Défiant l’UNESCO et Ramallah, des élus étrangers en visite sur les sites juifs de Hébron
Rechercher
Reportage

Défiant l’UNESCO et Ramallah, des élus étrangers en visite sur les sites juifs de Hébron

Malgré une opposition palestinienne intense, un groupe de 18 parlementaires venus du monde entier ont visité le Tombeau des Patriarches pour la première fois

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

18 parlementaires pro-Israël en visite à Hébron, en Cisjordanie, le 19 octobre 2016. (Crédit : Avi Hayoun/autorisation)
18 parlementaires pro-Israël en visite à Hébron, en Cisjordanie, le 19 octobre 2016. (Crédit : Avi Hayoun/autorisation)

HEBRON, Cisjordanie – la résolution adoptée par l’UNESCO la semaine dernière n’a pas fait que flouer les liens entretenus par les Juifs et les Chrétiens avec Jérusalem. Le texte présente également une section sur le Tombeau des Patriarches d’Hébron, qu’il qualifie de “site palestinien”.

Tandis que la résolution reconnaît que l’édifice – auquel il se réfère en tant que « Al-Haram Al-Ibrahimi/Tombeau des Patriarches » – possède une « signification religieuse pour le judaïsme, le christianisme et l’islam », il déclare toutefois « qu’il fait intégralement partie de la Palestine ».

Mercredi, 24 heures après que le Bureau exécutif de l’UNESCO a ratifié la résolution controversée, 18 parlementaires chrétiens venus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine se sont rendus sur le Tombeau des Patriarches et ont visité d’autres sites juifs de Hébron dans un mouvement d’affirmation ferme de leur soutien à la reconnaissance des liens existant entre le peuple Juif à la terre sainte.

Les législateurs, qui font partie d’un réseau de 35 conseils parlementaires pro-israéliens qui comptent plus de 1 000 membres, ont fait une visite guidée à travers les lieux juifs de Hébron et ont été accueillis par des porte-paroles de la communauté et d’autre leaders favorables aux implantations.

C’est l’empathie qui a semblé dominer les sentiments des dignitaires étrangers, venus de divers pays dont la Suède, la Suisse, l’Afrique du Sud et l’Uruguay. « Cette terre appartient aux Juifs, et en particulier ce lieu, », a estimé le révérend Malani Mtanga, parlementaire du Malawi. “Nous respectons cette terre car c’est un lieu qui appartient à Abraham. Il a été acquis et appartient à Abraham, ce qui doit être respecté et protégé en tant que tel”.

La résolution de l’UNESCO n’est pas seulement injuste envers la communauté juive mais aussi envers le monde entier dans la mesure où elle nie également les racines chrétiennes de la Terre sainte, a déclaré Mtanga aux reporters alors qu’il se dirigeait vers ce site – vénéré par les Juifs car abritant les dernières demeures des patriarches et des matriarches bibliques comme Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Leah – et par les Musulmans par ce que représente Abraham en terme de prophète coranique.

« L’UNESCO n’a pas le pouvoir d’effacer l’histoire de cette terre. »

Malani Mtanga, un député du Malawi, parle avec un homme juif orthodoxe à Hébron, le 19 octobre 2016. (Crédit : Avi Hayoun)
Malani Mtanga, un député du Malawi, parle avec un homme juif orthodoxe à Hébron, le 19 octobre 2016. (Crédit : Avi Hayoun)

Les parlementaires étrangers se sont retrouvés en Israël en marge de la Conférence annuelle de la Fondation des Alliés d’Israël.

Depuis des années, cet événement rassemble en Terre sainte des législateurs chrétiens et juifs pro-israéliens venant de divers pays durant la Souccot, la fête pendant laquelle, selon la tradition juive, les nations du monde montent à Jérusalem. Mais, selon les organisateurs, le voyage, mercredi, d’un groupe de parlementaires étrangers au coeur de la communauté juive de Hébron est une première.

En effet, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a tenté d’empêcher la visite, faisant pression sur les législateurs des pays représentés. Kenneth Meshoe, parlementaire d’Afrique du sud, a reconnu avoir subi ce type de pression, indiquant n’avoir ressenti à cet égard qu’un dédain un peu amer.

“L’Autorité palestinienne m’a rappelé les jours de l’apartheid, lorsque je n’avais pas le droit de voyager comme je le voulais”, a-t-il commenté.

Comme tous les participants, Meshoe, président du Parti Chrétien Démocrate africain — qui occupe actuellement trois sièges sur les 400 de l’Assemblée Nationale du pays – a exprimé son indignation face à la résolution de l’UNESCO sur Jérusalem et a juré de dire à son gouvernement que le soutien que ce dernier lui a apporté était hypocrite.

Pourquoi, alors, un grand nombre de pays chrétiens a-t-il soutenu le texte en dépit de sa distorsion historique ?

“C’est difficile à expliquer”, a déclaré Meshoe, ajoutant que “l’une des raisons peut être la lâcheté. Nous avons de nombreux dirigeants politiques qui se contentent de prendre position au gré du vent dominant. Et je pense qu’il est grand temps dorénavant que l’Afrique produise des leaders courageux, qui sauront affirmer leurs convictions et ne pas se comporter en girouettes ».

Meshoe était venu en Israël une douzaine de fois, mais il ne s’était jamais rendu à Hébron. « Cela renforce ma foi », a-t-il expliqué à la fin du périple, qui a commencé par une visite sur le Tombeau des Patriarches. Le guide local du groupe, Noam Arnon, avocat vétéran de la communauté juive de Hébron, est, quant à lui, en train de rédiger un doctorat sur « l’histoire et le mystère” du lieu saint.

Alors que les dignitaires étrangers se frayaient un chemin à travers les nombreux touristes juifs, Arnon a évoqué l’histoire ancienne de 2 000 ans de l’édifice et salué le “miracle” du retour des Juifs à Hébron après que ces derniers ont fui les violences arabes lors de la révolte des arabes, de 1936 à 1939. « Ce tombeau a été édifié 700 ans avant la naissance de l’islam », a-t-il rappelé.

“Ce n’est pas Disneyland. C’est la fondation de l’humanité”, s’est exclamé Yishai Fleisher, un porte-parole de la communauté juive d’Hébron. « Laissez-vous porter par la fascination face à ce que vous voyez. »

Les législateurs ont pris des selfies auprès des cénotaphes des patriarches (des monuments ressemblant à des tombeaux mais qui indiquent le lieu souterrain de la tombe) et certains d’entre eux ont rejoint un groupe d’hommes orthodoxes qui dansaient de manière exubérante, en cercle, pour célébrer les journées intermédiaires de Souccot.

Les uns après les autres, les intervenants ont dépeint Hébron comme une merveille — Oded Revivi, maire d’Efrat, l’a qualifié de “site le plus complexe et le plus intense du monde” – et a souligné qu’il était possible de déambuler dans les rues de la ville sans craindre d’être agressé.

Après le Tombeau des Patriarches, le groupe a traversé une rue bordée, de part de d’autres, par les volets clos de magasins palestiniens. Fleisher, porte-parole international de la communauté juive, a reconnu qu’il était “lamentable” que les forces israéliennes aient dû procéder à la fermeture de ces commerces, citant toutefois un “sentiment de danger” créé par « les nombreux actes terroristes » qui ont émergé de ces lieux.

“Ils [les propriétaires des magasins] n’ont pas été expulsés, ils vivent encore ici pour un grand nombre d’entre eux”, a-r-il expliqué. « On leur a offert des dédommagements, certains les ont acceptés, d’autres non. Mais ce n’est pas une ville fantôme dans laquelle nous aurons procédé à un nettoyage ethnique comme les médias aiment le dire.”

Sur le chemin menant au lieu de visite suivant — le poste de surveillance de Tel Rumeida — les législateurs ont pu admirer un escalier vieux d’environ 4 500 ans, datant du début de l’Age de Bronze. Lorsque Abraham était venu ici avec son fils, a remarqué Fleisher, il avait probablement dit à Isaac, déjà à ce moment-là, qu’il s’agissait d’une des structures les plus anciennes de l’Histoire.

Baruch Marzel at a counter-rally protesting the commemoration of Palestinian Nakba Day at Tel Aviv University in May (photo credit: Yossi Zeliger/Flash90)
Baruch Marzel à une contre-manifestation pour protester contre la commémoration de la Journée de la Nakba palestinienne à l’Université de Tel-Aviv (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

Juste en face de l’escalier vit l’activiste d’extrême-droite Baruch Marzel, qui a invité la délégation étrangère à boire des rafraîchissements. Les législateurs ont aimablement décliné l’invitation.

“Tout le monde n’est pas antisémite”, a indiqué Marzel aux journalistes israéliens alors que les parlementaires passaient devant sa maison. « Une grande partie de l’Europe est antisémite. Et ceux qui ne soutiennent pas Israël, automatiquement.”

Au poste de surveillance de Tel Rumeida, les législateurs ont pu découvrir le “Hébron arabe”, que Fleisher a décrit comme une ville vibrante n’ayant que peu de choses en commun avec son image internationale de divisions et de conflits. La réputation de Hébron en tant que ville de « l’apartheid israélien » est un « mythe », a ajouté Fleisher, ajoutant que le Hamas est le « facteur comportemental et politique prédominant ici ». (Environ 180 000 Palestiniens et 10 000 Juifs vivent dans la ville — 1 000 à Hébron et 9 000 à Kiryat Arba, dans sa banlieue.)

Plus tard, durant le déjeuner, le maire d’Efrat, Revivi, et d’autres intervenants se sont efforcés de faire passer des messages – subtils pour certains d’entre eux, non subtils pour d’autres – en faveur d’une solution à un Etat.

Revivi, qui est également un haut responsable au Conseil de Yesha, a évoqué les excellentes relations qu’il entretient avec les Palestiniens vivant dans la zone, postulant que “les hautes barrières n’aident pas au bon voisinage », et que tout ce que veulent les Palestiniens est une meilleure coopération avec les autorités israéliennes.

Josh Reinstein, de la Fondation des Alliés d’Israël, a indiqué que la notion d’un état palestinien sans juifs pouvait mener à un “mythe”.

Les législateurs ont écouté et hoché poliment la tête. Mais, interrogés sur leur propre vision des choses, plusieurs ont fait part de leur soutien à la création d’un état palestinien.

“Je suis favorable à une solution à deux états tant que les Palestiniens reconnaîtront le droit d’Israël à exister dans le cadre de frontières sûres et sécurisées”, a déclaré Meshoe, le parlementaire venu d’Afrique du Sud.

Avait-il réalisé qu’à travers la journée entière, il avait écouté des intervenants fermement opposés à l’idée d’un état palestinien ? « Je ne me suis pas adressé à un grand nombre d’entre eux », a-t-il répondu.

Une rue avec des magasins palestiniens fermés près du Tombeau des Patriarches à Hébron, le 19 octobre 2016. (Raphael Ahren / Times of Israel)
Une rue avec des magasins palestiniens fermés près du Tombeau des Patriarches à Hébron, le 19 octobre 2016. (Raphael Ahren / Times of Israel)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...