L’UNESCO va adopter une nouvelle résolution mardi, jour qui marque également le 69e anniversaire de l’Indépendance d’Israël. Cette résolution indique le rejet de la souveraineté de l’État juif sur Jérusalem. La résolution critique vivement le gouvernement pour ses projets de construction dans la Vieille Ville de Jérusalem et sur les lieux saints de Hébron et de Bethléem, et appelle Israël à mettre fin au blocus de Gaza, sans jamais mentionner les attaques émanant de l’enclave gérée par le Hamas.

Soumise au Conseil exécutif de l’UNESCO par l’Algérie, l’Égypte, le Liban, le Maroc, le sultanat d’Oman, le Qatar et le Soudan, la résolution sur la « Palestine occupée » sera probablement adoptée étant donné que les 58 membres de l’instance sont majoritairement anti-Israël.

La version de lundi était moins dure à l’égard de Jérusalem que les résolutions précédentes. En effet, elle affirme l’importance que revêt la ville pour « les trois religions monothéistes ».

Lundi, les diplomates israéliens tentaient d’empêcher un accord arabo-israélien qui aurait fait en sorte que les membres européens du conseil auraient voté en faveur de la résolution ou se seraient abstenus de voter un texte plus clément.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait passé des appels aux dirigeants européens afin de les convaincre de s’opposer à cette résolution.

Selon les autorités israéliennes, l’Allemagne était une force motrice derrière l’accord arabe-européen qui aurait entrainé l’abstention de tous les États de l’Union européenne en échange de la suppression des passages anti-Israël les plus incendiaires. Mais lundi, l’Italie a annoncé qu’elle votera contre la résolution, mettant ainsi fin à la création d’un consensus européen.

« La [position des Italiens] est, sans nul doute, une évolution positive, qui devrait indiquer aux Allemands que la négociation avec les pays arabes sur un texte est une erreur, non seulement selon les Israéliens, mais également selon plusieurs pays de l’Union européenne », a déclaré Carmel Shama-Hacohen au Times of Israel.

L'ambassadeur libanais auprès de l'UNESCO vote une résolution du Comité du patrimoine mondial qui ignore les relations des juifs et des chrétiens à la Vieille Ville de Jérusalem et à ses lieux saints, à Paris, le 26 octobre 2016. (Crédit : capture d'écran du site internet de l'UNESCO)

L’ambassadeur libanais auprès de l’UNESCO vote une résolution du Comité du patrimoine mondial qui ignore les relations des juifs et des chrétiens à la Vieille Ville de Jérusalem et à ses lieux saints, à Paris, le 26 octobre 2016. (Crédit : capture d’écran du site internet de l’UNESCO)

« Maintenant, nous allons faire en sorte que l’Italie soit le premier et pas le dernier pays à annoncer qu’il ne veut pas s’associer avec les Arabes et qu’il votera contre cette résolution. »

Jérusalem préfère voir les pays occidentaux voter contre une résolution scandaleuse, même si elle est adoptée, plutôt qu’un consensus qui soutient un texte plus clément.

Étant donné que le consensus européen ne semble plus être d’actualité, il est possible que l’Allemagne s’oppose à la résolution. Les Pays-Bas et la Lituanie sont également hésitants, selon des informations relayées au Times of Israel par des sources diplomatiques, sous couvert d’anonymat.

Les États-Unis devraient s’opposer à cette résolution. « L’UNESCO est trop souvent utilisée comme une tribune par ses États-membres pour délégitimer l’État d’Israël et [ses résolutions] ont une nature de plus en plus politique, notamment dans ce cas précis, en remettant en question les liens de base qui unissent Israël et ses lieux historiques », a déclaré un responsable américain au Times of Israel.

« Ces types de résolution sont contre-productives par rapport au travail inhérent à la mission de l’UNESCO et ne font rien pour progresser vers une solution à 2 États. »

Logo de l'UNESCO

Logo de l’UNESCO

Le groupe arabe à l’UNESCO propose ce type de résolution deux fois par ans, mais après qu’Israël a protesté l’an dernier sur le fait que ces textes ignorent les liens qui unissent la tradition juive à la Vieille Ville de Jérusalem, un nombre de pays occidentaux ont annoncé leur intention de ne pas les soutenir. C’est probablement la raison du compromis arabo-européen, qui révise le texte pour en retirer les éléments foncièrement anti-Israël.

À l’heure actuelle, la résolution de mardi, contrairement aux résolutions précédentes, ne désigne pas le mont du Temple exclusivement comme Haram al-Sharif, ni l’esplanade du mur Occidental comme l’esplanade al-Burak, les désignations musulmanes de ces lieux. En réalité, ces lieux ne sont pas mentionnés du tout.

En outre, la résolution 201 EX/PX/DR.30.1 affirme « l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et ses murailles pour les trois religions monothéistes ». Elle souligne également que le Tombeau des Patriarches à Hébron et le Tombeau de Rachel à Bethléem « revêtent une signification pour le judaïsme, le christianisme et l’islam », bien qu’elles s’y référent à eux comme des « sites palestiniens ».

Un juif ultra-orthodoxe près du tombeau de Rachel. Illustration. (Crédit : Sege Attal/Flash 90)

Un juif ultra-orthodoxe près du tombeau de Rachel. Illustration. (Crédit : Sege Attal/Flash 90)

Cependant, la version actuelle de la résolution contient tout de même des points inquiétants pour Israël. Par exemple, tout le long du document, Israël est qualifié comme « puissance occupante », indiquant qu’il n’a aucun lien légal ni historique avec Jérusalem.

Le texte souligne que « toutes les mesures législatives et administratives ainsi que toutes les actions prises par Israël, la Puissance occupante, qui ont altéré ou prétendent altérer le caractère et le statut de la Ville sainte de Jérusalem, et notamment la « loi fondamentale » de Jérusalem sont nulles et non avenues et doivent être immédiatement abrogées.

La loi fondamentale de Jérusalem, qui a été adoptée en 1980 à la Knesset a déclaré Jérusalem comme capitale une et indivisible de l’État d’Israël.

La version actuelle de la résolution de l’UNESCO déclare que « tout ce que fait Israël à Jérusalem est illégale », selon un communiqué diffusé par le ministère des Affaires étrangères. La résolution réaffirme également les résolutions de l’UNESCO qui « nient toute connexion entre le peuple juif et Jérusalem », déplore le communiqué israélien.

La solution mentionne également à la Résolution 2334 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU en décembre, qui avait déclaré que les implantations israéliennes, y compris celles de Jérusalem Est, étaient illégal au regard du droit international.

La résolution 201 EX/PX/DR.30.1 déclare nulle et non avenue l’annexion de Jérusalem Est et « regrette le fait que les autorités occupantes israélienne n’aient pas mis fin aux évacuations persistantes, aux tunnels, aux travaux et aux projets à Jérusalem Est, notamment autour de la Vieille Ville de Jérusalem, qui sont illégaux au regard de la loi internationale ».

Le texte poursuit et « déplore les affrontements militaires à l’intérieur de la bande de Gaza et à l’extérieur, ainsi que les pertes civiles » et exhorte Israël a mettre fin au « bouclage » de l’enclave dirigée par le Hamas, indiquant qu’il « affecte négativement la liberté de circulation du personnel, des étudiants et du matériel humanitaire », mais ne mentionne pas les attaques sur les civils israéliens qui proviennent de l’enclave.

Le Tombeau des Patriarches à Hébron (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Le Tombeau des Patriarches à Hébron (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

L’attention est ensuite portée sur deux lieux saints à Hébron et à Bethléem, cette version de la résolution condamne Israël pour les excavations et « la construction des routes privées pour les résidents des implantations » et le « refus de la liberté de circulation et le libre-accès aux lieux de culte ».

Les responsables israéliens ont reconnu que l’adoption de cette résolution mardi est plus facile à digérer que ses versions précédentes, mais ont appelé les pays européens à s’y opposer. « Nous espérons que les pays européens ne tomberont pas dans le piège d’un texte allégé et qu’ils voteront contre toute initiative de politiser l’UNESCO et d’impacter le statut de Jérusalem en tant que capitale éternelle d’Israël », a déclaré Emmanuel Nahshon, porte-parole de ministère des Affaires étrangères au Times of Israel.

Une tendance positive

En octobre dernier, 24 membres de la Conférence générale de l’UNESCO ont soutenu une résolution qui ignorait totalement les liens entre le peuple juif et le mont du Temple et le mur Occidental, et qui accusait Israël d’une liste interminable de délits. Six pays ont voté contre, et 26 se sont abstenus. La résolution a été adoptée par le conseil exécutif de l’UNESCO quelques jours plus tard.

En dépit de la cinglante défaite diplomatique, ce scrutin s’est révélé être une bonne chose, d’un point de vue israélien, comparé à un vote similaire 6 mois auparavant, qui avait fermé les yeux sur les liens entre le peuple juif et le mont du Temple et le mur Occidental.

Sept pays ont voté en faveur de la résolution en avril 2016, et au second vote, se sont abstenus, et parmi eux, les poids-lourds que sont l’Inde et la France.

Alors que le nombre de pays votant contre la résolution est tombé à 6, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie, qui soutiennent la résolution cette fois-ci, ne sont pas parvenus à rassembler une majorité.

En avril, 33 pays ont voté pour et 17 se sont abstenus. En octobre, c’était la première fois que le vote avait reçu davantage d’abstentions que de votes en sa faveur.

Néanmoins, Israël a protesté furieusement, et Netanyahu a qualifié cette décision d’absurde. Le président Reuven Rivlin l’a décrite comme une « honte » pour l’UNESCO. Le ministre de l’Éducation Naftali Bennet avait alors promis de couper les liens avec l’organisation.

Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO au Congrès juif mondial à New York le 24 avril 2017. (Crédit : Shahar Azran)

Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO au Congrès juif mondial à New York le 24 avril 2017. (Crédit : Shahar Azran)

Sept responsables de l’UNESCO, notamment sa directrice générale Irina Bokova, ainsi qu’une poignée de chefs d’États ont également critiqué le texte, indiquant que la Vieille Ville de Jérusalem est sainte pour les trois religions abrahamiques.

« Le patrimoine de Jérusalem est indivisible, et chaque communauté a droit à la reconnaissance exclusive de son histoire et de sa relation avec la ville », Bokova a tenu ces propos après le vote d’octobre.

La semaine dernière, elle a réaffirmé ce message durant son allocution au Congrès juif mondial, à New York : « La mosquée Al Aqsa/Al-Haram al-Sharif, ce sanctuaire des musulmans est également le Har Habayit, le mont du Temple, le lieu le plus saint du judaïsme, dont le mur Occidental est péleriné par des millions de personnes du monde entier, à quelques pas du [Saint] Sépulcre et du mont des Oliviers, saint pour les Chrétiens », a-t-elle dit.

Elle a défendu les liens des trois religions monothéistes à Jérusalem et a déclaré aux délégations présentes que « nier, dissimuler ou effacer toutes traces de traditions juives, chrétiennes ou musulmanes est opposé aux raisons qui ont justifié que [la Vieille Ville] figure sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. »

Ce type de déclarations ont alimenté les protestations israéliennes contre la résolution de mardi, bien qu’elle n’utilise plus exclusivement les désignations musulmanes pour parler des lieux saints de Jérusalem.

« Au lieu de mettre fin à la politisation de l’UNESCO tel que cela a été promis à Israël, les représentants de l’Union européenne la soutiennent en proposant leur propre version de la résolution, y compris sur la question de Jérusalem, alors qu’il n’y a aucun lien entre elle et le mandat de l’UNESCO », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

« Israël attend des États-membres qu’ils votent contre cette résolution absurde. La résolution proposée n’influera pas sur notre détermination à agir à Jérusalem pour le bien de tous ses résidents. En revanche, elle influera sur la position et la pertinence de l’UNESCO. »