Après Charlottesville, le ministre de la Diaspora affirme qu’Israël ne peut pas protéger tous les Juifs
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Interview'En fin de compte, c’est à la nation souveraine de défendre ses citoyens'

Après Charlottesville, le ministre de la Diaspora affirme qu’Israël ne peut pas protéger tous les Juifs

Naftali Bennett souligne que la “part du lion” de l'antisémitisme américain est à attribuer au BDS, un mouvement pro-arabe, anti-israélien et antisémite, en forte croissance

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Naftali Bennett, ministre de l'Education et président du parti HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 26 juillet 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Naftali Bennett, ministre de l'Education et président du parti HaBayit HaYehudi, à la Knesset, le 26 juillet 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’État juif ne peut pas assumer l’entière responsabilité du judaïsme mondial, a déclaré le ministre de la Diaspora Naftali Bennet, alors que les retombées des rassemblement néo-nazis de Charlottesville en Virginie pleuvent, et qu’une résurgence de l’extrême-droite aux États-Unis continuent à faire rage.

« Nous considérons que nous avons un certain degré de responsabilité pour chaque Juif du monde, simplement parce qu’il est Juif, a déclaré Bennett jeudi au Times of Israël. Mais en fin de compte, c’est à la nation souveraine de défendre ses citoyens. »

Bennett a été le seul ministre du gouvernement à condamner les rassemblements des 11 et 12 août, qui ont donné l’occasion à des centaines de suprématistes blancs munis de torches et de croix gammées et de drapeaux confédérés, de scander « les Juifs ne nous remplaceront pas », sur fond de manifestations qui ont culminé en un attentat à la voiture bélier qui a fait une victime.

« Le fait de brandir des drapeaux et des symboles nazis aux États-Unis n’est pas seulement insultant pour la communauté juive et les autres minorités. C’est également irrespectueux pour les millions de soldats américains qui ont sacrifié leur vie pour protéger les États-Unis et le monde entier des nazis », a dit Bennett, dans un communiqué paru le 13 août. « Les dirigeants américains doivent condamner et dénoncer cette démonstration d’antisémitisme qui a eu lieu ces derniers jours. »

Cette réaction contrastait drastiquement avec celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le « dirigeant du monde juif », selon les termes de son chef de cabinet. Dans ce qui ressemblait à une tentative de ne pas froisser le président américain Donald Trump, Netanyahu est resté silencieux pendant trois jours, avant de publier un tweet de condamnation tiède sur les « manifestations d’antisémitisme, de néonazisme et de racisme », sans mentionner spécifiquement Charlottesville.

Membres du Ku Klux Klan et d'autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)
Membres du Ku Klux Klan et d’autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Les dirigeants israéliens sont également restés de marbre après les très contestées réactions de Trump aux évènements. Il avait initialement déclaré que « de nombreuses parties » étaient à blâmer, et a ensuite accusé « les deux parties » et a assuré qu’il y avait « des gens bien » parmi les manifestants d’extrême droite.

Durant notre entretien du 24 août, Bennet, qui dirige le parti de droite HaBayit Hayehudi, qui fait partie de la coalition, a soutenu que « la part du lion » de l’antisémitisme aux États-Unis provient de la gauche, et s’est abstenu de critiquer Trump ou Netanyahu, précisant que le Premier ministre a « bien fait » de finir par dénoncer ces incidents. Exposant sa vision globale sur la responsabilité d’Israël à propos des Juifs à l’étranger qui sont confrontés à l’antisémitisme, il a indiqué qu’il revient aux gouvernements locaux d’intervenir.

« Au final, les Juifs de l’étranger sont uniques, dans la mesure où ils sont clairement des citoyens de leurs pays. Mais ils ont également une relation particulière avec l’État hébreu, a déclaré Bennett. Il est parfois difficile de définir les termes de cette relation. Israël ne peut pas endosser l’entière responsabilité du bien-être et de la sécurité des Juifs du monde entier. Nous ne sommes pas une force de police ou une armée dans ces pays. C’est la responsabilité de chaque gouvernement. »

Bennett a affirmé qu’aux États-Unis, la menace anti-juive provenant de l’extrême-gauche était bien plus significative que celle provenant de l’extrême-droite.

« Nous voyons que la part du lion de l’antisémitisme est en réalité le BDS [mouvement de boycott contre Israël], pro-arabe, anti-israélien et antisémite, qui connaît une forte croissance. Appelons-les par leur nom, c’est l’antisémitisme radical de gauche. Et il y a un antisémitisme radical de droite. Les deux nous préoccupent. Nous devons garder un œil sur chacun d’eux », dit-il.

Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d'une statut équestre du général confédéré Robert Lee d'un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)
Manifestation du Ku Klux Klan contre le retrait d’une statut équestre du général confédéré Robert Lee d’un jardin public de Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Chet Strange/Getty Images/AFP)

Et Bennett assure que lorsque c’est justifié, son bureau travaille en étroite collaboration avec les gouvernements concernés.

« Si nous voyons en Amérique, à Dieu ne plaise, que le danger augmente de façon claire et imminente, nous prendrons très certainement des mesures plus significatives », dit-il. Lors d’autres occurrences, quand l’antisémitisme existe mais qu’il ne représente pas de danger clair et imminent, « nous le condamnons », a-t-il ajouté.

« Regardez, je suis ministre des Affaires de la Diaspora. Certains m’appellent le ministre des Juifs. En tant que tel, je pense que j’ai été le premier ministre en Israël à réagir clairement et à condamner cette sorte de néonazisme et d’antisémitisme. En effet, ensuite, Bibi [Netanyahu] l’a fait aussi, et il a bien fait. Nous sommes là, nous sommes à l’écoute de tous les Juifs du monde. »

« Politique zéro-barrage »

Muni de sa double casquette de conseiller et de gendre de Trump, Jared Kushner était en Israël pour rencontrer les dirigeants israéliens et palestiniens. Bennett affirme qu’il n’est pas opposé aux négociations de paix, mais espère que les deux parties « abandonneront l’approche stérile d’un état palestinien ».

« Nous ne sommes pas opposés aux négociations. La question n’est pas s’il faut négocier. La réponse est bien évidemment oui. La question porte davantage sur l’objet des négociations », a expliqué Bennett, qui s’oppose depuis longtemps à un accord de paix basé sur la solution à deux états.

De gauche à droite, l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer, l'envoyé au Moyen Orient du président américain Donald Trump Jason Greenblatt, le conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la conseillère américaine à la sécurité nationale Dina Powell et l'ambassadeur américain en Israël David Friedman, à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
De gauche à droite, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer, l’envoyé au Moyen Orient du président américain Donald Trump Jason Greenblatt, le conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la conseillère américaine à la sécurité nationale Dina Powell et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, à Tel Aviv, le 24 août 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Au lieu de cela, il promeut un « grand Plan Marshall pour la région, qui inclurait un port avec un terminal terrestre entre Haïfa et Jénine, une zone économique ouverte pour le tourisme, des centres industriels communs, et une augmentation des permis de travail pour les Palestiniens en Israël. Nous voulons qu’ils soient plus nombreux, nous avons besoin d’eux. C’est une opportunité pour les deux parties. »

« Une politique zéro-barrage. Aucun barrage. Liberté de mouvement, pour tous, a ajouté Bennett. C’est mon discours à nos homologues américains. Vous parlez le langage des affaires, vous comprenez que les affaires sont plus importantes que la politique. Faisons mieux fonctionner les affaires, les emplois, et construisons à partir de là. »

Il a cependant reconnu que Trump et son équipe, malgré leur réticence à parler unanimement de solution à deux états, n’étaient « pas encore » disposés à laisser tomber les formules traditionnelles de pourparlers de paix.

« Nous en sommes à un stade où nous entendons parfois les vieilles rengaines, a dit Bennett. Les Palestiniens continuent à marteler l’approche d’un état palestinien, qui, ils le savent, et nous le savons, n’a aucun sens. Ils le savent mieux que nous ; ils n’en veulent pas. »

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