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Décès d’une enseignante belge qui avait caché des enfants juifs pendant la Shoah

Andrée Geulen-Herscovici avait risqué sa vie pour aider à sauver un millier d'enfants ; elle avait été reconnue par Yad Vashem et avait reçu la citoyenneté israélienne honoraire

La Belge Andrée Geulen-Herscovici pose lors d’une visite à la Salle des Noms au Musée de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 avril 2007. (Crédit : Orel Cohen/Flash 90)
La Belge Andrée Geulen-Herscovici pose lors d’une visite à la Salle des Noms au Musée de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 avril 2007. (Crédit : Orel Cohen/Flash 90)

Andrée Geulen-Herscovici, enseignante belge qui avait contribué à sauver un millier d’enfants juifs pendant la Shoah, est décédée mercredi à Ixelles, en Belgique, à l’âge de 101 ans.

Jeune enseignante, Geulen-Herscovici a vu sa ville natale de Bruxelles occupée par les nazis. Lorsque les élèves juifs ont commencé à venir en cours avec des étoiles jaunes, elle a dit à ses élèves – Juifs et non Juifs – de venir à l’école avec des tabliers, afin de couvrir le symbole.

La politique discriminatoire nazie a incité Geulen-Herscovici à rejoindre l’organisation de sauvetage « Comité de Défense des Juifs », en 1942. Là, elle a rencontré la militante juive Ida Sterno, qui avait besoin d’une personne non juive pour l’aider dans ses opérations de sauvetage.

Geulen-Herscovici a été l’une de ces femmes non juives chargées d’approcher discrètement les familles juives et de leur suggérer de confier leurs enfants pour qu’ils soient cachés. Elle a également assuré le transfert d’enfants d’une cache à une autre.

« Le plus difficile était de ne pas dire à une mère où j’emmenais son fils », a confié Geulen-Herscovici dans une interview.

Sous l’alias « Claude Fournier », Geulen-Herscovici a reçu l’ordre de s’installer à l’école où elle enseignait, Gaty de Gamont, d’où elle a veillé sur 12 élèves juifs qui y avaient trouvé refuge.

La Belge Andrée Geulen-Herscovici (deuxième à partir de la droite) observe un moment de silence dans le Hall du Souvenir au Mémorial de la Shoah de Yad Vashem, à Jérusalem, le 18 avril 2007. (Crédit : Orel Cohen/Flash 90)

En mai 1943, les nazis ont fait une descente dans l’école et arrêté les élèves qui s’y cachaient. Geulen-Herscovici et les autres enseignants ont été soumis à un interrogatoire. La directrice de l’école, Odile Ovart, et son mari ont été envoyés dans des camps de concentration, où ils ont péri tous les deux.

Geulen-Herscovici ne fut pas interpelée, ce qui lui permit de dire à ses autres élèves juifs de ne pas retourner à l’école.

Dès lors, Geulen-Herscovici opéra sous une fausse identité et aida à conduire les enfants juifs en sécurité. Elle les emmenait dans des familles chrétiennes et dans des monastères qui avaient accepté de les cacher. Elle s’assurait que les familles étaient en mesure de subvenir à leurs besoins, et les a ainsi surveillés pendant toute la durée de la guerre.

Geulen-Herscovici tenait des registres codés des enfants, y compris de leur nom et emplacement, afin qu’ils puissent retrouver leur famille après la guerre. Malheureusement, de nombreux parents ont péri dans la Shoah.

En 1989, Geulen-Herscovici a été élevée par le Mémorial de la Shoah Yad Vashem au rang de « Juste parmi les Nations » pour son action. Cette reconnaissance est accordée par le centre commémoratif à ceux dont il est avéré qu’ils ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lors d’une visite en Israël en 2007, pour assister à une convention internationale sur les enfants belges sauvés, elle s’est vu délivrer la citoyenneté israélienne à titre honoraire, lors d’une cérémonie à Yad Vashem.

L’ambassadeur d’Israël en Belgique, Emmanuel Nahshon, s’est dit profondément attristé par sa mort, évoquant la mémoire d’une « véritable héroïne de l’humanité… C’était une femme incroyable, merveilleuse, qui a sauvé de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

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