La rénovation d’une maison implique généralement de choisir des tableaux, d’acheter des meubles et de traiter avec les entrepreneurs. Pour la famille Shimshoni, du quartier Ein Kerem de Jérusalem, cela signifiait faire appel à des archéologues après avoir trébuché sur un bain rituel parfaitement préservé vieux de 2 000 ans  dans leur salon.

La semaine dernière, l’Autorité des Antiquités d’Israël a terminé l’excavation du bain souterrain, qui, selon l’archéologue Amit Reem est « une trouvaille importante » et pourrait avoir appartenu à une maison privée dans un village juif remontant au premier siècle.

Le bain rituel correspond aux exigences halakhiques juives et mesure 1,8 mètre de profondeur, 3,5 mètres de long et 2,4 mètres de large.

Plus surprenant encore, il donne un certain poids à la tradition chrétienne reliant Ein Kerem, aujourd’hui un quartier pittoresque dans une colline au sud-ouest de Jérusalem, avec le lieu de naissance de Jean le Baptiste.

A partir du 6e siècle, les chrétiens ont considéré la « ville de la montagne de Judée », mentionnée dans l’évangile de saint Luc comme le lieu de naissance de Jean le Baptiste, le mentor de Jésus, avec Ein Kerem. Le village abrite l’église catholique de Saint-Jean-Baptiste, dédiée à sa ville natale.

« Tous ces événements ont eu lieu il y a 2 000 ans, à l’époque du Deuxième Temple [à Jérusalem] mais jusqu’à présent on n’avait pas eu de preuves archéologiques appuyant l’idée qu’il y avait une communauté juive à Ein Kerem » pendant cette période, a-t-il expliqué, se tenant debout à côté du trou béant où se trouve le mikvé, dans le salon des Shimshoni.

Auparavant, les vestiges archéologiques retrouvés à Ein Kerem datant de cette période étaient des « fragments », limités à une poignée de tombes, des morceaux de mur, un pressoir à olives et un mikvé. « La découverte de ce mikvé renforce l’hypothèse que dans la région d’Ein Kerem, il y avait une implantation juive [pendant la période] du Second Temple », a-t-il poursuivi.

Alors que Reem était réticent à tirer des conclusions entre Jean le Baptiste et le bain rituel trouvé dans la maison Shimshoni, il a affirmé que sa découverte a souligné la présence de Juifs religieux qui étaient pointilleux sur les questions de la pureté rituelle. Dans le sol entourant le mikvé, qui est à environ 3 mètres sous terre, les archéologues ont trouvé des tessons et des restes de récipients en pierre datant du premier siècle.

Selon la tradition juive, des vases de pierre ne peuvent pas être touchés par l’impureté religieuse alors que ceux en céramique peuvent le devenir – une fois contaminés, ils doivent être détruits.

« Peut-être que c’est la ‘ville de Judée’ [mentionnée dans l’évangile de Luc], nous ne savons pas », a-t-il ajouté.

Les archéologues ont également trouvé une couche de sol brûlé, datant probablement de la destruction lors de la révolte juive contre Rome, entre 66 et 70 de l’ère commune (EC). Reem a cependant précisé qu’elle devait encore être datée.

Oriah Shimshoni, qui a acheté la maison avec son mari Tal, a déclaré qu’ils avaient acheté la maison il y a plusieurs années et qu’il a fallu la rénover, comme beaucoup de vieilles maisons arabes à Ein Kerem.

« Nous avons commencé le travail en nous débarrassant couche après couche des revêtements du sol et des tuyaux, a-t-elle expliqué. Et à un moment donné, tandis que les travailleurs cassaient le plancher, le marteau-piqueur a disparu. Il a juste plongé vers le bas. » Il avait percé l’ancien plafond de calcaire du mikveh.

Ils ont cessé le travail et ont commencé à creuser à la main, ne sachant pas ce qui se trouvait en dessous. En fin de compte, Oriah et Tal ont appelé l’IAA et ont signalé la découverte.

L’IAA a remis mercredi aux Shimshoni un certificat de remerciement pour avoir signalé la découverte, comme cela est requis par la loi.

La famille Shimshoni a invité la presse à leur domicile où ils ont poussé quelques meubles et enlevé un tapis pour révéler une trappe menant à la salle de bain humide et étouffante.

« Elle se remplit encore d’eau en hiver », a déclaré Tal Shimshoni. « D’où vient-elle? Nous ne le savons pas. » Le déshumidificateur a travaillé pendant des heures, et il a précisé qu’il aspire jusqu’à quatre litres d’eau par jour.

« Trouver des antiquités dans une maison privée ou dans bâtiment public arrive seulement en Israël et à Jérusalem en particulier », a déclaré Reem.

« Et à chaque fois, c’est passionnant ! »