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25% des femmes qui font leur service dans la police ou les prisons victimes d’abus sexuels

Pour le contrôleur de l’État, les faits de proxénétisme survenus à la prison de Gilboa ne constituent que la « partie visible de l’iceberg »

La chef de la division des ressources humaines de l'IPS, Tami Ezra, assiste à une discussion à la Knesset concernant les plaintes pour abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
La chef de la division des ressources humaines de l'IPS, Tami Ezra, assiste à une discussion à la Knesset concernant les plaintes pour abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, le bureau du contrôleur de l’État a révélé qu’un pourcentage élevé de femmes étaient victimes de harcèlement ou d’abus sexuels dans l’exercice de leur service militaire obligatoire au sein de la police israélienne, de la police des frontières ou des services pénitentiaires.

Ce rapport est fondé sur une enquête menée auprès des femmes effectuant leur service au sein des trois forces.

Le rapport indique que le harcèlement est pour l’essentiel commis par des membres permanents de ces forces, y compris la hiérarchie, et que, lorsqu’il est signalé, il n’est pas suffisamment traité voire totalement ignoré.

Ce rapport a été commandé suite au scandale de proxénétisme à la prison de Gilboa, en 2018, au cours duquel des officiers supérieurs de la prison ont été accusés d’avoir « prostitué » des femmes qui faisaient leur service et de les avoir livrées à des détenus terroristes.

La prison de Gilboa, le 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90/Dossier)

En Israël, un faible pourcentage de jeunes effectuent leur service militaire obligatoire (généralement à l’âge de 18 ans) au sein de l’un des trois services de sécurité intérieure.

Les principales conclusions du rapport établissent que 25 % des conscrites effectuant leur service militaire, le plus souvent à l’âge de 18 ans, ont été victimes d’abus sexuels.

Le contrôleur de l’État, Matanyahu Englman, a déclaré que le rapport décrivait une « réalité institutionnelle troublante » au sein des trois services examinés.

« Il semble que le scandale de Gilboa ne soit que la partie visible de l’iceberg. Les conscrites sont victimes de harcèlement à la fois de la part de détenus pour terrorisme et de membres de ces forces, qui profitent de leur faiblesse », a déclaré Englman.

Le contrôleur de l’État israélien Matanyahu Englman s’exprimant lors d’une conférence à Jérusalem, le 23 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Qu’une soldate sur quatre effectuant son service obligatoire au sein de la police ou de l’administration pénitentiaire soit victime d’abus sexuels est inacceptable. Il est inexcusable que 70 % des plaintes n’aient pas été traitées de manière adéquate. »

Le chiffre le plus élevé est enregistré au sein de l’administration pénitentiaire, où 38 % des conscrites ont signalé avoir été victimes de harcèlement ou d’abus, contre 27 % au sein de la police des frontières et 22 % au sein de la police israélienne.

Dans environ 70 % des cas, l’agresseur était un membre permanent de l’un des corps policiers. Toutefois, une part importante des incidents ont été commis par des prisonniers ou des employés civils.

Le pourcentage de conscrites victimes de harcèlement et d’abus est beaucoup plus élevé que leur nombre relatif au sein de ces services.

Les soldates du Bataillon de Caracal se préparent pour une expédition dans le cadre de leur entraînement le 3 septembre 2014. (Hadas Parush/Flash90)

Au sein de la police israélienne, par exemple, les conscrites comptent pour 34 % des plaintes pour harcèlement sexuel, alors qu’elles ne représentent que 7 % de l’ensemble du personnel. Les chiffres sont sensiblement identiques pour l’administration pénitentiaire.

Parmi les personnes qui ont signalé un harcèlement sexuel, quelque 70 % ont déclaré que leur plainte n’avait pas été traitée du tout (26 %) ou insuffisamment (44 %).

Le rapport du contrôleur sur les abus commis au sein des trois forces de sécurité, qui relèvent toutes du ministère de la Sécurité intérieure, est fondé sur sept visites effectuées par des fonctionnaires du bureau du contrôleur au sein des prisons qui accueillent des condamnés pour terrorisme ainsi que sur des entretiens avec 150 conscrites qui y sont affectées.

Le bureau du contrôleur a en outre envoyé un questionnaire en ligne à 13 000 conscrits des trois services, auquel ont répondu 1 275 conscrits, hommes et femmes. Sur les 644 femmes qui ont répondu au questionnaire, 161, soit une sur quatre, ont déclaré avoir été harcelées sexuellement ou pire au cours de leurs 24 mois de service.

Prisonniers de sécurité et gardiens à la prison d’Ofer, en Israël, le 20 août 2008. (Crédit : Moshe Shai/Flash 90)

Aucune définition ferme du harcèlement sexuel n’est donnée dans le rapport, mais le questionnaire comprend la question « Avez-vous subi un type quelconque d’abus sexuel pendant votre service, que ce soit des propositions sexuelles ou des propos de nature sexuelle ? ».

Les témoignages de celles qui ont signalé des incidents aux autorités font état d’attouchements par des collègues policiers, de propos sexuellement explicites ou d’avances sexuelles de toute sorte, dans une « atmosphère de nature sexuelle ».

Au sein de l’administration pénitentiaire, les conscrites ont fait état de détenus terroristes qui se sont livrés à des attentats à la pudeur devant elles, se sont exhibés ou leur ont tenu des propos indécents.

Au sein de la police, 62 % des auteurs de harcèlement ou d’abus sont des membres permanents de la police, commandants y compris, contre 41 % au sein de la police des frontières et 51 % de l’administration pénitentiaire.

Le chef d’Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, après une rencontre avec Isaac Herzog à la résidence du président, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le rapport estime que 18 % des faits de harcèlement ou d’abus sexuels au sein de la police ont été commis par des commandants, contre 21 % au sein de la police des frontières et 17 % de l’administration pénitentiaire.

Civils et prisonniers comptent également pour beaucoup dans le harcèlement et les abus sexuels, puisqu’ils sont responsables de 17 % de ces incidents au sein de la police, 14 % au sein de la police des frontières et 24 % de l’administration pénitentiaire.

Englman a déclaré que le prochain ministre de la Sécurité intérieure – vraisemblablement le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir – devrait prendre des « mesures immédiates » pour régler le problème.

La police israélienne (qui supervise la police des frontières) a répondu qu’elle prenait le harcèlement sexuel très au sérieux, assurant que toutes les plaintes étaient « examinées de manière approfondie et traitées de manière appropriée ».

Elle a ajouté que « l’augmentation du nombre de signalements… était le signe d’une meilleure sensibilisation, d’une plus grande confiance des conscrites et d’une tolérance zéro à l’égard des policiers qui se rendent coupables de faits de harcèlement sexuel ».

Les Services pénitentiaires israéliens ont déclaré avoir pris des mesures pour lutter contre le harcèlement et les abus sexuels, en mettant notamment en service une ligne téléphonique d’urgence pour les gardiennes de prison et en menant une campagne « favorable à l’instauration d’un environnement de travail protecteur et responsabilisant ».

Ils ont ajouté, « qu’il ne faisait aucun doute que les conclusions du rapport du contrôleur de l’État indiquaient qu’un gros travail restait à faire ».

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