Erdan rejette la promesse de l’étudiante de ne pas promouvoir BDS en Israël
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Erdan rejette la promesse de l’étudiante de ne pas promouvoir BDS en Israël

Le ministre des Affaires stratégiques a indiqué que le courrier envoyé par les avocats de Lara Alqasem ne montre pas un renoncement de la jeune fille à ses actions passées

L'Américaine Lara Alqasem, au centre, dans une salle de tribunal avant une audience devant la cour de district de Tel Aviv, le 11 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)
L'Américaine Lara Alqasem, au centre, dans une salle de tribunal avant une audience devant la cour de district de Tel Aviv, le 11 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Le ministre des Affaires stratégiques a indiqué jeudi soir qu’il a rejeté une lettre envoyée par les avocats de l’étudiante américaine Lara Alqasem, lettre dans laquelle elle promet de ne pas participer à des activités de boycott lors de son séjour en Israël.

Gilad Erdan a expliqué à la Dixième chaîne israélienne que la lettre ne parvient pas à répondre de manière satisfaisante aux critères qu’il avait détaillés concernant l’étudiante, à qui l’entrée sur le territoire a été refusée en raison du soutien présumé qu’elle apporterait au mouvement BDS.

« Le texte n’est pas conforme à ce que j’ai pu dire », a expliqué Erdan. « Elle n’a pas dit qu’elle renonçait à ce qu’elle avait fait dans le passé ou qu’elle promettait de ne plus le faire à l’avenir. La lettre dit, plus ou moins, que durant la période où elle fera ses études au sein de l’Etat juif, elle ne s’impliquera dans aucune activité de boycott ».

Erdan affirme que le texte du courrier « révèle qu’elle soutient l’idéologie du boycott et de l’isolement de l’État d’Israël ».

La jeune américaine de 22 ans, dont les grands-parents sont palestiniens, a atterri à l’aéroport Ben Gurion avec un visa valide. Elle s’était inscrite pour étudier les droits de l’Homme à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Mais, soupçonnée d’être une militante du mouvement de boycott, son entrée dans le pays lui a été refusée et son expulsion a été ordonnée. Israël insiste sur le fait qu’elle peut partir quand elle le souhaite mais qu’elle doit renoncer au groupe de boycott si elle désire que sa réadmission soit prise en compte.

Jeudi matin, Alqasem a fait appel de la décision devant un tribunal de Tel Aviv. Aucun jugement n’a été émis, et le magistrat Erez Yekuel a indiqué qu’il le ferait connaître aux deux parties.

Alqasem est détenue au sein d’une structure de l’immigration à l’aéroport Ben Gurion. Elle devrait y rester jusqu’à ce qu’un tribunal annonce sa décision. Israël a fait savoir qu’elle est libre de partir et de retourner aux États-Unis.

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, assiste à une réunion du comité à la Knesset, le 14 novembre 2017. (Flash90)

Erdan estime que la promesse faite par Alqasem de ne pas promouvoir le boycott pendant ses études en Israël n’est pas suffisante dans la mesure où Omar Barghouti, fondateur du BDS, a lui-même suivi un cursus à l’Université de Tel Aviv et bénéficié d’un permis de séjour.

« Je veux que ces activistes du boycott comprennent que leurs actions ont un prix », a-t-il dit. « Je ne les mets pas en prison, je ne leur fais rien subir au niveau physique. Mais ils n’entreront pas en Israël pour y trouver des informations et pour les présenter de manière mensongère au monde ».

Israël a adopté une loi l’année dernière qui interdit l’accès au territoire à tout étranger « qui émet en toute connaissance de cause un appel public au boycott d’Israël ». L’État juif est très critiqué pour sa gestion du cas d’Alqasem.

Erdan a précisé qu’Alqasem a reçu son visa pour étudier en Israël avant la découverte de ses liens avec les mouvements de boycott. Le fait qu’elle ait déclaré devant le tribunal n’avoir pas récemment été impliquée dans ce type d’activités est « hors-sujet », selon le ministre.

Photo d’illustration : l’organisation « Students for Justice in Palestine » perturbe un événement pro-israélien (Capture d’écran : Facebook)

Lundi, un groupe de chefs d’université en Israël a envoyé une lettre à Erdan qui affirme que continuer à tenir en détention ou expulser Alqasem pourrait finir par nuire à Israël en apportant de l’eau au moulin des critiques du pays, a noté Haaretz.

Rejetant ces critiques, Erdan a estimé jeudi que « quotidiennement, des milliers de personnes sont arrêtées à l’entrée des États-Unis et du Royaume-Uni et personne, dans les hypocrites médias internationaux, n’écrit d’articles à ce sujet ou ne met en doute les autorités pour la raison pour laquelle elles ont décidé que telle ou telle entrée pouvait nuire à la sécurité nationale ».

Les partisans du mouvement BDS disent qu’en recommandant aux entreprises, aux artistes et aux universités de rompre leurs liens avec Israël, ils utilisent un moyen non-violent de résistance face aux politiques injustes mises en oeuvre contre les Palestiniens. Selon Israël, le mouvement est antisémite et masque ses objectifs de délégitimation et de destruction du pays.

L’Américaine Lara Alqasem, au centre, dans une salle de tribunal avant une audience devant la cour de district de Tel Aviv, le 11 octobre 2018 (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Les États-Unis ont fait savoir mercredi qu’ils soutiennent la liberté d’expression et qu’ils sont en contact avec Alqasem, mais que la question d’autoriser son séjour en Israël dépend de Jérusalem.

« En tant que principe général, nous accordons de la valeur à la liberté d’expression, même dans des dossiers où nous ne sommes pas d’accord avec les points de vue politiques exprimés, et tel est ici le cas », a déclaré le porte-parole du département d’État Robert Palladino aux journalistes.

« Notre forte opposition aux boycotts et aux sanctions contre l’État d’Israël est bien connue. Israël est toutefois un état souverain qui a le droit de déterminer qui il veut laisser entrer », a-t-il ajouté.

Dans son appel, Alqasem a affirmé qu’elle n’a jamais participé de manière active à des campagnes de boycott, et elle a promis de ne pas les promouvoir à l’avenir. « Nous parlons de quelqu’un qui veut simplement étudier en Israël, qui ne boycotte rien », a déclaré l’avocat Ben-Hillel. « Elle ne fait même plus partie de l’organisation universitaire ».

La famille d’Alqasem a expliqué, de son côté, qu’Israël exagère son implication au sein de l’organisation « Students for Justice in Palestine », à laquelle elle aurait appartenu pendant un semestre. Dans une interview accordée depuis la Floride, sa mère, Karen Alqasem, a déclaré : « elle a pu se montrer critique envers certaines politiques israéliennes dans le passé mais elle respecte la société et la culture israélienne. Pour elle, ce n’est pas une contradiction ».

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