Bennett : Israël a besoin que les ultra-orthodoxes intègrent le marché du travail, pas l’armée
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Bennett : Israël a besoin que les ultra-orthodoxes intègrent le marché du travail, pas l’armée

Le ministre de l'Éducation affirme que de plus en plus d'écoles de Jérusalem Est adoptent les programmes scolaires israéliens

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Quand il présente sa vision de l’intégration des ultra-orthodoxes dans l’enseignement supérieur et dans le monde du travail, le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, ancien commando, a souvent recours à des métaphores militaires.

C’est une question de « mission nationale de la plus haute importance », un « défi existentiel », a-t-il dit durant une interview accordée au Times of Israel à Tel Aviv le 24 août (première partie de l’interview à lire ici), comparant l’économie israélienne à un brancard transporté par plusieurs urgentistes qui doivent en répartir le poids.

Mais en ce qui concerne l’enrôlement des ultra-orthodoxes dans l’armée israélienne, un sujet sensible pour la société israélienne, le chef du parti HaBayit Hayehudi, à tendance militariste, a été clair sur le fait qu’il accorde à leur intégration dans les universités et le marché du travail la priorité.

« Regardez, tout le monde se concentre sur l’armée, mais la vérité, c’est que l’armée est grande et forte, et qu’Israël peut survire avec ou sans les harédim dans l’armée », a déclaré Bennett, dont le parti HaBayit HaYehudi est associé, dans la coalition, aux partis ultra-orthodoxes, fermement opposés à l’enrôlement de son électorat.

La communauté ultra-orthodoxe a toujours bénéficié de dispenses de service militaires pour pouvoir étudier la Torah à temps plein. Mais en 2012, la Cour suprême a jugé que la Loi Tal, qui prévoyait ce statut, était anticonstitutionnelle. Un pourcentage important d’hommes harédi ont évité le monde du travail, au profit des études religieuses.

« Israël ne peut pas survivre sans que les harédim n’intègrent pleinement le monde du travail. Quelque chose doit changer. Je veux dire qu’il va y avoir de moins en moins de personnes imposables, de plus en plus de personnes qui perçoivent l’argent des contribuables. Ça finira par ne plus fonctionner », dit-il. « Nous ne sommes pas loin de ce stade, mais la bonne nouvelle, c’est que les harédim intègrent » le monde du travail et s’inscrivent dans les universités.

Le ministre de l'Éducation Naftali Bennet en visite dans une école Shas (Mosdot Yosef) à Tel Aviv le 10 mai 2016. (Crédit : Yaacov Cohen/Flash90)
Le ministre de l’Éducation Naftali Bennet en visite dans une école Shas (Mosdot Yosef) à Tel Aviv le 10 mai 2016. (Crédit : Yaacov Cohen/Flash90)

Durant l’interview, prévue une semaine avant le début de l’année scolaire, Bennett a également parlé du fait que l’adoption des programmes scolaires israéliens dans les écoles de Jérusalem Est « gagne du terrain », en échange de prestations financières de la part du ministère, bien que l’on n’en soit « qu’au début ».

« Je ne crois pas en la coercion », a-t-il ajouté, au sujet des ultra-orthodoxes et des Palestiniens à Jérusalem Est. « Parce que lorsqu’il y a des défis idéologiques et des désaccords – et c’est ce qu’il y a, dans les deux secteurs – quand vous punissez, vous générez une résistance. Quand vous ne punissez pas, il s’avère que les arabes et les harédim veulent apprendre. Ils veulent apprendre les maths, l’anglais, ils veulent de bons emplois, ils ne veulent pas être pauvres. »

« Donc, nous n’avons pas besoin de les encourager tant que ça. Nous devons rendre cela possible, et laisser la nature faire son travail », dit-il.

« Ils n’ont pas besoin de chanter des chants sionistes »

Le gouvernement a cherché à encourager les écoles de Jérusalem Est à abandonner les programmes palestiniens au profit des examens de fin d’études israéliens, avec un accent mis sur les mathématiques et l’anglais, en échange de bénéfices financiers.

C’est une question piège pour les écoles arabes, qui devraient retirer de leurs écoles les études sur le nationalisme palestinien, et le remplacer par l’histoire et l’éducation civique israélienne. Israël et les États-Unis ont longtemps accusé les manuels scolaires palestiniens de diaboliser Israël et de glorifier le terrorisme.

Bennett a insisté qu’Israël n’avait aucune volonté « d’endoctriner idéologiquement », mais cherchait à intégrer les résidents de Jérusalem Est, qui sont nombreux à ne pas être citoyens israéliens, dans les universités israéliennes et dans le monde du travail.

(Illustrative) Young Arab girls seen studying during a lesson in an elementary school, December 13, 2011. (photo credit: Kobi Gideon/FLASH90)
(Illustrative) Young Arab girls seen studying during a lesson in an elementary school, December 13, 2011. (photo credit: Kobi Gideon/FLASH90)

« Les arabes de Jérusalem Est comprennent que s’ils veulent un avenir économique pour leurs enfants, et la possibilité d’entrer dans les secteurs de la technologie, et réussir, il leur faut un baccalauréat israélien, en maths, en physique, et en informatique », dit-il.

Selon Reuters, seules 10 écoles – soit 5 000 élèves sur 110 000 – de Jérusalem Est ont adopté les programmes israéliens. Bennett, qui a refusé de commenter ces chiffres, a assurer que cela « prend de l’ampleur », même si l’on est n’est « encore qu’au début ».

« Notre objectif n’est pas l’histoire. Notre but c’est les maths, l’anglais, l’hébreu. Nous ne voulons pas d’endoctrinement. Ils n’ont pas besoin de chanter des chants sionistes », a-t-il dit sèchement. « Nous comprenons la situation. Le moteur principal est économico-social, il s’agit simplement de leur donner des outils pour réussir dans la société israélienne. »

« Parfois, il faut être flexible pendant un certain temps »

Bennett s’est distancé des réformes appliquées par le gouvernement précédent, chapeautées par le parti Yesh Atid, mais qui avaient été à l’époque soutenues par son parti, sur l’enrôlement des ultra-orthodoxes dans l’armée, et sur l’obligation faite aux écoles d’enseigner les maths et l’anglais. Le gouvernement est revenu sur ces deux réformes depuis.

« L’approche vis-à-vis des harédim a changé depuis que je suis arrivé », dit-il. « L’approche ‘mesures draconiennes’ adoptée par Yesh Atid a échoué. C’était un désastre à tous les niveaux. Ce qui s’est passé, c’est que moins de harédim ont intégré l’enseignement supérieur. Pour la première fois en de nombreuses années, nous avons observé une baisse dans le nombre de harédim qui ont intégré les universités. »

Illustration : des jeunes élèves d'une école ultra-orthodoxe. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )
Illustration : des jeunes élèves d’une école ultra-orthodoxe. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90 )

Alors que 12 professeurs d’université ont déposé un appel devant la Cour suprême de Justice contre les classes séparées à l’université, invoquant une discrimination contre les conférenciers féminies, Bennett a appelé à la « flexibilité » pour répondre aux besoins religieux des ultra-orthodoxes.

« Il y a toujours des obstacles, et c’est clairement un défi parce que les harédim ont des exigences uniques. Et puis il y a toujours des clashs entre les valeurs différentes. L’intérêt national est que les harédim étudient », dit-il. « Une autre valeur centrale est l’égalité, et l’absence de discrimination. Mais parfois, il faut savoir être flexible pour un certain temps, afin de résoudre des problèmes d’ordre national. Et je perçois le défi harédi comme une mission nationale de la plus haute importance. »

Des femmes ultra-orthodoxes qui travaillent dans l'entreprise Malam Group IT dans l'implantation haredi de Beitar Illit (Credit photo: Nati Shohat / Flash90)
Des femmes ultra-orthodoxes qui travaillent dans l’entreprise Malam Group IT dans l’implantation haredi de Beitar Illit (Credit photo: Nati Shohat / Flash90)

À l’avenir, « il y aura un noyau de harédim qui étudiera la Torah du matin au soir, mais ce sera un pourcentage ; le reste ira travailler et étudier », a déclaré Bennett. La majorité des ultra-orthodoxes finira par entrer dans le marché du travail, « et nombre d’entre eux serviront dans l’armée », a-t-il prédit. « Nous devons juste adopter le bon rythme, et sans y mêler la politique. »

« On verra » ce qu’il adviendra des accusations de corruption de Netanyahu

Il n’y avait aucune animosité apparente à la fin d’une réunion entre les directeurs d’écoles du district de Tel Aviv, notoirement de gauche, et le ministre de l’Éducation, de droite, à l’université de Tel Aviv, où l’interview a eu lieu.

Après des mois de controverses animées sur l’éducation, les enseignants ont applaudi quand Bennett s’est engagé à œuvrer pour l’augmentation de leurs salaires, et le chef de HaBayit Hayehudi a été chaudement remercié par le chef du district, qui a déploré « l’injustice » dont il fait l’objet dans les médias.

Le ministre de l'Éducation Naftali Bennett, donne une conférence aux directeurs d'école du sud d'Israël, en août 2017. (Crédit : Yossi Zamir/courtesy)
Le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, donne une conférence aux directeurs d’école du sud d’Israël, en août 2017. (Crédit : Yossi Zamir/courtesy)

« D’ici la fin de la semaine – c’était la dernière rencontre – j’aurais rencontré tous les directeurs de l’État d’Israël », a fait remarquer un Bennet enthousiaste. « Tous les [5 000] directeurs, de Metula à Eilat. »

Le ton était très éloigné des batailles acharnées menées sur internet et dans les médias sur Bennett, sur le système éducatif israélien, la religion et la politique – de la publication d’un manuel d’éducation civique, certains détracteurs qui semblent avoir ignoré les citoyens arabes-israéliens, à la présumée « religionisation » qui transparaît des manuels israéliens, en passant par la mesure du gouvernement exemptant certaines écoles harédi d’enseigner des matières telles que les maths et l’anglais.

Durant son mandat, Bennett a vanté les réformes sur les réductions des effectifs, la possibilité donnée aux écoles de proposer un niveau plus élevé en maths et en anglais, le renforcement des valeurs juives dans les écoles, l’augmentation des ressources pour les structures de la petite enfance, la réduction des écarts entre les élèves des régions rurales et du centre d’Israël, entre autres.

Bennett a déclaré avoir été « imperturbable et indémontable » par les critiques assénées au ministère pour l’introduction de matières juives dans les écoles, qui affirment que les élèves israéliens doivent apprendre les traditions juives, et que cela ne « signifie pas qu’ils doivent croire en Dieu ».

« Nous continuerons à inculquer des valeurs juives et sionistes dans les écoles, à plein régime. Il y a une énorme différence entre ça et la religion. Je n’essaie pas de transformer les enfants en enfants religieux », dit-il.

Il a également déclaré que son parti HaBayit HaYehudi réservait son jugement sur les enquêtes dont fait l’objet Benjamin Netanyahu, soulignant que selon la loi israélienne, le Premier ministre n’a pas à démissionner en cas d’inculpation.

« Maintenant, si nous en arrivons là, ce que je n’espère pas, au point où le Premier ministre Benjamin Netanyahu est inculpé, « nous verrons », et nous prendrons une décision fondée sur la nature de l’inculpation et les circonstances d’Israël. On verra », dit-il.

« Nous avons un pays, un État à gérer. J’ai un système éducatif à construire. Pour le moment l’éducation en Israël vit son plus grand pic depuis des années. Nous avons doublé le nombre de diplômés en maths, en physique et en chimie. Nous intégrons les groupes les plus faibles et les plus défavorisés dans l’enseignement supérieur. Nous avons les plus petites classes depuis la création de l’État d’Israël… Donc, de manière générale, et à tous les aspects, nous vivons un pic de croissance », a analysé Bennett.

« Donc je ne vais pas freiner tout cela, et il ne faut pas freiner tout cela, juste parce qu’il y a une enquête sur Netanyahu. »

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