Quelques jours après l’annonce de son opposition à l’accord sur le nucléaire iranien, le sénateur démocrate Chuck Schumer a essuyé une avalanche d’accusations provenant de milieux progressistes qui ont eu recours à une rhétorique classiquement antisémite de manque de loyauté et de trahison. L’Anti-Defamation League a critiqué lundi ces accusations, disant au Timesof Israel qu’elles sont une « gifle » aux longues années de Schumer au service des États-Unis.

Schumer avait annoncé jeudi dernier qu’il allait s’opposer à l’accord nucléaire avec l’Iran lors d’un vote crucial au Congrès le mois prochain. Sa défection du côté de l’administration Obama sur la question a été un coup aux efforts de la Maison Blanche pour empêcher une majorité des deux tiers au Congrès contre l’accord qui pourrait surmonter un veto présidentiel, mais n’était pas une surprise de la part d’un parlementaire qui avait déjà indiqué son malaise concernant l’accord.

Depuis l’annonce de Schumer, un hashtag Twitter #dumpschumer est devenu le point focal pour la plupart du vitriol déversé sur les réseaux sociaux. Initialement consacré à une tentative pour empêcher Schumer de prendre les rênes de leadership démocrate au Sénat après le depart de l’actuel chef de file de la minorité Harry Reid, les militants anti-Schumer se sont référés à lui à plusieurs reprises comme un «traître», suggèrent que sa loyauté est seulement pour Israël et non pour les États-Unis, et l’accusent d’avoir reçu son «vrai salaire» de sources malveillantes – comme Israël, l’AIPAC ou d’autres organismes pro-israéliens.

Mais la campagne notoirement provocatrice sur twitter n’est pas le seul support pour ces accusations.

Le site de gauche Daily Kos a publié une caricature dans laquelle un animateur de télévision imaginaire qualifie de « traître » une représentation de Schumer en marmotte avec un drapeau israélien à côté du sénateur à la place du drapeau américain.

« Les réactions sont un triste exemple de la façon dont certaines personnes gobent le genre de thèses promues par [John] Mearsheimer et [Stephen] Walt que les Juifs américains et d’autres partisans d’Israël placent les intérêts d’Israël avant ceux des États-Unis», a déclaré le directeur national de l’Anti-Defamation League Jonathan Greenblatt.

Walt et Mearsheimer ont co-signé un article et plus tard un livre dans lequel ils affirment que le «lobby israélien», une section grossièrement définie de groupes juifs américains et d’autres, travaille contre les intérêts américains et se caractérise par «un noyau composé d’organisations dont le but déclaré est d’encourager le gouvernement américain et le public américain à fournir une aide matérielle à Israël et à soutenir la politique de son gouvernement, ainsi que des personnes influentes pour qui ces objectifs sont aussi une priorité absolue ».

Les critiques se sont plaints que Mearsheimer et Walt ont essentiellement ressorti des clichés antisémites classiques accusant les Juifs d’agir comme un « nation dans la nation » et possédant des allégeances doubles et contradictoires.

Walt a été l’un de ceux qui a tweeté et retweeté des réponses au débat pour savoir si la rhétorique concernant l’accord dur l’Iran etait antisémite. Le professeur de Harvard a qualifié Schumer de «vendu» et retweeté un article d’opinion dans le Huffington Post qui a qualifié les opposants à l’accord de « marionnettes de Netanyahu. »

Cet article a cité des propos de Schumer de 2010 dans lequel il aurait déclaré: «Je suis un shomer [gardien] d’Israël et je vais continuer à l’être avec tous les os de mon corps » comme preuve de ses intérêts antipatriotiques.

« Les accusations de manque de loyauté sont une gifle à son historique [de Schumer] au service du public, » s’est plaint Greenblatt dans une réponse écrite. «Il y a une place pour un débat légitime sur l’accord sur le nucléaire, par contre des accusations contre le sénateur Schumer – et tout autre personne – qui prononce un point de vue différent mais basé sur des faits – sont plus qu’indécentes. »

Les partisans de l’accord sur l’Iran – dont le président Barack Obama lui-même – ont été critiqués ces dernières semaines pour ce que certains considèrent comme des critiques de leurs adversaires qui utiliseraient des stéréotypes historiques sur les Juifs.

Au cours du week-end, la rédaction du magazine juif Tablet a publié un éditorial inhabituellement véhément condamnant ce que les rédacteurs – qu’ils soient partisans ou opposants à l’accord – décrivent comme «l’utilisation de l’appât du Juif et d’autres formes flagrantes et rétrogrades de préjugés raciaux et ethniques comme outils pour vendre un accord politique, ou salir ceux qui s’y opposent ».

Les rédacteurs de Tablet, écrivant deux jours après l’annonce de Schumer, se sont plaints que « accuser le sénateur Schumer de loyauté à un gouvernement étranger constitue de l’intolérance, pure et simple. »

Tablet décrit «cette utilisation de l’incitation anti-juive comme un outil politique » comme un «nouveau développement écoeurant dans le discours politique américain. »

Les éditorialistes ont placé la responsabilité de son émergence au plus haut niveau de l’administration, citant la propre rhétorique d’Obama, dont les mentions à des lobbyistes de l’ombre fortunés, des intérêts étrangers, et des fauteurs de guerre comme «une tentative directe de jouer la carte de la double allégeance. »

« C’est est le genre de choses sombres et méchantes nous pourrions nous attendre à entendre lors d’un rassemblement d’extrême-droite, pas de la bouche du président des Etats-Unis – et il est devenu si flagrant que même beaucoup d’entre nous qui sommes en général favorables à l’administration, et à cet accord en particulier, en ont été bouleversés », ont écrit les éditorialistes.

Alors que l’ensemble des républicains et un certain nombre d’autres législateurs démocrates – dont les représentants Eliot Engel et Grace Meng -s’opposent à l’accord, Schumer fait face à la critique la plus virulente.

Greenblatt de l’ADL a souligné le fait que Schumer « a le droit, comme tout législateur, d’exprimer ce qu’il ressent être le mieux pour les Etats-Unis et pour la région sur l’accord proposé. »

Schumer a attendu près de trois semaines après que le texte de l’accord nucléaire ait été présenté au Congrès avant de faire son annonce. Pendant cette période, il a fait face à une intense pression des militants anti-accord, qui ont organisé des manifestations devant son bureau pour lui demander d’exprimer son opposition à l’accord.

Même après son annonce, le sénateur de New York continue d’être à l’épicentre de la lutte législative sur l’accord. Lundi, l’Organisation sioniste d’Amérique a appelé ses partisans à continuer de faire pression sur Schumer pour recruter d’autres législateurs susceptibles de s’opposer à l’accord, tandis que le mouvement progressiste MoveOn.org a exhorté ses partisans à refuser de faire des dons à Schumer ou à tout démocrate qui s’oppose à l’accord.

Le bureau de Schumer, qui a été inondé d’appels téléphoniques lundi, n’a pas répondu à notre demande de commentaire.