Douze femmes accusent le porte-parole de Netanyahu d’agression sexuelle
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Enquête du ToI

Douze femmes accusent le porte-parole de Netanyahu d’agression sexuelle

Outre la candidate au Sénat de l'État de New York, une autre femme qui exige l'anonymat a fait état d'agression physique ; pour d'autres, Keyes était tenu à distance des stagiaires

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu (Facebook)
David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu (Facebook)

Au total, 12 femmes ont accusé David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu auprès des médias étrangers, d’avoir eu un comportement inapproprié envers elles et d’autres femmes.

L’une des 12 est la candidate au Sénat de l’État de New York, Julia Salazar, qui a détaillé mardi son agression sexuelle présumée de Keyes en 2013. Par la suite, Shayndi Raice, journaliste au Wall Street Journal, répondant à l’allégation de Salazar, a décrit une rencontre « déplaisante » avec Keyes, qu’elle a qualifiée de prédateur.

Dix autres femmes ont également fait part au Times of Israel ces derniers mois, d’allégations dont une accusation détaillée de comportement physiquement agressif de la part de Keyes, d’avances trop agressives de sa part et d’incidents de conduite inappropriée. Les femmes ont parlé sous le couvert de l’anonymat.

Plusieurs sources ont en outre déclaré que le comportement inapproprié présumé de Keyes envers les femmes, qui a eu lieu avant qu’il ne soit nommé porte-parole de Netanyahu en 2016, était si bien connu qu’on lui a demandé de rester à distance de certains des bureaux qu’il avait l’habitude de fréquenter à New York.

Keyes a pour la première fois été accusé d’agression sexuelle par Salazar en avril 2016, dans un message privé sur Facebook qui a ensuite été supprimé, mais que Salazar a reconnu par la suite avoir posté.

Le Times of Israel a été en contact avec 12 femmes – Salazar, Raice et 10 autres qui ont demandé à ne pas être nommées – qui ont toutes rapporté, la plupart indépendamment les unes des autres, des rencontres désagréables avec Keyes, et avec plusieurs hommes qui ont corroboré certains de leurs témoignages. Seules Salazar et Raice, qui se sont présentées en leur propre nom cette semaine, ont acceptées d’être identifiés. Le Times of Israel enquête sur les allégations contre Keyes depuis la publication de la première accusation en 2016, mais s’est gardé de publier d’autres allégations fondées uniquement sur des témoignages anonymes.

Le Times of Israel a également obtenu deux courriels que Keyes a envoyés aux femmes et dans lesquels il s’est excusé « de ne pas avoir été un gentleman ».

Mardi, la controversée candidate au Sénat de l’État de New York, Salazar, a déclaré sur Twitter avoir été « victime d’une agression sexuelle par David Keyes ». Mme Salazar a déclaré qu’elle avait décidé de prendre la parole cette semaine parce que le site Internet du Daily Caller était sur le point de publier un article la présentant comme étant la personne à l’origine des accusations en 2016.

Outre Salazar, une autre femme qui s’est adressée au Times of Israel a accusé Keyes de comportement « physiquement agressif » assimilable à une agression sexuelle. Selon le récit de cette femme, il l’aurait embrassée contre son gré et aurait essayé de la déshabiller, et elle aurait dû utiliser la force pour se dégager de son étreinte.

Les autres femmes ont décrit des rencontres qu’elles ont trouvées soit agressives, offensantes, trop dragueuses ou pour le moins inconvenantes.

En réponse à ces allégations, Keyes a déclaré au Times of Israel mercredi : « Toutes ces accusations sont profondément abusives et beaucoup d’entre elles sont totalement fausses. »

En 2016, lorsque Salazar a décrit l’agression sexuelle présumée de Keyes contre elle dans un message privé sur Facebook, ce message a été publié dans la presse israélienne (dont le Times of Israel), qui l’a rapporté sans la nommer. Certains journalistes savaient qu’elle était derrière l’accusation mais ont respecté son souhait de garder l’anonymat.

Le cabinet du Premier ministre de l’époque avait alors démenti les accusations portées contre M. Keyes, des sources révélant aux journalistes les engagements passés de Mme Salazar avec des organisations de gauche dans une tentative manifeste de nuire à sa crédibilité.

Réagissant au tweet de Salazar mardi, Raice, journaliste au Wall Street Journal, a déclaré qu’elle croyait tout à fait le récit de Salazar car elle avait elle-même eu une rencontre « déplaisante » avec Keyes. « J’ai aussi eu une terrible rencontre avec David Keyes une fois et je la crois à 100 %. Je savais qu’à un moment ou à un autre, cela se saurait à son sujet », a écrit Raice.

Raice, qui est originaire de New York mais qui est actuellement basée à Chicago, a poursuivi en disant qu’elle avait découvert plus tard que « son comportement envers les femmes étaient un secret de polichinelle ».

En mai 2016, peu après la publication de ses allégations privées sur Facebook contre Keyes, Salazar a raconté plus en détail au Times of Israel l’incident présumé avec Keyes trois ans plus tôt, alléguant qu’il l’avait contrainte à avoir des relations sexuelles orales. Elle a insisté pour garder son anonymat et s’est déclarée extrêmement préoccupée par le fait qu’elle pourrait être identifiée à partir des détails déjà publiés. Elle a par la suite indiqué qu’elle accepterait peut-être d’être citée par la suite.

Actuellement candidate à un mandat politique, Salazar a été accusée d’avoir menti sur son histoire personnelle et d’avoir falsifié son dossier scolaire. Elle a nié avoir menti, en disant qu’elle a « déformé par inadvertance » certains aspects de son passé.

Julia Salazar, candidate au Sénat de l’Etat de New York. (Capture d’écran YouTube)

« Il continuait d’essayer, encore et encore, même après que j’ai dit non ».

La seconde femme qui prétend avoir été physiquement agressée par Keyes a déclaré qu’elle a dû utiliser la force physique pour se soustraire à ses tentatives de relations sexuelles avec elle quand il l’a invité dans son appartement à New York, fin 2012.

Ils s’étaient rencontrés à un dîner. « Il a dit quelque chose du genre qu’il ne buvait pas mais qu’il aimait saouler les femmes », se souvient-elle.

Elle est allée aux toilettes et en sortant, Keyes l’a « coincée » et s’est pressé contre elle, raconte-t-elle.

À l’époque, cette femme de 29 ans était célibataire et était attirée par Keyes, un jeune homme brillant et intelligent originaire de Californie. « Je suis gênée de le dire, mais je pensais qu’un homme qui se comportait de cette façon, si vigoureusement – c’était très flatteur. Je l’ai repoussé et je suis retourné à la table. »

Plus tard dans la soirée, Keyes l’a invitée chez lui, lui promettant de lui jouer au piano, en concert privé, une œuvre du célèbre compositeur Frédéric Chopin, a-t-elle raconté.

« Je me tenais devant la porte de sa chambre et il m’a attrapée par le bras, m’a tirée vers le lit et a commencé à m’embrasser », dit-elle. « Je l’ai d’abord embrassé, puis je l’ai repoussé et j’ai dit : ‘Que se passe-t-il, je pensais que tu allais jouer du Chopin ? Il a dit : ‘Je peux mettre un CD si tu veux’. Il essayait de m’embrasser, de me toucher et de me déshabiller. Il était à ce moment-là très agressif physiquement. »

Malgré son attirance pour Keyes, elle trouvait que les choses « allaient trop loin et trop vite », se souvient-elle. « J’ai dû recourir à la force pour quitter le lit et me diriger vers la porte. Cela a été difficile de se libérer de son étreinte. Il a continué d’essayer, encore et encore, même après que j’ai dit non. »

À l’époque, a-t-elle ajouté, elle considérait les agissements de Keyes non pas comme une agression sexuelle, mais simplement comme la tentative d’un homme qui essaye d’avoir des rapports dès le premier rendez-vous. Quelques jours plus tard, elle lui a demandé s’il voulait la revoir et écouter du jazz.

Mais en se souvenant de cette histoire, dit-elle, elle était en colère contre elle-même parce que son jeune âge ne lui a pas fait prendre conscience que son comportement était inacceptable.

Environ un an plus tard, elle a été surprise de recevoir un courriel de Keyes, dans lequel il semblait reconnaître qu’il s’était mal comporté.

« Il est clair que tu n’es pas ma plus grande admiratrice. Je veux vraiment m’excuser de ne pas avoir été un gentleman. J’espère que tu me pardonneras », disait le courriel. « Si tu es en ville, on pourrait prendre un café, ce serait bien, mais je comprends aussi que tu ne le veuilles pas. J’espère que tu vas bien. »

Selon une source, Keyes a envoyé un total de six courriels de ce genre à des femmes qu’il a rencontrées. Keyes s’est apparemment senti obligé d’écrire ces courriels après avoir été réprimandé pour son « comportement scandaleux » par une connaissance, a indiqué la source.

« David essayait toujours d’impressionner et de séduire les femmes ».

Après avoir obtenu un diplôme d’études du Moyen-Orient avec mention de l’Université de Californie à Los Angeles, M. Keyes a immigré en Israël, où il a servi dans la Division stratégique de l’armée israélienne et obtenu une maîtrise en diplomatie à l’Université de Tel Aviv.

Il a ensuite déménagé à New York, où il est devenu une étoile montante dans le firmament local de défense des droits de l’Homme. Il a été nommé porte-parole de Netanyahu pour les médias internationaux en mars 2016, un poste dans lequel il a fait forte impression en produisant plusieurs vidéos virales, mettant généralement en scène le Premier ministre dans le cadre du conflit israélien avec les Palestiniens ou l’Iran. Il est pressenti favori à la succession de Danny Danon dans le rôle d’ambassadeur auprès des Nations Unies.

La plupart des accusations portées contre lui remontent à la période allant de 2012 à 2015, lorsque M. Keyes a occupé le poste de directeur exécutif de Advancing Human Rights, une organisation à but non lucratif basée à New York qui a pour vocation de mettre les dissidents qui vivent en société fermée en contact avec des personnes qui peuvent leur venir en aide.

David Keyes (à gauche) et Robert Bernstein, le cerveau derrière Advancing Human Rights (D.R)

Plusieurs anciens collègues de Keyes, et plusieurs connaissances occasionnelles de ses années passées aux États-Unis avant qu’il ne devienne porte-parole de Netanyahu, l’ont accusé de comportement non professionnel qui rendait les femmes mal à l’aise dans les bureaux et autres environnements.

En août 2014, Keyes a invité une femme de Washington qu’il connaissait à une fête. Elle a répondu en lui demandant s’il l’avait fait inscrire sur la liste des invités. Keyes lui a répondu : « Tu es sur la liste. Et j’ai viré toutes les autres. Quel est ton numéro ? »

Keyes a demandé à la rencontrer au moins trois fois dans les semaines et les mois qui ont suivi, mais la femme a refusé avec persistance, selon un courrier électronique envoyé au Times of Israel.

« Je pense que mon refus poli a été parfaitement compris », a-t-elle précisé le mois dernier.

« David essayait toujours d’impressionner et de séduire les femmes », a dit l’un des anciens collègues de Keyes. « Il s’est conduit de façon inconvenante. Une femme s’est plainte qu’il lui avait fait des avances sexuelles [non désirées]. »

Une autre ancienne collègue a déclaré qu’il lui avait fait des avances inconvenantes à elle et à d’autres femmes du bureau.

« Après avoir assisté à des conférences, il me donnait des cartes de visite de personnes qu’il rencontrait – que des femmes – et me demandait de les ajouter à ses contacts personnels », se rappelle-t-elle. « Il entourait les noms des femmes qu’il aimait et dessinait des cœurs autour de celles qu’il aimait le plus. »

Un autre ancien collègue de travail a déclaré que Keyes montrait des vidéos YouTube « très suggestives », dont certaines montrant des femmes nues, au bureau. « Il s’est passé beaucoup de choses qui n’étaient pas acceptables, au point que les RH lui ont donné un avertissement », a-t-elle dit.

« Quand je lui ai parlé, il ne pouvait pas regarder mon visage. Il me fixait la poitrine. Et c’était plus prononcé encore chez les femmes qui étaient mieux fichues que moi », a-t-elle ajouté.

Plusieurs femmes et deux hommes interviewés dans le cadre de cet article ont dit que Keyes ne pouvait pas être laissé seul avec des stagiaires féminines parce qu’il les mettait mal à l’aise.

« Il y avait une règle tacite selon laquelle il ne devait pas être seul avec les stagiaires. C’était quelque chose de bien connu au bureau », a dit une femme.

Une connaissance de Keyes a dit qu’il l’avait vu un jour faire des avances à chaque femme célibataire à un mariage auquel ils avaient tous deux assisté. « C’était presque comme s’il espérait que s’il drague 100 filles, l’une d’elles finira par coucher avec lui. »

Même les femmes qui avaient des relations consensuelles avec Keyes se sont plaintes de son agressivité, a dit cette connaissance.

« Ce type est juste très flippant », a conclu cette connaissance de Keyes. « Je ne le laisserais pas s’approcher de ma fille. »

« Je pense pour ma part que David est un sale type et un crétin. [Mais il] ne m’a pas agressée sexuellement », a déclaré la journaliste Eliana Johnson, qui couvre actuellement la Maison Blanche pour Politico, au Times of Israel.

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