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Eisenkot : parler de « défaite absolue » du Hamas est un leurre

Le ministre de la Guerre a plaidé pour des élections, pour renouer avec la confiance du peuple, et un accord, certain qu'il "n'y aura pas" de sauvetage des otages comme à Entebbe

Le ministre de la Guerre, Gadi Eisenkot, a donné une interview à l'émission Uvda, sur la Douzième chaine, diffusée le 18 janvier 2024. (Capture d'écran de la Douzième chaine, utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)
Le ministre de la Guerre, Gadi Eisenkot, a donné une interview à l'émission Uvda, sur la Douzième chaine, diffusée le 18 janvier 2024. (Capture d'écran de la Douzième chaine, utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur les droits d'auteur)

Gadi Eisenkot, ministre et membre du cabinet de guerre, a semblé critiquer la façon dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu mène la guerre contre le Hamas à Gaza, avançant qu’il n’était pas réaliste de parler de victoire complète sur le groupe terroriste, et que de nouvelles élections étaient souhaitables, ces prochains mois, afin que le gouvernement retrouve la confiance du peuple suite aux effroyables attaques du 7 octobre.

Ex-chef d’État-major de Tsahal, Eisenkot a donné une interview de grande envergure à l’émission Uvda, sur la Douzième chaine, et évoqué le prix payé par ses proches au titre de ce conflit. En effet, son propre fils, le sergent-chef Gal Meir Eisenkot, âgé de 25 ans, est mort au combat à Gaza début décembre, suivi, le lendemain par son neveu, le sergent Maor Cohen Eisenkot, à l’âge de 19 ans.

L’interview d’Eisenkot a été diffusée quelques heures après le refus de Netanyahu d’organiser des élections pendant une guerre qui, d’après lui, pourrait durer jusqu’en 2025, assorti de la promesse d’une « victoire totale » sur le Hamas suite aux attaques du groupe terroriste de Gaza, le 7 octobre dernier, date à laquelle des milliers de terroristes se sont lancés dans une frénésie meurtrière dans le sud d’Israël et ont massacré près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 240 otages.

« Parler de défaite absolue est mensonger », a déclaré Eisenkot lors de l’interview. « Il ne faut pas raconter n’importe quoi… Aujourd’hui, la vérité, c’est que les objectifs de guerre ne sont pas atteints dans la bande de Gaza. »

Déterminé à détruire les capacités militaires et gouvernementales du Hamas à Gaza et faire en sorte que l’organisation terroriste ne soit plus une menace pour les Israéliens, Israël fait face à des critiques en raison de son absence présumée de projet pour l’après-guerre à Gaza, alors même que le bilan humain, dans l’enclave palestinienne, ne cesse de s’alourdir.

Le pays s’est également engagé à faire libérer ses otages.

Le parti Kakhol lavan, auquel appartient Eisenkot, a accepté de faire partie de la coalition d’urgence de Netanyahu au titre de l’unité politique après l’attaque terroriste du 7 octobre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre à gauche) console le ministre du cabinet de guerre et ex-chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot (au centre en kippa blanche) lors des funérailles du fils d’Eisenkot, le sergent-chef Gal Meir Eisenkot, à Herzliya le 8 décembre 2023. Gal Eisenkot a été tué le 7 décembre lors d’une opération terrestre de Tsahal dans la bande de Gaza. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Interrogé sur le fait de savoir si les dirigeants actuels d’Israël tenaient un discours de vérité à la population, Eisenkot a répondu « Non » en donnant en outre le sentiment de regretter le refus de Netanyahu d’assumer la pleine responsabilité des failles du 7 octobre, que ce soit sur le plan militaire, du renseignement ou des autorités à titre général.

« Je n’en suis plus au stade ou à l’âge où l’on fait aveuglément confiance à tel ou tel dirigeant. Je juge les personnes sur leurs décisions et la façon dont elles dirigent le pays ».

Eisenkot a précisé que les possibles défaillances au niveau de la chaîne de commandement « ne l’exonèrent pas de sa propre responsabilité », possible allusion aux propos de Netanyahu selon lesquels il n’aurait pas été informé de l’attaque imminente du Hamas par les autorités en charge de la sécurité, qui, au contraire, l’avaient assuré que l’organisation terroriste n’avait pas d’intention belliqueuse.

Il a également donné le sentiment de critiquer le refus de Netanyahu d’organiser des réunions de haut niveau pour préparer l’après-guerre à Gaza.

« Pour être un bon dirigeant, il faut dire la vérité à la population et savoir tracer un chemin », a-t-il déclaré à Uvda.

« Les objectifs de guerre n’ont pas encore été atteints, mais le [nombre de soldats sur le terrain] est désormais réduit… Il faut penser à la suite ».

Eisenkot a également déclaré que des élections devraient avoir lieu dans les mois à venir afin que les dirigeants renouent avec la confiance de la population.

« Il faut que, d’ici quelques mois, s’organisent des élections, que l’électeur israélien retourne aux urnes de façon à restaurer la confiance, car en ce moment, elle a disparu ».

« En sa qualité de démocratie, l’État d’Israël doit se demander après un événement aussi grave : « Doit-on continuer avec un gouvernement qui nous a lamentablement laissés tomber ? » a expliqué Eisenkot.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirigeant une réunion hebdomadaire du cabinet à la base de la Kirya, à Tel Aviv, le 31 décembre 2023. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Interrogé sur la position de Netanyahu au sujet des élections pendant la guerre, à savoir qu’elles porteraient atteinte à l’unité nationale, Eisenkot a répondu : « Le manque de confiance du peuple israélien en son gouvernement n’est pas moins grave. »

Lors de cette interview très franche, Eisenkot, que l’on avait connu plus laconique, a déclaré que le chef de Kakhol lavan – Benny Gantz, ex-chef d’Etat-major de Tsahal – et lui-même, avaient tout fait pour dissuader les autorités israéliennes d’attaquer de manière préventive l’organisation terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran, au Liban immédiatement après les attaques meurtrières du 7 octobre.

Eisenkot a déclaré que le 11 octobre, Israël avait décidé d’attaquer le Hezbollah, mais que Gantz et lui avaient convaincu les membres du cabinet de guerre d’attendre un peu.

« Je pense que notre présence a empêché Israël de commettre une grave erreur stratégique », a affirmé Eisenkot.

« Si la décision d’attaquer le Liban avait été prise, nous aurions exaucé les voeux de [Yahya le chef du Hamas à Gaza] Sinwar de déclencher une guerre régionale ».

« Cela aurait eu pour effet d’ouvrir un second front avec tous les membres de l’axe, en Syrie, Irak et Iran, en plus de [la guerre contre] le Hamas, qui occasionne les plus graves pertes depuis la création de l’État».

La frontière entre Israël et le Liban est en effet le théâtre de combats quotidiens, sans toutefois donner lieu à une guerre totale.

Cette semaine, le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, a déclaré : « La probabilité que cela se produise dans les mois à venir est beaucoup plus élevée que par le passé ».

« L’alternative, c’est l’enfer »

Interrogé sur la mort, le mois dernier, de son plus jeune fils Gal, Eisenkot a déclaré : « Les matins et les nuits sont plus difficiles, mais pour moi, il n’y a pas d’alternative. Car je sais que si alternative il y a, elle est mauvaise, pour moi comme pour mes proches. Je me le répète chaque jour. Il faut continuer. L’alternative, c’est l’enfer. »

Gal Eisenkot a été tué dans l’explosion d’une bombe, à l’intérieur d’un tunnel avec d’autres soldats, dans le camp de Jabaliya, dans le nord de Gaza, le 7 décembre 2023. Il a été transporté d’urgence, dans un grave état, dans un hôpital israélien, où il a succombé à ses blessures.

Gal Eisenkot (à gauche) avec son père, le chef d’État-major de Tsahal de l’époque, Gadi Eisenkot. (Autorisation)

Eisenkot a expliqué que Gal, qui était membre du 699e bataillon de la 551e brigade, et son équipe « avaient pour mission de prendre le contrôle de bâtiments, pour accéder à la direction [du Hamas], où se trouvaient des otages [et des corps d’otages] ».

On estime que 132 otages enlevés par le Hamas, le 7 octobre 2023, sont toujours à Gaza – pas tous vivants – suite à la libération de 105 civils à la faveur d’une trêve d’une semaine, fin novembre. Quatre otages avaient été libérés avant cette date, plus un, secouru par des soldats. Les corps de huit otages ont également été retrouvés et trois otages ont été tués par erreur par l’armée le mois dernier.

L’armée israélienne a confirmé la mort de 27 otages du Hamas, sur la base de nouveaux renseignements obtenus par les soldats déployés à Gaza. Une autre personne est portée disparue depuis le 7 octobre, sans plus d’informations.

S’agissant des otages, Eisenkot a déclaré à Uvda qu’il n’y aurait pas d’opération du style d’Entebbe pour les sauver.

« Il n’y aura pas » de sauvetage audacieux du style de l’opération menée en 1976 par le commando d’élite israélien qui a sauvé 98 otages de terroristes palestiniens et allemands à Entebbe, en Ouganda, a-t-il déclaré.

Le 27 juin 1976, des terroristes avaient détourné un vol Air France reliant Tel-Aviv à Paris vers l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, où les pirates de l’air avaient été accueillis par le dictateur Idi Amin. Cette mission légendaire a coûté la vie à quatre otages ainsi qu’à Yoni (Yonatan) Netanyahu, le frère aîné de Netanyahu, qui dirigeait l’équipe de sauvetage.

Retour des otages après l’opération Entebbe, avec Michel Bacos marchant sur la passerelle, à gauche, le 4 juillet 1976. (Crédit : Archives de l’armée israélienne)

Eisenkot a ajouté que les otages capturés par le Hamas le 7 octobre dernier
« se trouvaient un peu partout », principalement sous terre, et que la « probabilité d’un sauvetage à la Ori Megidish était extrêmement faible ».

La soldate Ori Megidish a été secourue, fin octobre, par l’armée israélienne et le Shin Bet, quelques jours après le début de l’opération terrestre à Gaza. Elle est à ce jour la seule et unique otage sur les 132 autres enlevés le 7 octobre à avoir été secourue lors d’une opération militaire.

Les soldats « font tout leur possible, chaque jour, pour sauver des otages, mais la probabilité est faible, et dire que cela va se passer à nouveau est mensonger », a déclaré Eisenkot.

Des Israéliens marquant le premier anniversaire de Kfir Bibas retenu en otage par les terroristes du Hamas dans la bande de Gaza, sur la « Place des Otages », à Tel Aviv, le 18 janvier 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Il faut dire, courageusement, qu’il est illusoire d’envisager le retour des otages, vivants, à court terme, sans accord », a-t-il affirmé, blâmant « ceux qui mentent à la population ».

Eisenkot a déclaré qu’une trêve à Gaza « pendant un certain temps » serait sans doute nécessaire dans la perspective de la conclusion d’un accord, évoquant la trêve d’une semaine négociée par le Qatar fin novembre.

Il estime que le prochain cessez-le-feu sera sans doute plus long « trois ou quatre fois plus, mais après cela, les objectifs de guerre seront toujours là ».

Reuters a contribué à cet article.

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