DUMA, Cisjordanie – L’air stagnait encore dimanche à Duma, et pas seulement à cause de la météo, l’un des jours les plus chauds de l’année et peut-être de ces dernières années.

Plus de 100 personnes se tenaient assises vers midi, au pic de la canicule, sur des chaises dans le préau de l’école, dans la tente de deuil ouverte dans le village.
 
Ikram Rajoub, le gouverneur de Naplouse, dont dépend le village, essuyait à plusieurs reprises la sueur de son front, mais en vain. Toutes les quelques minutes, un autre orateur se levait pour dire quelques mots, cette fois au nom de l’Université Al-Quds, le suivant au nom d’un village éloigné et de ses habitants qui sont venus rendre visite aux villageois de Duma étourdis sous la tente de deuil.

Il est apparu que certains des visiteurs sont venus entendre ce qui était arrivé dans la nuit de jeudi à vendredi et qui s’est terminé par la mort brutale du bébé de 18 mois Ali Saad Dawabsha, et en fait par l’anéantissement de toute une famille. La mère Riham, est hospitalisée dans un état critique ; le père Saad et son fils Ahmed restent dans un état grave.

Sur les murs était affichée la photo d’Ali, avec le regard d’un enfant, presque angélique et innocent. Un bébé, comme tous les bébés, qui ne savait pas à ce stade de sa vie qu’il était l’ennemi d’un autre peuple ou la cible du terrorisme juif.

Les accents des résidents révélaient qu’ils étaient agriculteurs. Il n’y a pas ici de climatisation, pas de gadgets technologiques. La vue est pastorale, niant la réalité. En face on distingue la colline sur laquelle sont construits les avant-postes illégaux d’Esh Kodesh, Adey Ad, et Geulat Zion.

Les terroristes, apparemment juifs, se sont introduits vers 1h30 du matin dans le village, on ne sait pas d’où.

L’estimation parmi les résidents est qu’ils se sont garés a proximité, peut-être même sur le côté de la route principale qui était autrefois l’artère principale entre Naplouse et Ramallah. De là, ils auraient marché dans l’obscurité plusieurs centaines de mètres en direction les maisons du village.

La maison incendiée de la famille Dawabsha dans le village palestinien de Duma, près de Naplouse, le 31 juillet 2015 (Photo: Zacharia Sadeh / Rabbis for Human Rights)

La maison incendiée de la famille Dawabsha dans le village palestinien de Duma, près de Naplouse, le 31 juillet 2015 (Photo: Zacharia Sadeh / Rabbis for Human Rights)

Ils n’ont pas choisi une maison isolée à la périphérie de Duma, mais plutôt deux maisons à l’intérieur des vieilles ruelles du village, montrant ainsi leur détermination à frapper en son cœur par leur attaque meurtrière et calculée.

Ils ont d’abord jeté des bombes incendiaires dans la maison adjacente qui était vide. De là, ils se sont rapidement rendus à la maison de Saad et Riham Dawabsha. Ils ont lancé des cocktails Molotov par les fenêtres, selon les premiers compte-rendus.

Il est difficile de savoir s’ils ont immédiatement fui la scène ou si ils sont restés à assister à l’horreur qui s’y est deroulée.

Leur voie d’évacuation, selon des témoins oculaires du village, était vers l’ouest, en direction de la route.

L’odeur de brûlé se traînait encore dans l’air dimanche à l’intérieur de la maison incendiée.

« Ceci est la chambre à coucher », dit un enfant aux visiteurs. Sur le sol, il restait quelques pommes de terre qui n’avaient pas brûlé.

Dans ces moments critiques où la maison a commencé à brûler, essayez d’imaginer le chemin par lequel le père, la mère et le frère ont traversé la cuisine, en direction de la sortie.

Zecharia Sadeh de l’organisation Rabbis for Human Rights [Rabbins pour les droits de l’homme] est arrivé dans le village vers 3h du matin.

« Tout était brûlé. Les gens semblaient en état de choc comme si un missile était tombé sur eux, » a-t-il indiqué au Times of Israel.

« Les voisins m’ont parlé de cris et puis ils ont vu le père sortir avec Ahmed dans ses bras, entièrement recouvert de brûlures et la peau brûlée. Il leur a crié ‘Sauvez mon fils et ma femme !’ A un certain stade une femme est sortie avec une couverture dans ses mains. Elle avait apparemment essayé de prendre le bébé dans ses bras, et quelque part entre la chambre et la cuisine, il tomba de ses mains et elle ne pouvait même pas le dire à cause des flammes la brulant et de la fumée. »

Un homme montre une photo de l'enfant palestinien Ali Saad Dawabsha de 18 mois qui est mort quand sa maison a été incendiée par des extrémistes juifs présumés dans le village cisjordanien de Duma le 31 juillet  2015 (Crédit photo:  Jaafar Ashtiyeh / AFP)

Un homme montre une photo de l’enfant palestinien Ali Saad Dawabsha de 18 mois qui est mort quand sa maison a été incendiée par des extrémistes juifs présumés dans le village cisjordanien de Duma le 31 juillet 2015 (Crédit photo: Jaafar Ashtiyeh / AFP)

« Seulement lorsqu’elle est arrivée à l’extérieur, elle a découvert que son bébé était tombé et que les flammes l’avaient brûlé. C’est tout. Ensuite, ils ne sont pas parvenus à se rendre à [l’implantation de Cisjordanie adjacente d’] Eli, jusqu’à ce que les pompiers arrivent et il était déjà mort « , a expliqué Sadeh.

Zecharia, qui a travaillé pendant de nombreuses années avec des groupes israéliens de défense des droits de l’Homme en Cisjordanie, n’a pas été surpris par le choix des deux maisons à l’intérieur du village et non celles de la périphérie.

« Regardez ce qui est arrivé dans l’incendie d’une maison dans le village d’Abu Falah, ou dans la mosquée al-Mugheir. Les objectifs ne sont pas à la périphérie. Ce qui est commun à chacun des cas, c’est que tous ces villages sont entourés de collines sur lesquelles il y a des avant-postes illégaux. Esh Kodesh, Adi Ad et Geulat Zion. Tirez vos propres conclusions. »