Campagne Trump: Le FBI examine une firme israélienne qui aurait visé des pro-BDS
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Campagne Trump: Le FBI examine une firme israélienne qui aurait visé des pro-BDS

Selon une plainte portée contre l'entreprise, un agent du Psy-Group a enregistré Outlawbds.com, un site Web qui aurait nommé et humilié des activistes du boycott anti-israélien

Une image illustrative de manifestants à l'extérieur des bureaux du gouverneur de New York, Andrew Cuomo, protestant contre son ordonnance demandant aux entreprises de New York de rompre les liens avec les organisations qui soutiennent le mouvement BDS, le 9 juin 2016 (Crédit : Erik McGregor / Pacific Press / LightRocket / Getty Images
Une image illustrative de manifestants à l'extérieur des bureaux du gouverneur de New York, Andrew Cuomo, protestant contre son ordonnance demandant aux entreprises de New York de rompre les liens avec les organisations qui soutiennent le mouvement BDS, le 9 juin 2016 (Crédit : Erik McGregor / Pacific Press / LightRocket / Getty Images

Psy-Group, une mystérieuse société israélienne qui ferait l’objet d’une enquête du FBI en relation avec l’enquête du conseiller spécial Robert Mueller sur l’ingérence illégale présumée lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, a également été impliquée dans des actions clandestines contre le BDS, selon un procès contre la société et de multiples sources qui se sont entretenues avec le Times of Israel.

Le BDS est une campagne menée par des militants pro-palestiniens encourageant les gens à boycotter, à désinvestir et à sanctionner Israël pour, selon eux, les mauvais traitements infligés aux Palestiniens.

Psy-Group, qui opère en Israël sous le nom d’Invop Ltd, est un leader auto-proclamé en « intelligence et influence » qui se vante dans ses supports marketing de ses techniques et capacités secrètes.

Le New York Times a rapporté le mois dernier que son fondateur et co-propriétaire Joel Zamel a rencontré Donald Trump Jr. trois mois avant les élections présidentielles américaines de novembre 2016, offrant de contribuer à la campagne de son père, et l’entreprise aurait rédigé « une proposition de plusieurs millions de dollars en vue d’une manipulation des réseaux sociaux pour aider à élire M. Trump ».

Alors qu’un avocat de Zamel a nié toute implication de sa part ou de ses sociétés dans la campagne électorale américaine, Bloomberg News a rapporté que l’équipe de Special Counsel Mueller enquête sur les flux d’argent dans le compte bancaire de Psy-Group à Chypre, et aussi que Psy-Group a formé une alliance avec Cambridge Analytica, une société (maintenant dissoute) que la campagne de Trump a consultée sur les enjeux des réseaux sociaux, à la suite de l’élection de Trump.

Les outils de marketing de Psy-Group mettent en évidence son « professionnalisme, sa légalité et sa discrétion », et ses activités sont peu connues du public, mais une bataille juridique canadienne a fait la lumière sur ses pratiques, y compris son travail présumé pour contrer les activités anti-israéliennes du BDS.

Le site Web outlawbds.com

Le fonds d’investissement canadien West Face Capital Inc. est actuellement impliqué dans un litige avec le fonds d’investissement canadien rival Catalyst Capital Group Inc. West Face allègue que Catalyst a engagé Psy-Group et une deuxième société de renseignement privée, Black Cube, pour mener une opération d’infiltration et une campagne de diffamation contre elle. West Face poursuit les deux compagnies israéliennes et leurs agents pour 500 millions de dollars de dommages et intérêts. Catalyst, pour sa part, accuse West Face d’irrégularité.

Au cours de son enquête sur les tactiques prétendument utilisées par Black Cube et Psy-Group, West Face a découvert qu’un agent de Psy-Group a enregistré le site Web outlawbds.com, selon la plainte de West Face.

Outlawbds.com a disparu de l’Internet, mais certains militants du BDS ont affirmé que le site contenait une « liste noire » avec des photos et des adresses électroniques de personnes soupçonnées de soutenir le BDS.

Capture d’écran d’une vidéo YouTube publiée par un utilisateur appelé OutlawBDS. (Capture d’écran YouTube)

D’autres militants du BDS rapportent avoir reçu un courriel en septembre 2017 de l’adresse électronique admin@outlawbds.com les avertissant : « Sachez que vous avez été identifié comme promoteur du BDS. Selon la nouvelle législation de l’État de New York, les individus ou les organisations qui s’engagent dans des activités de BDS avec des alliés américains ne recevront plus de financement ou de soutien public. De plus, l’État et ses agences ne s’engageront plus dans les affaires ou n’embaucheront plus ces organisations et individus car ils ont été jugés problématiques et anti-américains. Vous avez été repérés. Vous avez été identifié. Vous avez une fenêtre d’opportunité limitée pour cesser et renoncer ou faire face aux conséquences de vos actions en justice. Si vous avez cessé de commettre des actes répréhensibles, veuillez nous contacter à admin@outlawbds.com pour que votre profil soit retiré de la liste noire ».

Le Times of Israel a été informé par de nombreuses sources que Psy-Group a travaillé pour contrer les activistes du BDS – et est l’une des nombreuses entreprises de ce genre, créées ou employant d’anciens agents des services de renseignement israéliens dans ce but.

Ce genre de travail, a-t-on indiqué au Times of Israel, est connu du gouvernement israélien, et plus particulièrement du ministère des Affaires stratégiques, mais n’est pas financé par le gouvernement.

Publicité de Psy-Groupe

Selon les sources, ces entreprises se livrent à diverses activités d’infiltration contre les dirigeants et les militants du BDS. Ce travail comprend la mise en évidence des sources de financement des activités du BDS si ce financement est obtenu auprès d’organisations terroristes ou d’autres organisations qui sont interdites, et la publication des cas où des militants ont exprimé des opinions extrémistes et/ou antisémites. L’objectif peut être de dissuader les militants de poursuivre leurs activités, ont expliqué les sources.

Dans le cas de Psy-Group, le Times of Israel a été informé mais n’a pas pu vérifier indépendamment, que son activité anti-BDS a été financée par des donateurs privés et que la société ne s’est pas livrée à des activités illégales, n’a pas diffusé de fausses informations et ne s’est pas livrée à des actes de piratage.

Le projet West Face

La plainte dans l’action en justice déposée par West Face consacre relativement peu d’attention au travail anti-BDS présumé de Psy-Group.

On peut y lire brièvement que l’agent de Psy-Group qui a enregistré le site outlawbds a embauché un certain « Amin Razvi (‘Razvi’), un individu résidant en Inde, pour effectuer des travaux liés à outlawbds.com.

L’essentiel du document traite de la prétendue « campagne de diffamation contre West Face », telle qu’elle a été menée par Psy-Group et Black Cube. Razvi a travaillé pour Psy-Group sur cette campagne, indique le document, en publiant du contenu diffamatoire sur West Face en ligne.

Support marketing de Psy-Groupe

Détaillant les activités présumées des deux sociétés israéliennes, la plainte affirme que des agents des deux groupes Black Cube et Psy-Group « ont conspiré pour fournir aux journalistes, aux agences de presse (dont le National Post, Bloomberg News et l’Associated Press), ainsi qu’à d’autres, des enregistrements édités, déformés ou encore falsifiés et/ou des transcriptions de réunions entre des agents de Black Cube et ses cibles, incluant des employés actuels et anciens.

Selon la plainte, Psy-Group – dont les agents du projet canadien auraient inclus l’ancien journaliste de télévision israélien Emmanuel Rosen – a travaillé en tandem avec Black Cube, publiant des articles diffamatoires et des messages sur les réseaux sociaux concernant West Face et utilisant des techniques sophistiquées de camouflage pour dissimuler leurs traces.

Harvey Weinstein à Sun Valley, dans l’Idaho, le 12 juillet 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images)

West Face a appris les activités de Black Cube et de Psy-Group lorsque ses employés ont reconnu l’image de Stella Penn Pechanac dans les reportages sur les accusations de viol et de harcèlement contre le magnat hollywoodien Harvey Weinstein. Pechanac était une employée de Black Cube qui se serait présentée comme une militante des droits de la femme et qui s’est liée d’amitié avec l’actrice Rose McGowan dans le but de recueillir des renseignements au nom de Weinstein. Les employés de West Face ont reconnu Pechanac comme étant la même femme qui leur avait tendu la main.

Plusieurs déclarations sous serment d’employés et d’anciens employés de West Face Capital allèguent que Stella Penn Pechanac les a approchés, en utilisant divers pseudonymes, offrant des possibilités d’emploi uniques et excitantes et, dans certains cas, en les envoyant à Londres pour de fausses entrevues de recrutement. Les agents de Black Cube auraient alors prétendument fait boire de l’alcool à certains de ces employés pour tenter de soutirer des renseignements qui profiteraient à leur client dans le cadre de ses procédures judiciaires.

Dans un cas, un agent de Black Cube aurait tenté d’inciter un juge canadien à la retraite à tenir des propos antisémites. Selon les plaignants, l’espoir était de discréditer un verdict que le juge avait rendu contre le client de Black Cube, Catalyst, dont le gérant est juif.

Logo de Black Cube

En réponse à une demande de commentaires du Times of Israel, Black Cube a envoyé le communiqué suivant : « C’est la politique de Black Cube de ne jamais parler de ses clients avec un tiers, et de ne jamais confirmer ou nier toute spéculation concernant le travail de l’entreprise. Faire référence à Black Cube est devenu un sport international en 2018. Il est important de noter que Black Cube opère toujours en pleine conformité avec la loi dans chaque juridiction dans laquelle elle opère, en suivant les conseils juridiques des plus grands cabinets d’avocats du monde entier ».

Dans une autre affaire, Black Cube a été accusé le mois dernier d’avoir calomnié des fonctionnaires de l’administration Obama impliqués dans l’accord nucléaire iranien dans le cadre d’un effort secret visant à discréditer l’accord international. Il a nié l’allégation.

Fermeture de Psy-Group

Psy-Group est actuellement dans une procédure de faillite devant un tribunal israélien.

Les documents de faillite accessibles au public, dans lesquels 29 employés de Psy-Group ont demandé la liquidation de l’entreprise, contiennent divers détails inédits sur Psy-Group, ses activités et ses employés.

En Israël, Psy-Group opère sous le nom d’Invop Ltd. qui, selon le registre du commerce israélien, a été fondé le 22 décembre 2014. Son directeur général est Royi Burstien, ancien commandant d’une unité de guerre psychologique israélienne, selon Bloomberg. Toutes les actions d’Invop sont détenues par une société chypriote appelée IOCO Ltd, qui appartient à son tour à une société des îles Vierges britanniques appelée Protexer Limited.

Selon la plainte des employés de Psy-Group, datée du 28 février 2018, les employés ont été informés la semaine précédente qu’ils ne recevraient pas leur salaire de février parce que « deux développements commerciaux critiques ont échoué ». Par conséquent, l’entreprise se trouvait dans une difficulté financière et serait incapable de payer les salaires de février à ses employés ou, d’ailleurs, de continuer à fonctionner. L’administrateur de la compagnie, Burstien, ne s’est pas opposé à la procédure de faillite initiée par les employés et le 21 mai, le tribunal a nommé un administrateur spécial pour la compagnie.

La majorité des 29 employés de Psy-Group mentionnés dans la plainte semblent être de jeunes diplômés universitaires récents. La lecture de leurs pages LinkedIn révèle que beaucoup d’entre eux ont fréquenté le Centre interdisciplinaire de Herzliya, un collège privé d’élite près de Tel Aviv, et beaucoup ont servi dans des unités de renseignement de l’armée israélienne et d’autres services de sécurité israéliens, mais pas nécessairement à des postes de direction.

Malgré sa jeunesse relative, au moins une employée de Psy-Group a gagné un salaire plus de trois fois supérieur à la moyenne israélienne de 10 300 shekels par mois : La plainte est accompagnée du talon de chèque de paie d’un employé dont la fonction était « chef de projet » et dont le salaire brut était de 33 036 shekels.

Quelques noms sur la liste se distinguent. L’un des signataires est Emmanuel Rosen, ancien journaliste israélien. Contacté par le Times of Israel, il n’avait aucun commentaire à faire sur le sujet.

Sur la liste des employés de Psy-Group figure également Eitan Charnoff, qui en 2016 était le directeur d’iVote Israel, une campagne controversée pour les Américains en Israël. Il a dirigé iVote Israël en même temps qu’il travaillait à Psy-Group. « Eitan Charnoff n’est actuellement impliqué dans aucune des deux organisations indépendantes et n’est donc pas en mesure de commenter quoi que ce soit en rapport avec l’une ou l’autre entité », a déclaré son avocate Carrie H. Cohen du cabinet Morrison & Foerster LLP.

Des bénévoles iVoteIsraël inscrivent des citoyens américains pour des votes par correspondance dans un centre commercial à Jérusalem en juin 2012 (Avec l’aimable autorisation de iVoteIsrael.com).

L’israélo-australien Paul Vesely, qui n’est pas l’un des signataires, mais qui a affirmé dans sa page LinkedIn avoir été l’un des fondateurs de Psy-Group, était auparavant le directeur d’exploitation de Veribo, une société qui fournissait des services de gestion de réputation en ligne à des sociétés d’options binaires. Il avait refusé de répondre à une demande de commentaires au moment de la publication.

De plus, quatre anciens employés de Psy-Group figurant dans les déclarations de faillite d’Invop Ltd travaillent actuellement pour une entreprise appelée Cyabra, dont la mission déclarée est d’aider à identifier les faux amis et les faux profils Facebook pour les organisations qui ont été ciblées par de faux commentaires. Cyabra n’avait aucun commentaire à faire sur cet article.

Psy-Group n’avait pas répondu à une demande de commentaires au moment de la publication.

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