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21 rescapés de la Shoah, fuyant encore une guerre, arrivés en Israël pour Yom HaShoah

Des centaines de survivants ukrainiens de la Shoah ont immigré en Israël depuis que la Russie a envahi leur pays, il y a deux mois

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une survivante ukrainienne de la Shoah et réfugiée, Sofia Trizna, est assistée pour monter à bord d'une ambulance après avoir débarqué d’un avion de transport médical spécial qui a atterri à l’aéroport Ben Gurion le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Une survivante ukrainienne de la Shoah et réfugiée, Sofia Trizna, est assistée pour monter à bord d'une ambulance après avoir débarqué d’un avion de transport médical spécial qui a atterri à l’aéroport Ben Gurion le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Un avion spécialement équipé transportant neuf réfugiés ukrainiens survivants de la Shoah a atterri en Israël, mercredi soir, alors que le pays entamait les commémorations de Yom HaShoah.

« Je n’ai jamais pensé que cela se reproduirait, qu’à mon âge, je devrais à nouveau échapper à la guerre, entendre à nouveau le bruit des bombes qui s’abattent autour de moi. J’ai déjà battu Hitler une fois, j’ai survécu à la Shoah. J’ai une fille, deux petits-enfants et trois arrière-petits-enfants. Et aujourd’hui, me voilà de nouveau une réfugiée qui essaie de sauver sa vie », a déclaré Ninel Zhilinska, 88 ans, l’une des survivantes dans l’avion, peu avant son départ pour Israël.

« J’étais réfugiée en 1941, et je le suis à nouveau », a-t-elle regretté.

Selon l’International Fellowship of Christians and Jews, douze autres survivants de la Shoah sont arrivés, plus tôt dans la journée, à bord de vols réguliers organisés par elle, comme tant d’autres, transportant des réfugiés ukrainiens vers Israël.

« Dans la plupart des cas, ces personnes âgées n’avaient aucunement l’intention de quitter l’Ukraine, mais leurs maisons ont été détruites et leur nouvelle maison est naturellement Israël », a déclaré Benny Haddad, chef du département de l’immigration de l’International Fellowship of Christians and Jews.

Les 21 survivants ukrainiens arrivés mercredi sont loin d’être les seuls à avoir gagné Israël depuis que la Russie a envahi leur pays, il y a deux mois. Au total, on estime à environ 500 le nombre de survivants de la Shoah parmi les 15 000 personnes originaires d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie qui ont immigré en Israël au cours des deux derniers mois, selon les statistiques du ministère de l’Immigration et de l’Absorption.

La Russie a lancé son invasion de l’Ukraine voisine le 24 février, après des mois de tensions. Les combats ont fait des milliers de morts en Ukraine et déplacé des millions de personnes, à l’origine de la plus grande crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un vol de secours médical qui transporte neuf survivants de la Shoah fuyant l’invasion russe arrive à l’aéroport Ben Gurion, le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Selon le groupe d’intervention d’urgence ZAKA, qui a co-organisé le vol médicalisé avec l’International Fellowship of Christians and Jews, les neuf survivants du vol spécial d’évacuation, qui a atterri mercredi soir, avaient des besoins médicaux nécessitant des aménagements et n’ont donc pas pu voyager sur un vol régulier. Douze autres réfugiés, non survivants de la Shoah, qui avaient également besoin de soins spécifiques, avaient également pris place à bord, a précisé un porte-parole de ZAKA.

Il s’agit du quatrième vol d’évacuation médicale de ce type à arriver en Israël depuis que la Russie a envahi l’Ukraine. L’avion a décollé de Moldavie, où les passagers avaient été rassemblés à l’hôtel en attendant que toutes les dispositions soient prises pour le vol.

La ministre de l’Immigration, Pnina Tamano-Shata, a accueilli personnellement les réfugiés à leur atterrissage à l’aéroport Ben Gurion. S’adressant à des bénévoles sur le tarmac avant l’atterrissage, elle a souligné la signification spéciale de ce vol, mercredi, en ce début de Yom HaShoah.

La ministre de l’Immigration, Pnina Tamano-Shata, et le personnel des services de secours de ZAKA accueillent un avion transportant des survivants de la Shoah et d’autres rescapés de l’invasion russe en Ukraine, à l’aéroport Ben Gurion, le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

« C’est tout un symbole. Pendant la Shoah, ces personnes n’avaient pas d’endroit où trouver refuge. Aujourd’hui, elles ont un foyer juif fort », a-t-elle déclaré.

La présidente de l’International Fellowship of Christians and Jews, Ayelet Shiloh Tamir, a fait écho aux propos de Tamano-Shata, affirmant que l’arrivée des survivants, à la veille de la Journée de commémoration de la Shoah « symbolisait plus que tout l’essence du sionisme et la responsabilité des Juifs les uns envers les autres ».

Des ambulances attendaient l’arrivée de l’avion pour transporter les passagers, âgés et infirmes, vers les hôpitaux, établissements de soins ou domiciles des membres de leur famille en Israël. Afin de faciliter la sortie de l’avion aux passagers à mobilité réduite, un ascenseur spécial a été utilisé.

A leur descente d’avion, les passagers ont été acclamés et ovationnés par la foule de bénévoles et de représentants du gouvernement qui attendaient au pied de l’avion, pour leur remettre des roses et de petits drapeaux israéliens.

Une réfugiée ukrainienne âgée est aidée à descendre d’un avion de transport médical spécial à l’aéroport Ben Gurion, le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

La passagère la plus âgée du vol était Tatyna Ryabaya, 99 ans, qui a voyagé avec sa fille de 73 ans.

« Jusqu’au dernier moment, j’ai pensé que je n’aurais pas à fuir. Je ne croyais pas qu’à mon âge, je devrais être évacuée par bus et voyager toute une journée, au milieu des bombes, craignant pour la vie de ma fille », a confié Ryabaya.

Elle se rappelle avoir fui de la même manière pendant la Shoah, au cours de laquelle une grande partie de sa famille a été tuée.

La survivante de la Shoah et réfugiée de guerre, Tatyna Ryabaya, 99 ans, et sa fille sont assises sur un lit, dans une chambre d’hôtel en Moldavie, après avoir fui l’Ukraine avant de prendre un vol médical spécial pour Israël, le 27 avril 2022. (Crédit : International Fellowship of Christians and Jews)

« À cette époque aussi, nous avions fait un long voyage à travers la Russie, un périple dangereux, mais nous voulions sauver notre vie. Je ne croyais pas qu’à mon âge – j’ai presque 100 ans – je revivrais cela. C’est très difficile de tout laisser derrière moi à mon âge », a assuré Ryabaya.

En effet, les bagages de la vingtaine de passagers du vol étaient tristement peu nombreux, tant les survivants ont été forcés de laisser presque tous leurs biens derrière eux, à l’exception de ce qui pouvait tenir dans une petite valise ou un cabas en plastique.

Pour de nombreux survivants de la Shoah et d’autres Ukrainiens âgés, fuir n’était pas facile, non seulement d’un point de vue émotionnel, mais aussi physique et logistique, en raison des difficultés pour se rendre à la frontière.

Les bagages de la vingtaine de réfugiés ukrainiens qui ont atterri à l’aéroport Ben Gurion, le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

« J’ai quitté Kharkiv il y a deux semaines. Toute la ville a été détruite. Tout le monde dans mon immeuble est parti se cacher dans la station de métro, mais à cause de mon état de santé, je n’ai pas pu les suivre. Je suis restée seule dans mon appartement pendant 10 jours. J’avais l’impression d’être en quarantaine. Il n’y avait plus d’électricité, je n’avais presque plus rien à manger. Les bénévoles ne pouvaient pas vraiment venir jusqu’à moi, pas plus que ma famille », a confié Zhilinska.

« J’étais seule dans mon immeuble de neuf étages, sans électricité et sans aucun moyen de communication avec l’extérieur. Je suis restée comme ça pendant 10 jours, puis je me suis décidée à quitter ma ville et immigrer en Israël », a-t-elle expliqué.

Valery Kanievski, l’un des autres survivants du vol, également originaire de Kharkiv, a déclaré que si lui et sa femme avaient encouragé leur fils à immigrer en Israël, eux n’avaient jamais envisagé de le faire.

Une file d’ambulances attend pour transporter des réfugiés ukrainiens âgés et infirmes à l’aéroport Ben Gurion, le 27 avril 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

« Notre projet était que notre fils s’installe en Israël et que nous lui rendions visite de temps à autres, mais la guerre a tout changé. Ils ont fait exploser notre ville. C’est un sentiment terrible. Les coups de feu et les explosions n’ont jamais cessé, et la peur était permanente », a déclaré Kanievski, rappelant comment son frère – également survivant de la Shoah– avait frôlé la mort lors de l’un de ces bombardements.

« Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, j’étais petit, mais je me souviens encore parfaitement de la façon dont nous avons pris la fuite. Je me souviens des bombardements et je me souviens de la peur. C’est exactement ce que nous avons vécu récemment », a-t-il expliqué.

« Je ne pensais pas qu’à mon âge, je revivrais ça. Je n’aurais jamais imaginé que ma ville serait détruite. Je ne pensais pas que je ressentirais à nouveau tout ceci», a conclu Kanievski.

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