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Emek Refaïm sur le qui-vive avec le début de la construction tant redoutée du tram

Les travaux de la ligne de tramway très controversée le long de cette célèbre rue de Jérusalem commenceront lundi ; les riverains estiment que ce projet est nécessaire, mais qu'il ne se fera pas sans heurt

La rue Emek Refaïm, à Jérusalem, le 1ᵉʳ septembre 2016. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
La rue Emek Refaïm, à Jérusalem, le 1ᵉʳ septembre 2016. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Après des années de planification et de contestation, la construction d’une nouvelle ligne de tramway dans la célèbre rue Emek Refaïm, à Jérusalem, devrait débuter la semaine prochaine. Si tout le monde dans le quartier ne s’est pas encore fait à cette idée, les commerçants, comme Dalia Stav, qui tient une bijouterie dans la rue depuis trente ans, ne savent toujours pas exactement à quoi s’attendre.

« Je suis très en colère », a déclaré Stav au Times of Israel lors d’une enquête menée cette semaine auprès des commerçants de cette rue.

« J’ai grandi ici. Il n’y a aucun autre endroit comme celui-ci à Jérusalem, un quartier magnifique et authentique, plein de cafés et de galeries d’artistes. Et maintenant, ils vont le détruire pour construire un tramway et le rendre plus urbain. Pour quoi faire ? Pour que la municipalité puisse construire des immeubles plus hauts et gagner plus d’argent ? »

À partir de lundi à 7 heures, les travaux d’aménagement de la rue Emek Refaïm commenceront. La municipalité, par l’intermédiaire de la Moriah Development Corporation, va refaire le revêtement de la chaussée et des trottoirs, moderniser les infrastructures, installer des bancs et des lampadaires, ainsi que construire la future station de tramway. Les trottoirs resteront ouverts à la circulation piétonne pendant toute la durée des travaux, qui devraient durer plusieurs années. La municipalité a indiqué que les protocoles de travail employés permettront de réduire au minimum la pollution sonore et d’éviter d’endommager les arbres existants le long de la rue.

Pendant toute la durée des travaux, Emek Refaïm deviendra une rue à sens unique : en direction du sud, de la route de Beit Lehem à la rue Rachel Imeinu, et en direction du nord, du carrefour Oranim à Rachel Imeinu. Les transports publics continueront de circuler dans cette rue, avec des adaptations pour chaque itinéraire. Des itinéraires de déviation ont été tracés dans les rues adjacentes, ce qui devrait entraîner une circulation dense dans les quartiers bucoliques de Baka et de la Moshava HaGermanit.

Selon le plan, cette première phase de rénovation durera plusieurs années. Une deuxième phase de construction plus calme débutera ensuite avec la pose des rails le long de cette portion du trajet ferroviaire, connue sous le nom de « Ligne bleue ». Si tout se déroule comme prévu, la partie sud de la ligne, qui relie le quartier de Gilo au centre-ville, sera opérationnelle d’ici 2028, et l’ensemble du réseau de 52 stations, qui s’étend jusqu’à Ramat Eshkol, dans le nord de la capitale, le sera d’ici 2030.

La rue Emek Refaïm, à Jérusalem, le 1ᵉʳ juillet 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Un porte-parole de la municipalité a déclaré au Times of Israel que trois arrêts de train sont prévus le long d’Emek Refaïm : un près de l’intersection avec la rue Rachel Imeinu, un autre à l’intersection Oranim et un dernier près du complexe First Station, à l’extrémité nord de la rue.

Comme beaucoup d’autres commerçants de la rue, Stav ne sait pas exactement à quoi ressemblera le chantier pour les habitants du quartier, ni quelles seront les conséquences pour sa bijouterie.

« Je ne sais pas ce que ça donnera de se promener ici », a-t-elle déclaré.

« Beaucoup de mes clients vivent dans le quartier et j’espère que ce ne sera ni bruyant, ni sale, ni répugnant. Mais qu’en sera-t-il des touristes ? Ils ne viendront jamais ici. »

Dalia Stav, propriétaire de la bijouterie Stav Jewelry, sur la rue Emek Refaïm, à Jérusalem, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

Ce qui est certain, c’est que Stav ne compte pas plier bagages et partir.

« Nous sommes ici depuis 30 ans », a-t-elle souligné.

« Nous restons à cet endroit et nous ferons tout notre possible pour y rester. »

Façonner la ville

La rue Emek Refaïm a été construite à la fin du XIXᵉ siècle pour devenir l’artère principale du quartier de la Moshava HaGermanit, fondé par des membres du mouvement protestant allemand des Templiers. Pendant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup d’entre eux ont été déportés par les Britanniques, qui les soupçonnaient de sympathiser avec les nazis, et leurs maisons ont ensuite été occupées par des immigrants juifs. Avec le temps, le quartier est devenu une zone cosmopolite habitée par de nombreux immigrants anglophones. Au début du XXIᵉ siècle, la rue Emek Refaïm était devenue l’un des centres culturels les plus dynamiques de Jérusalem, réputé pour son mélange d’architecture historique, de cafés haut de gamme, de boutiques et pour son ambiance particulièrement détendue.

Une illustration de la rue Emek Refaïm avec la nouvelle ligne de tramway prévue, à Jérusalem. (Crédit : Mairie de Jérusalem)

Il y a dix ans, l’annonce de la construction d’une nouvelle ligne de tramway dans cette rue avait provoqué un tollé général. Les détracteurs du projet affirmaient qu’il détruirait le caractère du quartier, perturberait la vie des habitants et des commerçants locaux, et entraînerait la démolition de bâtiments historiques. Cependant, malgré des années de protestations, de recours juridiques et de propositions d’itinéraires alternatifs, le projet n’a pas été modifié de manière significative.

Les responsables municipaux affirment que le tramway rendra la Moshava HaGermanit plus agréable à vivre en modernisant les infrastructures, en réduisant les embouteillages et la pollution, et en améliorant les transports publics dans toute la ville.

La Ligne bleue, qui s’étendra sur 31 kilomètres du nord au sud de Jérusalem, sera la troisième des trois lignes de tramway qui, selon les urbanistes, permettront de réorganiser l’infrastructure de transport de la capitale et offriront un espace de croissance alors que la ville se prépare à accueillir des dizaines de milliers de nouveaux logements au cours de la prochaine décennie.

L’agent immobilier Moshe Bennaïm, le 1ᵉʳ juillet 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Le tramway ouvrira également de nouvelles perspectives aux promoteurs immobiliers, qui pourront ainsi construire davantage d’appartements haut de gamme dans un quartier prisé où l’espace est rare. Le plan directeur de la ville autorise en effet la construction d’immeubles plus hauts dans les rues longeant le tracé du tramway.

« Actuellement, les nouvelles maisons dans cette rue se vendent 60 000 shekels le mètre carré, et je ne doute pas que ce prix augmentera une fois les travaux terminés », a déclaré Moshe Bennaïm, de l’agence immobilière Bennaïm Real Estate, au Times of Israel depuis son bureau situé dans la rue Emek Refaïm.

« Ce sera une très bonne chose pour tout le quartier. »

Des attentes imprécises

Cependant, tout le monde n’est pas aussi enthousiaste quant à l’avenir proche. Les commerçants et les habitants attendent avec impatience de savoir si les perturbations causées par les travaux à venir seront un simple désagrément ou une véritable catastrophe.

Les habitants se préparent déjà à une augmentation du bruit et craignent que les déviations routières n’entraînent une circulation dense dans les rues secondaires habituellement calmes.

« Il y a beaucoup d’écoles dans le quartier et beaucoup d’enfants qui se promènent. De ce fait, les gens s’inquiètent pour la circulation et la sécurité », a expliqué Ben Green, un habitant de Jérusalem qui vit à quelques pâtés de maisons d’Emek Refaïm.

Les travaux seront effectués pendant 12 heures par jour, de 7 h à 19 h, et il faut s’attendre à un niveau de bruit normal, a déclaré un porte-parole de la municipalité, sans préciser ce qu’il entendait par « normal ». En cas de circonstances exceptionnelles, les résidents seront informés à l’avance, a indiqué la mairie.

Des magasins affichant « À louer », sur la rue Emek Refaïm, à Jérusalem , le 1ᵉʳ juillet 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

En prévision des travaux routiers, des pancartes « À louer » ont déjà fait leur apparition sur de nombreuses vitrines le long d’Emek Refaïm, et de nombreux commerces ont décidé de déménager ou de fermer leurs portes. D’autres ont préféré adopter une attitude attentiste.

Emmanuel, gérant de la succursale du chocolatier Max Brenner située à l’angle des rues Emek Refaïm et Rachel Imeinu, ne sait pas trop à quoi s’attendre.

« Nous n’avons aucune idée de ce qui va se passer », a-t-il déclaré.

« J’imagine qu’ils vont aménager des sentiers le long de la rue pour que les gens puissent se rendre dans les magasins, mais je n’en sais vraiment rien. »

Max Brenner, sur la rue Emek Refaïm, à Jérusalem, le 1ᵉʳ juillet 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Pour l’instant, le gérant de Max Brenner, comme beaucoup d’autres commerçants interrogés pour cet article, prévoit de poursuivre ses activités comme d’habitude.

« Une fois que nous aurons compris ce qui se passe, nous pourrons décider s’il est nécessaire d’apporter des changements pour aller de l’avant », a déclaré Emmanuel.

D’autres préparent déjà des plans d’urgence.

Chaya Gross, propriétaire de Chaya’s Place Gallery and Gifts, a expliqué qu’elle se préparait à ouvrir une deuxième succursale dans le centre-ville afin de compenser ses pertes de revenus.

« Je ne vais pas abandonner mon emplacement ici, car beaucoup de mes clients habitent dans les environs, mais je ne m’attends pas à voir arriver des touristes », a-t-elle déclaré.

« Une opportunité s’est présentée dans le centre-ville, je vais donc partager mon temps entre les deux boutiques jusqu’à la fin de mon bail ici, puis je déciderai de la suite. »

La municipalité s’efforce d’aider les commerces. En début de semaine, elle a commencé à installer une rangée de food trucks le long du parc ferroviaire de Hamessila, parallèle à Emek Refaïm, afin de fournir une source de revenus supplémentaire aux restaurants touchés par les travaux.

Les food trucks sont éloignés de la rue principale, et les habitants se plaignent déjà que cela va gâcher l’atmosphère paisible de cette allée bordée d’arbres. La municipalité affirme toutefois qu’elle s’engage à aider les commerces locaux à prospérer pendant les travaux.

Un food truck prévu dans le parc ferroviaire de Jérusalem, dans le cadre du projet d’aménagement de la rue Emek Refaïm, à Jérusalem. (Crédit : Municipalité de Jérusalem/Arnon Bossani)

« Je ne sais pas si cela fonctionnera », a déclaré Daniel Ronen, copropriétaire de Birma Coffee, l’un des dix restaurants retenus pour l’attribution d’un emplacement « food truck ».

« Mais ce sera le même type de clientèle que celle que nous avons habituellement, nous proposerons donc des options à emporter et nous verrons comment cela se passe. »

Au moins une cheffe d’entreprise a de grandes attentes pour la période à venir. Brit Shalom a ouvert son restaurant gastronomique spécialisé dans les sandwichs au fromage grillé, Blondie, il y a tout juste un mois.

« Cet endroit m’a tout de suite plu », a déclaré Shalom à propos de son commerce situé dans la rue Emek Refaïm.

Brit Shalom, propriétaire du restaurant Blondie, sur la rue Emek Refaïm, à Jérusalem , le 1ᵉʳ juillet 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Je m’inquiète pour les travaux, mais je dois faire confiance à Dieu et à moi-même. »

Shalom espère que la chance lui sourira bientôt. Son premier restaurant à Jérusalem a dû fermer ses portes en raison d’un manque de clients durant la pandémie de coronavirus. Un deuxième commerce, un café dans une ville du nord d’Israël, était sur le point d’ouvrir ses portes lorsque le groupe terroriste palestinien du Hamas a déclenché sa guerre contre Israël le 7 octobre 2023, suivi par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah le lendemain. Shalom et son époux ont été évacués de leur domicile et ont finalement regagné Jérusalem.

« J’espère que cette affaire marchera », a déclaré Shalom.

« Trop, c’est trop. »

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