Des chefs des implantations boycottent la réunion du Premier ministre
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Des chefs des implantations boycottent la réunion du Premier ministre

Les chefs des conseils de Samarie, Binyamin et Kiryat Arba "jugent inutile" de discuter puisque leurs demandes de construction et de barrages routiers en Cisjordanie sont ignorées

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Yossi Dagan, le chef du Conseil régional de Shomron, s'adresse à la 14e Conférence annuelle de B'Sheva Jerusalem le 12 février 2017. (Photo par Yonatan Sindel/Flash90)
Yossi Dagan, le chef du Conseil régional de Shomron, s'adresse à la 14e Conférence annuelle de B'Sheva Jerusalem le 12 février 2017. (Photo par Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi, des dirigeants d’implantations se sont désolidarisés de leurs collègues en annonçant qu’ils boycotteraient une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu en raison de son refus, selon leurs dires, de répondre sérieusement à leur demande de voir augmenter la construction des implantations et rétablir des barrages routiers en Cisjordanie suite aux violences qui ont éclaté récemment dans le pays.

Dans une lettre adressée aux 20 autres présidents de conseils israéliens en Cisjordanie, Yossi Dagan, président du conseil régional de Samarie, Yisrael Gantz, président du conseil régional de Binyamin et Eliyahu Libman, président du conseil régional de Kiryat Arba ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à la réunion de mercredi matin au cabinet du Premier ministre, affirmant que Netanyahu « leur faisait la cour » avec de « fausses promesses concernant la sécurité et qu’il ne faisait pas assez pour développer les implantations ».

« Au cours des derniers mois, nous avons connu de graves attentats terroristes au cours desquels Kim Levengrond Yehezkel, Ziv Hajbi, le bébé Amiad Yisrael Ish-Ran, le sergent-chef Yovel Mor Yosef et le sergent Yosef Cohen ont été tués », écrivent les trois dirigeants.

Dagan, Gantz et Libman ont déclaré que, lors de réunions qui ont suivi avec le Premier ministre et ses collaborateurs, leurs demandes – annuler une réduction de 400 millions de shekels (93 millions d’euros) du financement des forces de sécurité en Cisjordanie, rétablir des barrages routiers pour entraver la circulation palestinienne dans cette zone, soutenir les forces israéliennes qui ont été déployées ailleurs et développer considérablement la construction d’implantation – ne furent pas suivies.

Eliyahu Libman, responsable de la sécurité civile des habitants juifs de Hébron, pendant le procès d’Elor Azaria devant la cour militaire de Jaffa, le 28 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Une fois de plus, comme si nous étions des mendiants, on attend de nous que nous acceptions avec soumission et même que nous louions l’annonce de quelques plans de construction… qui ne peuvent en aucun cas être considérés comme une véritable percée », ont écrit les trois hommes.

Mardi et mercredi, l’organe du ministère de la Défense chargé d’autoriser la construction d’implantations a approuvé des projets de construction pour plus de 1 700 logements dans les implantations. Parmi les projets retenus, il y en avait un pour 82 maisons à Ofra, pour lequel Netanyahu avait promis de donner son feu vert en réponse à l’attaque qui a tué Amiad Ish-Ran et blessé ses parents et cinq autres.

Yossi Dagan (à gauche), président du conseil régional de Samarie, et Yisrael Gantz, président du conseil régional de Binyamin. (Roy Hadi)

M. Netanyahu a également déclaré qu’il avait ordonné au ministère de la Défense de faire avancer la construction des zones industrielles de Beitar Illit et Avnei Hefetz. Ces projets, qui étaient déjà en cours d’élaboration avant l’attentat, ont reçu le feu vert lors de la séance de mercredi de la Sous-commission de la planification. Chacun des projets que le Premier ministre s’est engagé à approuver était déjà en cours d’élaboration avant la vague d’attaques de ce mois-ci.

Kim Levengrond Yehezkel, 29 ans (à gauche) et Ziv Hajbi, 35 ans, tués dans un attentat terroriste dans la zone industrielle Barkan en Cisjordanie, le 7 octobre 2018 (Crédit : capture d’écran Facebook)

« Dans l’état actuel des choses, nous ne voyons aucune utilité à cette réunion dont l’objectif est de créer une image idyllique de partenariat, sans réelle portée concrète », ont écrit Dagan, Gantz et Libman.

Pour sa part, le Cabinet du Premier ministre a publié un communiqué dans lequel il déclarait que la réunion « se tiendrait comme prévu avec les responsables des autorités locales souhaitant dialoguer sur les moyens de renforcer leurs localités ».

Le Conseil de coordination des implantations de Yesha a également publié un communiqué condamnant la décision de ses trois autres membres belligérants, mais a délibérément choisi de se focaliser sur Dagan.

Le président du conseil régional de Samarie est le vétéran parmi les trois, Gantz et Libman n’ayant pris leurs fonctions que le mois dernier. Dagan a depuis longtemps choisi de travailler seul, en dehors du Conseil de Yesha, en organisant des manifestations régulières devant la résidence du Premier ministre, contre la volonté de l’organisme qui le chapeaute.

Avec l’élection de plusieurs autres présidents de conseils faucons, dont Gantz et Libman, on s’attend à ce que l’influence du flanc le plus à droite des dirigeants des implantations s’accroît.

Une photo montage montre le sergent Yosef Cohen (G) et le sergent d’état-major Yovel Mor Yosef de la Brigade Kfir de l’Armée israélienne. Les deux jeunes hommes ont été tués le 13 décembre 2018 lors d’un attentat terroriste à l’extérieur de l’avant-poste de Givat Assaf, dans le centre de la Cisjordanie. (Armée israélienne)

Dagan et Gantz sont tous deux membres du Comité central du Likud, et le président du Conseil de Samarie, en particulier, a une influence considérable au sein du parti du Premier ministre. Les deux hommes ont profité de cette influence pour convaincre des ministres de se joindre à leur manifestation contre la réaction du gouvernement à la récente vague de violence palestinienne.

Outre le Conseil de Yesha, des dirigeants d’implantations à titre individuel ont également décidé de dénoncer leurs collègues les plus à droite.

Le président du conseil municipal d’Efrat, Oded Revivi, a qualifié le boycott d’ “insolent” et dommageable pour le mouvement des implantations.

« La tentative de tordre le bras de Netanyahu à cause des prochaines élections ne nous honore pas. Quand le Premier ministre vous convoque, vous venez. Ceux qui s’opposent aux boycotts ne peuvent pas se boycotter eux-mêmes », a déclaré Revivi dans un communiqué faisant apparemment référence au travail récent de Dagan pour combattre la décision d’Airbnb de supprimer ses annonces dans les implantations israéliennes en Cisjordanie.

Le Premier Ministre Netanyahu en visite dans l’implantation de Barkan, le 25 juin 2013. (Crédit : GPO, autorisation)

La semaine dernière, le président du Conseil régional de la vallée du Jourdain, David Elhayahi, a accusé les autres dirigeants des implantations de « danser sur le sang » des victimes du terrorisme afin de promouvoir un programme en faveur des implantations.

« Nous avons toutes les raisons de protester pendant le reste de l’année contre la négligence du gouvernement à l’égard des résidents de Judée et de Samarie [Cisjordanie], mais il est immoral de le faire pendant que les gens sont encore en train d’enterrer leurs proches, » a-t-il déclaré au Times of Israël.

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