Des Juifs se réunissent dans une ville ukrainienne qui honore de présumés criminels de guerre
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Des Juifs se réunissent dans une ville ukrainienne qui honore de présumés criminels de guerre

Près de 1 000 personnes ont assisté à un concert lors d'une cérémonie qui marque les 10 ans d’activité du Limmud FSU dans l’ex-URSS

Le fondateur du Limmud FSU, Chaim Chesler, à droite, le maire de Lviv Andriy Sadovyi, au centre, et Roman Kogan assistant à un événement du Limmud à l'opéra de Lviv, le 6 novembre 2016 (Crédit : Boris Bukhman)
Le fondateur du Limmud FSU, Chaim Chesler, à droite, le maire de Lviv Andriy Sadovyi, au centre, et Roman Kogan assistant à un événement du Limmud à l'opéra de Lviv, le 6 novembre 2016 (Crédit : Boris Bukhman)

LVIV, Ukraine – Près de 1 000 personnes ont participé au plus grand rassemblement juif organisé depuis des décennies dans la ville ukrainienne de Lviv, qui a de nombreux monuments honorant de présumés criminels de guerre de la période de la Shoah.

Samedi soir, la foule juive de 900 personnes a rempli le Theater of Opera and Ballet de Lviv pour un concert et une cérémonie célébrant une décennie d’activité de la branche ukrainienne du Limmud FSU, un réseau d’organisations qui présente des conférences juives sur l’apprentissage dans l’ex-Union soviétique et d’autres pays avec des intervenants russes juifs.

Beaucoup de participants à l’événement de quatre jours à Lviv appartenaient à la population juive de la ville, qui compte 1 200 Juifs, mais la plupart sont venus de toute l’Ukraine pour l’événement célébrant le 10e anniversaire. Parmi les personnes présentes se trouvait le maire de la ville, Andriy Sadovyi.

Lviv, dont la population juive avant l’Holocauste était de 150 000 Juifs qui a été pratiquement éliminée par les nazis et leurs collaborateurs locaux, est largement considérée comme le berceau de la renaissance nationaliste du pays.

En 2007, la ville a érigé une statue pour commémorer Stepan Bandera, un leader nationaliste dont les partisans auraient tué des milliers de Juifs dans les années 1940, quand ils ont brièvement collaboré avec l’Allemagne nazie en tant que membres de la milice UPA. Il y a également une rue Bandera et depuis 2001, un musée commémorant Roman Shoukhchevych, un autre nationaliste impliqué dans les crimes de guerre contre les Juifs ukrainiens.

La propagation de la commémoration officielle de ces personnes de la capitale du pays, Kiev, et d’autres villes a relancé le débat à leur sujet en Ukraine, qui a connu une explosion du sentiment nationaliste suite à une révolution qui en 2013 a pris fin avec l’éviction du président Viktor Ianoukovitch, qui selon ses opposants était un corrompu du Kremlin.

Plus tôt cette année, plus de 20 groupes juifs ukrainiens ont condamné la vénération de personnalités liées au meurtre de Juifs.

Les conférences du Limmud ont abordé plusieurs fois ce sujet. Une de ces conférences a été menée par l’historien Oleksandr Denysenko au sujet des membres d’UPA qui ont sauvé des juifs. Tout en reconnaissant que les membres de l’UPA ont commis des atrocités, il a noté : « sous le communisme, l’UPA a été diabolisée et ces histoires de sauvetage ont été supprimées ».

Dans l’Ukraine moderne, cependant, les tentatives de blanchir l’UPA, y compris par les historiens d’Etat, signifient que « le récit politique risque à nouveau d’interférer avec les faits historiques », a-t-il souligné.

Le thème principal de la conférence, cependant, n’était ni l’UPA ni l’Holocauste, mais la centralité de la région de Lviv dans l’établissement des mouvements de jeunesse sionistes aux 19ème et 20ème siècles.

« Lviv a une grande histoire juive, qui est aussi tragique et compliquée », a déclaré Chaim Chesler, le fondateur du Limmud FSU. « Il y a ici des phénomènes avec que de nombreux Juifs trouvent malheureux, mais l’arrivée de tant de Juifs et leur accueil chaleureux par les autorités de la ville envoient un message fort : nous sommes ici, et notre voix est entendue de manière forte et claire ».

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