Israël en guerre - Jour 144

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Grâce à une compilation en Ladino, une chanteuse ravive son histoire familiale

L'israélo-américaine Tutti Druyan espère que la sortie de sa compilation 'Kantika' va remettre au goût du jour cette langue judéo-espagnole parlée par ses ancêtres

De gauche à droite : Shaqed Druyan, Edmar Colon et Tutti Druyan photographiés pour leur album 'Kantika.' (Autorisation)
De gauche à droite : Shaqed Druyan, Edmar Colon et Tutti Druyan photographiés pour leur album 'Kantika.' (Autorisation)

Fille de deux musiciens israéliens à succès que sont la chanteuse Gitit Shoval, propulsée sur la scène pop israélienne dès l’âge de 13 ans au concours pré-Eurovision 1979, et Ron Druyan, diplômé du Berklee College of Music, compositeur et arrangeur réputé, Tutti Druyan a grandi dans une maison rythmée par la musique.

Tout au long de son enfance au moshav Shoresh, dans le centre d’Israël, entre les années 1990 et le début des années 2000, elle est abreuvée de jazz, pop américaine et israélienne, folk et classique, au gré des musiciens qui rendent visite à ses parents.

Deuxième d’une fratrie de quatre enfants, Druyan suit les traces de ses parents dès l’âge de trois ans, en faisant avec sa mère du doublage pour des films à succès , comme « Les Schtroumpfs » ou la collection de films Barbie en DVD, produits par la société de production de ses parents.

Par la suite, Sruyan, aujourd’hui âgée de 32 ans, se construit une impressionnante carrière de chanteuse polyvalente et de doubleuse.

Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Druyan a toujours été attirée par la musique et la culture ladino de son grand-père séfarade Nissim Shoval, dont la famille a fui la Bulgarie pendant la Seconde Guerre mondiale et s’est rendue en Israël pré-étatique.

La mère de Nissim Shoval parlait le ladino, mais la langue ne s’est pas transmise aux enfants, nés en Israël, qui parlaient hébreu.

« Comme pour beaucoup de familles, cela s’est arrêté là », explique Druyan au Times of Israel.

« Nous ne parlons plus ladino dans ma famille. Mais pour moi, cela a toujours été une vraie passion. »

Tutti Druyan photographié pour l’album ‘Kantika.’ (Autorisation)

Le ladino, également connu sous le nom de judéo-espagnol, était la langue des Juifs séfarades expulsés d’Espagne en 1492 et qui se sont réinstallés pour l’essentiel dans l’Empire ottoman.

L’expulsion, l’Inquisition espagnole et la mort de millions de Juifs dans la Shoah ont eu un impact sur la langue.

Aujourd’hui, il reste très peu de locuteurs ladinos et, en 2019, l’UNESCO l’a répertoriée comme langue gravement menacée.

Druyan a voulu en savoir plus et, au fil des ans, elle s’est procurée de la musique ladino absolument partout.

« Je suis tombée amoureuse de ces chansons », explique Druyan, qui interprète toujours des chansons ladinos lors de ses concerts.

Avec la sortie prochaine de « Kantika », compilation de musique ladino, mélange de chansons traditionnelles avec de nouveaux arrangements et d’originaux, Druyan réalise enfin son grand rêve de rendre hommage à son ascendance séfarade.

Destiné au public d’aujourd’hui, « Kantika » – qui signifie « petite chanson » en ladino – a été lancé avec une bande-annonce et une vitrine en direct le 29 mars au Brookline Booksmith, célèbre librairie dotée d’un espace événementiel dans le quartier de Druyan.

On a pu y entendre quelques extraits de l’album et admirer la pochette originale de Tiandra Ray.

Les six titres de l’album seront publiés un par un, à la fin du printemps.

Druyan, qui a conçu le projet, en est également la productrice exécutive.

Ses collaborateurs musicaux sont son jeune frère Shaqed Druyan et son mari Edmar Colon, originaire de Porto Rico.

Shaqed Druyan est un batteur, producteur et ingénieur du son qui a travaillé entre autres avec Peter Frampton, The Doobie Brothers et Matisyahu.

Shaqed Druyan photographié pour l’album ‘Kantika.’ (Autorisation)

Colon, professeur au Berklee College of Music, est saxophoniste, pianiste et compositeur : il a travaillé avec des musiciens de jazz renommés, comme le regretté Wayne Shorter à Esperanza Spalding ou Terri Lyne Carrington.

Il travaille actuellement sur un projet avec les Boston Pops.

Le projet a reçu des subventions du Combined Jewish Philanthropies of Greater Boston’s Arts and Culture Community Impact Fund et du Live Arts Boston, une initiative artistique philanthropique de la Barr Foundation.

Au cœur de chacune des chansons de « Kantika » – compositions originales comprises – se trouvent une mélodie et des paroles ladinos séculaires, avec un nouvel arrangement qui se mêle à celui d’origine.

« Nous avons pris ces très vieilles chansons et nous en avons fait des nouvelles. Nous restons fidèles aux mélodies originales tout en ajoutant de nouvelles chose», a confié Druyan au Times of Israel lors d’un appel Zoom conjoint avec Shaqed Druyan et Colon.

« La vieille musique ladino est notre base », explique Shaqed Druyan.

« Sur cette base, nous avons conçu quelque chose de plus accessible à un public à la fois plus diversifié et plus jeune. L’idée est de faire connaître la langue ladino, l’histoire et la musique, d’une manière qui facilite l’identification. »

La chanson d’amour « La Rosa » commence par la mélodie traditionnelle et les paroles en ladino, interprétée à la guitare. Elle se mêle ensuite au nouvel arrangement et aux paroles en anglais, avec un tempo pop percussif et optimiste.

Edmar Colon photographié pour l’album ‘Kantika.’ (Autorisation)

« Sharpest of Thorns », traduction en anglais de la chanson ladino, « Puncha Puncha », commence avec la voix de Druyan, a capella, chantant « Puncha, Puncha », en ladino. On entend des sons familiers en arrière-plan, en hommage aux femmes qui, au fil des générations, ont perpétué la tradition des chansons séfarades en les chantant à leurs enfants, explique-t-elle.

Sa voix riche fait écho aux lamentations obsédantes autour de l’amour perdu, dans cette ballade antérieure à l’expulsion de 1492.

« L’enregistrement des chansons de ‘Kantika’ a été une sorte de voyage introspectif dans la vie des personnes qui ont porté ces traditions et les ont transmises de génération en génération », ajoute Colon.

« Elles existent pour le plaisir des oreilles mais pas seulement. Ces chansons ont quelque chose de sacré. »

Selon Gloria Ascher, professeure agrégée à l’Université Tufts et spécialiste de la culture séfarade et du ladino, « Kantika » est un signe du regain d’intérêt pour le Ladino, enregistré dès les années 1990.

Druyan s’est tournée vers Ascher pour la conseiller sur le ladino dans le cadre de ce projet, et garantir l’authenticité des paroles et de la prononciation.

« Le Ladino est florissant, grasias al Dio (Dieu merci) ! » a écrit Ascher dans un courriel.

Contre toute attente, la pandémie a incité un très grand nombre de personnes à s’inscrire à des cours de ladino en ligne, précise-t-elle.

Ces deux dernières années, Druyan s’est immergée dans la musique ladino.

« L’un des plus grands trésors que j’ai trouvés est l’enregistrement de 1967 « BeShira Ladino » par The Parvarim. À bien des égards, ‘Kantika’ vient de mon amour pour cet album », confie Druyan.

Au-delà de son amour de la musique ladino, Druyan souhaite faire connaitre une langue en voie de disparition.

« Espérons qu’une nouvelle génération de locuteurs ladino va émerger et perpétuer cette langue, cette musique et cette tradition », conclut-elle.

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