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Ben & Jerry’s Israel se tourne vers la justice pour continuer à vendre ses produits

L'entreprise israélienne exploitante poursuit le géant des glaces et Unilever devant une Cour fédérale américaine après l'annonce par ces derniers du boycott des implantations

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Des manifestants pro-israéliens protestent à New York contre Ben & Jerry's au sujet de son boycott des implantations, le 12 août 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)
Des manifestants pro-israéliens protestent à New York contre Ben & Jerry's au sujet de son boycott des implantations, le 12 août 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)

Le fabricant et distributeur du géant des glaces Ben & Jerry’s a demandé une injonction judiciaire pour pouvoir conserver son contrat de licence avec le glacier et avec sa compagnie-parente, Unilever, pendant la procédure d’une action en justice actuellement en cours.

Avi Zinger et son entreprise, American Quality Products (AQP), ont déposé une requête formelle auprès de la cour de district des États-Unis pour le district du New Jersey, ont indiqué lundi ses avocats.

Zinger et AQP avaient porté plainte contre Ben & Jerry’s et contre Unilever au début du mois, affirmant que les deux compagnies avaient mis un terme à leur relation commerciale d’une manière illégale suite à l’annonce de leur boycott des ventes des glaces en Cisjordanie, décidé l’année dernière. L’accord de licence devait initialement expirer à la fin de l’année 2022.

La nouvelle injonction cherche à empêcher Unilever et Ben & Jerry’s de rompre l’accord de licence conclu avec AQP avant qu’une solution ne soit trouvée pour les plaignants. L’injonction permettrait à AQP de continuer à fabriquer et à distribuer les glaces Ben & Jerry’s en Israël et dans les territoires placés sous le contrôle de l’État juif.

La réponse faite par Unilever à cette demande d’injonction est attendue en date du 4 avril, et les juges entendront les arguments oraux des parties lors d’une audience organisée le 18 avril.

La requête déposée par Zinger affirme qu’Unilever infligera « des dommages irréparables » à AQP en l’absence d’une injonction, que cela pourrait nuire aussi à d’autres et que ces dommages vont à l’encontre de l’intérêt public – ces éléments juridiques sont indispensables dans une demande d’injonction.

Les plaignants affirment que l’annonce du boycott a porté un fort préjudice aux ventes d’AQP, entraînant un bouleversement dans les affaires de l’entreprise qui se trouve aujourd’hui menacée « de destruction totale ».

La crème glacée Ben & Jerry’s en vente à Jérusalem le 20 juillet 2021. (Ahmad Gharabli/AFP)

La demande d’injonction note aussi que mettre un terme à l’accord mettra en péril la main-d’œuvre diversifiée d’AQP, constituée de 169 employés qui risquent de se trouver au chômage.

Elle précise aussi qu’Unilever ne pâtira pas de la fin de l’accord commercial pendant le contentieux, faisant remarquer que le conglomérat continue à vendre d’autres produits, notamment les glaces Strauss, en Cisjordanie et en Israël.

Les plaignants notent que l’injonction est dans l’intérêt du public dans la mesure où elle profitera aux consommateurs, tout en permettent à toutes les parties aux États-Unis et en Israël de se conformer strictement aux lois et en dissuadant d’autres entreprises de prendre d’éventuelles décisions similaires « de mauvaise foi ».

L’été dernier, Ben & Jerry’s avait annoncé que la marque ne vendrait plus ses produits dans « les territoires palestiniens occupés », se référant apparemment aux implantations de Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

AQP avait refusé de se conformer à cette décision, affirmant que l’initiative était illégale en Israël comme aux États-Unis – et Ben & Jerry’s avait alors annoncé qu’il n’y aurait pas de renouvellement de la licence israélienne à la fin 2022, une rupture effective de la relation commerciale.

Cette annonce de boycott avait été faite à l’issue d’une campagne lourde de pressions de la part des activistes progressistes et anti-Israël. La décision avait entraîné la colère en Israël et dans certains groupes juifs, qui avaient largement dénoncé une décision antisémite dans la mesure où la compagnie n’a jamais mis en œuvre d’autres boycotts dans d’autres parties du monde.

Des activistes propalestiniens manifestent contre Israël à New York, le 17 septembre 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)

La plainte qui a été déposée au début du mois réclame qu’une cour fédérale américaine établisse clairement le caractère illégal de l’initiative prise par Unilever, permettant à AQP de continuer à vendre les produits Ben & Jerry’s en Israël et en Cisjordanie. Elle réclame un procès devant un jury et des dommages et intérêts.

La plainte affirme que le boycott contrevient au droit américain et à la loi israélienne et que dans la mesure où aucun mécanisme juridique ne permet de continuer à mener des activités commerciales en violant la loi, la décision s’apparente finalement au boycott illégal de tout l’État juif.

La compagnie a aussi enfreint plusieurs lois américaines qui interdisent le boycott anti-israélien, ainsi que de nombreuses lois adoptées au niveau des états, continue la plainte.

Elle déclare aussi qu’Unilever a amené AQP à violer deux lois israéliennes : une loi sur la non-discrimination, qui comprend une interdiction de la discrimination sur la base du lieu de résidence et de l’origine et une loi qui interdit le boycott d’Israël ou d’un secteur placé sous contrôle israélien.

La firme a porté plainte devant la Cour de district du New Jersey, où se trouve le siège de la branche américaine d’Unilever. Elle s’attaque également à l’entreprise Conopco, Inc., multinationale basée au Royaume-Uni qui est aussi une autre branche d’Unilever aux États-Unis.

Des glaces Ben & Jerry’s dans un supermarché de Yavne, le 20 juillet 2021. (Crédit : Flash90)

Le boycott de la Cisjordanie de Ben & Jerry’s a posé des difficultés à Unilever et a entraîné des répercussions lourdes. Au moins six états américains ont désinvesti d’Unilever à hauteur de centaines de millions de dollars, l’initiative prise à l’encontre de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est venant contrevenir aux lois anti-boycott. Les actions de l’entreprise ont perdu 25 % de leur valeur depuis l’annonce, tandis que le marché plus largement est presque au même niveau.

Les critiques du boycott en Cisjordanie notent que le géant des glaces vend ses produits dans des États dont les antécédents en termes de droits de l’Homme sont atroces – notamment en Russie, en Arabie saoudite, en Syrie, en Iran ou en Chine. La firme vend aussi ses glaces dans d’autres territoires disputés – au Tibet, en Crimée, au Sahara occidental ou dans le Cachemire.

Les partisans du boycott affirment qu’en poussant les entreprises, les artistes et les universités à rompre leurs liens avec Israël, ils utilisent la non-violence pour s’opposer aux politiques inéquitables à l’égard des Palestiniens. L’État juif, de son côté, estime que le mouvement dissimule ses visées réelles qui sont d’ôter sa légitimité à Israël, voire de détruire le pays.

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