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Des pierres tombales juives pour les soldats juifs morts pour la France

Depuis 2006, le rabbin Claude Maman œuvre à ce que les soldats juifs français morts pour la France disposent d’une pierre tombale avec une étoile de David

Journaliste

  • La nouvelle sépulture du soldat Joseph David, inhumé à la nécropole de Semide Orfeuil. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)
    La nouvelle sépulture du soldat Joseph David, inhumé à la nécropole de Semide Orfeuil. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)
  • La nouvelle sépulture du soldat Jacob Bénichou, inhumé à la nécropole de Champs. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)
    La nouvelle sépulture du soldat Jacob Bénichou, inhumé à la nécropole de Champs. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)
  • La nouvelle sépulture du soldat Fredja Taieb, enterré durant un siècle sous une sépulture avec un croissant musulman. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)
    La nouvelle sépulture du soldat Fredja Taieb, enterré durant un siècle sous une sépulture avec un croissant musulman. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)

Une étoile de David à la place d’une croix chrétienne ou d’un croissant musulman, présents là par erreur : depuis 2006, le rabbin Claude Maman œuvre à ce que les soldats juifs français morts pour la France, lors des Première et Seconde Guerres mondiales, disposent d’une pierre tombale juive.

Conseiller rabbinique en charge de la Hevra Kadisha nationale auprès du Grand rabbin de France, ancien grand rabbin de Bordeaux, Claude Maman a permis à ce qu’environ une trentaine de pierres tombales – il ne fait pas le décompte –, dans des cimetières militaires, soient remplacées. Un projet qui lui tient particulièrement à cœur et qu’il a réussi à développer au fil des ans.

S’il fallait au départ que la démarche soit à l’initiative d’un ascendant et que le processus pouvait être quelque peu compliqué, tout est aujourd’hui bien rôdé.

Désormais, il suffit au rabbin d’intervenir auprès des autorités pour qu’elles consultent la fiche militaire du dit soldat et que quelques recherches soient menées, notamment dans les registres familiaux, pour qu’un changement de pierre tombale puisse être effectué. Tout est désormais assez simple et rapide, et les autorités compétentes sont très compréhensives et facilitent la démarche, explique le rabbin.

Des surprises surviennent parfois, comme cette fois, très récemment, où un certain M. Touitou l’a contacté. Cet homme a demandé au rabbin de faire changer la sépulture de son oncle Raymond Touitou, mort pour la France. « Il souhaitait de plus que le prénom soit changé, puisque sur la plaque était mentionné Joseph Touitou. Or, à la faveur de nos recherches avec l’aide du Service des sépultures nationales, il s’est avéré qu’il s’agissait de deux soldats : l’un Joseph, inhumé dans un cimetière militaire national, et l’autre Raymond, l’oncle de ce monsieur, qui a été rendu à sa ville d’origine, à Biskra en Algérie en 1948. Grâce à cette heureuse mégarde, nous allons changer la sépulture de Joseph Touitou, mort pour la France en 1945 [et qui n’aurait pas de lien avec l’homme qui a fait la demande de changement de sépulture, d’où la surprise, NDLR]. Comme disent nos sages : ‘Le mérite de la mitsva revient à celui qui l’a provoqué.’ »

Dans un autre cas, un petit-enfant avait retrouvé des papiers dans un grenier, selon lesquels son grand-père avait été enterré dans un village alsacien. « On a retrouvé la tombe, mais en réalité l’homme était enterré dans un cimetière militaire. Il avait deux tombes ! », explique le rabbin, se remémorant sa surprise suite à la découverte.

La nouvelle sépulture du soldat Eléazar Korchia, inhumé à la nécropole de Suippes Ferme. (Crédit : Office national des anciens combattants et victimes de guerre via Claude Maman)

Ces dernières semaines, trois pierres tombales ont été remplacées : celles de Jacob Bénichou, Joseph David et Eléazar Korchia – qui reposait sous une croix chrétienne depuis 103 ans, et au sujet duquel Claude Maman a essayé de savoir s’il avait des liens avec un médecin de Jérusalem qui porte le même nom, ou avec le grand rabbin de France actuel, Haïm Korsia, mais cela s’est avéré être négatif.

Le rabbin Maman estime que beaucoup de tombes de soldats juifs français disposent d’une mauvaise pierre tombale, étant donné que de nombreux coreligionnaires juifs se sont engagés pour la France.

Depuis août, il a reçu « cinq ou six demandes » concernant des tombes, et invite ceux qui auraient connaissance d’une situation similaire à contacter le Consistoire central à l’adresse mail : consistoire@consistoirecentral.fr

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