à chaque fois qu’un membre du Congrès exprimait du scepticisme sur l’accord, les représentants de l’administration les accusaient de ne laisser à l’Amérique aucune autre option que la guerre.

Corker a critiqué l’accord en déclarant que les Etats-Unis « ont fini par obtenir un accord qui codifie concrètement l’industrialisation du programme nucléaire iranien ».

« Nous n’avons pas un seul scientifique, un seul témoin qui puisse présenter une seule raison pour que l’Iran développe ce programme nucléaire », a-t-il assuré.

Mais Kerry a averti que « si le Congrès américain décide de rejeter unilatéralement l’accord de Vienne, le résultat sera… un véritable feu vert pour que l’Iran reprenne l’enrichissement d’uranium. Si les Etats-Unis devaient rejeter l’accord, nous serions seuls. Nos partenaires ne vont pas le rejeter avec nous, et ils rejeteront les sanctions multilatérales dures que nous avons mis en place ».

Kerry a déclaré que même si les Etats-Unis rejetaient l’accord, l’Iran continuerait inévitablement à chercher à obtenir des armes nucléaires.

« Le fait est que l’Iran a maintenant développé l’expérience avec un cycle de combustible nucléaire et la capacité de développer le matériel fossile pour une bombe. Nous ne pouvons pas oublier cela et nous ne pouvons pas ignorer cette expérience, a-t-il déclaré aux sénateurs. Si nous rejetons l’accord, l’année 2015, 2016 ou 2020 commence demain, sans aucune transparence, inspections ou dispositifs de protection en place ».

Le secrétaire a critiqué les annonces publicitaires qu’il a dit avoir vu récemment demander aux législateurs d’exiger un meilleur accord, une exigence formulée à plusieurs reprises par Netanyahu.

« Le choix n’est pas un meilleur accord, c’est une sorte d’arrangement utopique impliquant une capitulation complète de l’Iran. C’est du rêve pur et simple, a-t-il déclaré. Le choix qui se présente à nous actuellement se fait entre un accord qui s’assurera que le programme nucléaire iranien soit limité, rigoureusement observé et totalement pacifique, et aucun accord. »

Kerry a également répondu aux critiques qui suggéraient que les Etats P5+1 avaient répété les mêmes erreurs qui avaient conduit à l’émergence de la Corée du nord comme un État avec l’arme nucléaire.

« Le protocole additionnel est une conséquence de l’échec de l’accord avec la Corée du Nord, a-t-il déclaré, et ils doivent le ratifier avant que les sanctions des Nations unies ne soient levées par le fin de ce processus. Ils l’ont accepté dès le premier jour ».

« Si l’Iran ne respecte pas ses engagements, nous le saurons rapidement et nous serons capables de répondre selon les sanctions draconiennes que nous avons aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Marissa Newman a contributé à cet article.