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Décès de l’ex-élue Marcia Freedman, pionnière des droits des femmes en Israël

Seule députée ouvertement lesbienne de l'histoire d'Israël, cette militante a contribué à la création du mouvement féministe et a abordé le problème de la violence domestique

Marcia Freedman en 2013. (Crédit : capture d'écran/YouTube)
Marcia Freedman en 2013. (Crédit : capture d'écran/YouTube)

Marcia Freedman, une législatrice israélienne qui a été une pionnière des droits des LGBTQ et des femmes dans les années 1970 et qui a initié le premier refuge pour femmes du pays, est décédée mardi à l’âge de 83 ans.

Cette femme de gauche, née aux États-Unis, était également l’une des premières partisantes de la solution à deux États, prônant la reconnaissance d’un État palestinien indépendant.

Elle a divorcé de son mari à la fin de la trentaine et est devenue le premier membre gay connu de la Knesset. À ce jour, elle est la seule femme ouvertement lesbienne à avoir siégé au Parlement israélien.

Née en 1938 dans le New Jersey, Mme Freedman a participé activement au mouvement américain des droits civiques dans les années 1960. Elle est arrivée en Israël en 1967, a participé à la fondation du mouvement féministe israélien et a été membre de la Knesset pour le parti Ratz (qui a fusionné avec le parti de gauche Meretz dans les années 1990) entre 1974 et 1977.

Pendant cette courte période, Mme Freedman a soulevé une foule de questions qui avaient été mises de côté à l’époque, dont le droit à l’avortement, les droits des homosexuels, le viol, le cancer du sein et la violence domestique.

En 1976, Freedman a lancé la toute première discussion de la Knesset sur la violence contre les femmes. Les transcriptions de la discussion de juillet rapportées par la presse montrent que de nombreux législateurs de l’époque ne tenaient absolument pas compte du problème et considéraient même le sujet comme relevant de l’humour.

« Qu’en est-il de l’autre question, celle des maris qui sont battus par leurs femmes ? » a répondu Mordechai Ben-Porat, tandis que Meir Pail déclarait : « Si une femme bat son mari, le mari devrait être arrêté. »

« Je suis surprise que vous trouviez cette affaire si amusante, et cela prouve exactement ce que j’ai à dire aujourd’hui », a répondu Freedman, mais même le ministre en charge du dossier, Shlomo Hillel, s’est montré dédaigneux.

Marcia Freedman, 28 janvier 1974. (Crédit : Yaacov Saar/GPO)

Le ministre de la Police Hillel a déclaré qu’il n’y avait rien à discuter puisque la police ne pouvait pas intervenir dans les relations personnelles, ajoutant que ce n’était qu’une manifestation d’une montée générale de la violence.

« Très sérieusement… je ne peux pas dire qu’il y a un problème spécifique de violence infligée par les hommes à leurs femmes », a alors déclaré Hillel.

« C’est là le problème : vous ne le voyez pas », a répondu Freedman, qui a ensuite co-fondé le premier refuge pour femmes battues d’Israël, à Haïfa, en 1977.

Après avoir formé un parti de femmes qui a sensibilisé l’opinion à la question mais n’a pas réussi à entrer à la Knesset, Freedman est retournée aux États-Unis (bien qu’elle ait fait des allers-retours en Israël par la suite) et a poursuivi son activisme féministe par le biais de livres, d’articles et de revues.

Elle a été la présidente fondatrice de Brit Tzedek v’Shalom, un groupe pro-paix qui a fusionné avec le lobby J Street en 2010.

En 2015, le groupe de défense des droits Aguda a choisi Freedman pour figurer parmi les 40 personnes qui ont eu la plus grande influence dans l’histoire de la communauté LGBTQ d’Israël.

« Marcia s’est battue pour notre droit à vivre nos vies en liberté, avec fierté et sans violence », a déclaré Aguda mercredi. « Son coming-out dans les années 1970 a inspiré des milliers de femmes et d’hommes homosexuels qui avaient peur d’être eux-mêmes. Nous espérons que l’héritage révolutionnaire de Marcia conduira à une [plus] grande représentation des femmes homosexuelles en politique. »

« C’était une femme très affirmée et elle n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait », a déploré Esther Elam, collègue de longue date de Freedman, qui a fondé avec elle le mouvement féministe israélien. « Elle disait des choses qui n’étaient pas gentilles, mettait un miroir en face de la société israélienne et provoquait des changements. Elle était une pionnière ».

« Aujourd’hui, nous avons perdu la chère Marcia Freedman », a déclaré la ministre des Transports Merav Michaeli. « Elle était la députée qui a initié la première session plénière sur la violence contre les femmes, ce qui a profondément amusé les députés masculins de l’époque qui l’ont rabaissée et ridiculisée. Une guerrière des droits LGBTQ qui a fait son coming-out elle-même et a vécu en tant que lesbienne et féministe alors que c’était très impopulaire. »

La ministre de l’Environnement Tamar Zandberg (à gauche) et la ministre des Transports Merav Michaeli. (Crédit : Flash90)

La ministre de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, du parti Meretz, a tweeté ses condoléances, disant qu’elle avait rencontré Freedman aux États-Unis il y a plusieurs années et que « sa détermination à défendre les droits de l’Homme n’avait pas diminué. »

J Street a fait l’éloge de Freedman comme « une militante bien-aimée, franche et visionnaire pour la paix israélo-palestinienne et un large éventail de causes progressistes. »

« Elle est devenue l’une des principales championnes précoces de la création d’un État palestinien indépendant et de la solution à deux États, embrassant l’idée de deux États pour deux peuples bien avant qu’elle ne soit largement acceptée », a déclaré le lobby progressiste.

« Sa chaleur, sa sagesse, son énergie et sa clarté morale faisaient d’elle une présence inspirante aux conférences nationales de J Street et une voix puissante pour le mouvement qu’elle a tant contribué à construire. En ce moment, nos pensées vont à la famille et aux amis de Marcia, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont connue et aimée. Que son souvenir soit une bénédiction. »

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