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Israël en désaccord avec la formulation du projet de résolution US au Conseil de sécurité

Cela ne devrait en principe avoir aucune influence sur le vote - qui devrait avoir lieu ce lundi - étant donné qu'Israël n'est pas membre du Conseil de sécurité

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Vue d'ensemble d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations Unies, le 18 avril 2024. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)
Vue d'ensemble d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations Unies, le 18 avril 2024. (Crédit : Yuki Iwamura/AP)

L’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Gilad Erdan, a fait savoir à son homologue américaine, Linda Thomas-Greenfield, que Jérusalem s’opposait à la formulation du projet de résolution soumise au Conseil de sécurité proposée par l’administration Biden, qui y exprime pourtant son soutien à la dernière proposition israélienne de cessez-le-feu.

Cela ne devrait en principe avoir aucune influence sur le vote – qui devrait avoir lieu ce lundi – étant donné qu’Israël n’est pas membre du Conseil de sécurité.

Pour autant, cette résistance pourrait bien agacer Washington, qui a, à de nombreuses reprises, empêché l’adoption d’initiatives du Conseil de sécurité jugées hostiles à Israël.

La réaction pourrait être plus vive de la part de certains membres permanents du Conseil de sécurité – comme la Russie et la Chine – qui opposent régulièrement leur veto aux résolutions américaines, y compris celles relatives à la guerre entre Israël et le Hamas.

Pour expliquer l’opposition d’Erdan, un membre de la mission diplomatique israélienne rappelle que la dernière version de la résolution dit de l’accord sur les otages qu’il donnera lieu à un « cessez-le-feu », là où la version originale évoque une « cessation des hostilités », expression dans laquelle Israël voit quelque chose de moins permanent.

Israël s’oppose par ailleurs à l’appel à ce que les deux parties mettent pleinement en œuvre la dernière proposition d’accord sur les otages. La précédente version faisait uniquement allusion au Hamas. Dans sa dernière version en date, le projet de résolution ajoute que le projet d’accord sur les otages est « acceptable pour Israël ».

La mission diplomatique israélienne auprès de l’ONU n’apprécie pas davantage l’inclusion dans la dernière version des trois phases de l’accord sur les otages – celles-là mêmes qui ont été exposées publiquement par les États-Unis.

Enfin, elle s’oppose à une nouvelle clause du projet qui « rejette toute tentative de changement démographique ou territorial dans la bande de Gaza, à commencer par les actions qui auraient pour effet de réduire la taille du territoire de Gaza, par exemple par l’établissement permanent, que ce soit à titre officiel ou non, de zones tampons ».

L’ambassadrice américains à l’ONU Linda Thomas-Greenfield s’exprimant devant le Conseil de sécurité, le 11 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran)

Israël a en effet évoqué l’éventualité de créer une zone tampon de sécurité du côté gazaoui de la frontière. Le fait que certains membres des autorités israéliennes indiquent qu’il s’agirait de dispositions temporaires n’a pas empêché les États-Unis et le reste de la communauté internationale de s’y opposer.

La résolution américaine parle par ailleurs « d’un engagement sans faille à ce que prenne forme une solution négociée à deux États… conformément au droit international et aux résolutions concernées de l’ONU, et souligne à cet égard l’importance d’unifier la bande de Gaza avec la Cisjordanie sous l’Autorité palestinienne ».

Cette solution à deux États est rejetée par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, désireux d’affaiblir l’Autorité palestinienne qu’il compare au Hamas.

Le membre de la mission diplomatique israélienne n’a pas évoqué cette dernière clause comme faisant partie des raisons pour lesquelles Jérusalem s’opposait à la résolution.

Présentation de la proposition israélienne

Cette semaine, les États-Unis ont rédigé leur projet de résolution destiné à rallier la communauté internationale à la proposition israélienne d’accord présentée au Hamas jeudi dernier.

Pressé d’obtenir un accord sur les otages afin de ne pas répéter les errements des six derniers mois qui n’ont débouché sur aucun accord, Biden a opté pour une stratégie différente, vendredi dernier, en prononçant un discours à fort enjeu et en révélant les principaux points de la proposition israélienne et en invitant le Hamas à l’accepter.

Ce discours avait pour but d’amener Netanyahu à soutenir la proposition soumise par ses négociateurs.

Le Premier ministre a approuvé le principe de l’accord tout en se gardant bien de donner des détails, de crainte d’une réaction négative de la part de ses partenaires d’extrême droite au sein de la coalition. Ses craintes étaient justifiées, car le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, tout comme le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, ont en effet menacé de renverser le gouvernement si Netanyahu maintenait ce projet d’accord.

La décision de Biden a eu pour effet de mettre la balle dans le camp du Hamas, Washington ayant dit en plusieurs occasions que l’offre israélienne était sensiblement la même que celle faite par le Hamas lors des dernières négociations.

Composée de trois étapes, la proposition israélienne envisage un cessez-le-feu de six semaines au cours duquel seraient libérés les derniers otages israéliens, sans oublier les corps enlevés le 7 octobre dernier. En échange, Israël libérerait des centaines de prisonniers palestiniens de sécurité, se retirerait des zones peuplées de Gaza, permettrait le retour sans restriction des Palestiniens dans toute la bande de Gaza et faciliterait l’entrée quotidienne de 600 camions d’aide humanitaire dans l’enclave.

Lors des précédentes négociations, le principal point de désaccord avait été l’insistance d’Israël à pouvoir reprendre les combats après la libération des otages et le refus du Hamas de les libérer à moins qu’Israël ne s’engage à un cessez-le-feu permanent.

Le président américain Joe Biden s’exprime depuis l’aile Est de la Maison Blanche à Washington, le 4 juin 2024. (Manuel Balce Ceneta/AP)

Dans l’espoir de concilier les deux parties sur ce point, la clause 14 de la proposition israélienne stipule que lors de la première phase, les parties tiendront des pourparlers sur les termes de la deuxième phase – le cessez-le-feu permanent – qui devront se conclure avant la fin de la cinquième semaine de la trêve initiale.

Si les parties ne parvenaient pas à un accord dans ce délai, le cessez-le-feu de la première phase pourrait être prorogé indéfiniment, le temps pour les négociations sur les termes de la deuxième phase d’aboutir.

S’il s’avérait que le Hamas ne tenait pas ses engagements au regard de cet accord, Israël pourrait reprendre les combats.

Si un accord était conclu lors de la première phase, une deuxième phase – longue de six semaines – pourrait alors s’ouvrir, au cours de laquelle le Hamas libérerait les otages israéliens vivants, jeunes hommes et militaires compris. En échange, Israël libérerait un certain nombre de prisonniers palestiniens de sécurité – probablement davantage encore que lors de la première phase, avec sans doute dans leurs rangs des terroristes notoires – en plus du retrait complet de Tsahal de Gaza.

Au cours de la troisième phase, longue de six semaines, le Hamas libérerait les dépouilles des otages encore en sa possession et Israël autoriserait les travaux de reconstruction de Gaza, avec le soutien de la communauté internationale.

Les États-Unis assurent qu’Israël s’en tient à son projet, et ce alors même que Netanyahu a singulièrement compliqué les pourparlers en affirmant que cette proposition permettrait à Israël d’atteindre son objectif de guerre, à savoir le démantèlement du Hamas.

Des manifestants tiennent une grande banderole sur laquelle on peut lire « Merci, Biden », lors d’une marche en faveur d’un accord sur les otages, à Jérusalem, le 1er juin 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces propos auraient incité les autorités du Hamas à exiger des médiateurs davantage d’assurances s’agissant du cessez-le-feu permanent, la clause 14 leur paraissant insuffisante.

Les dirigeants du Hamas pourraient en théorie accepter de s’exiler durant ces négociations de la première phase, pour ne pas risquer d’être tués sur le champ de bataille, mais la forte idéologie qui imprègne son chef, Yahya Sinwar, et le fait que lui et son adjoint Mohammed Deif aient réussi à échapper à Tsahal ces huit derniers mois, tempèrent cette perspective.

Les États-Unis estiment que cette proposition d’accord sur les otages permettra de garantir que le Hamas soit chassé du pouvoir, sans toutefois donner beaucoup de détails sur la manière d’y parvenir, a fortiori si c’est lui qui conclut l’accord avec Israël.

Le mois dernier, des responsables américains expliquaient au Times of Israel la différence entre l’objectif israélien de démanteler le Hamas et ce qu’ils voient comme un objectif plus réaliste, celui de démanteler la « menace du Hamas ».

Selon Biden, Israël aurait déjà atteint ce dernier objectif, le Hamas n’étant, selon lui, plus en mesure de mener une nouvelle attaque du type de celle perpétrée le 7 octobre, au cours de laquelle 1 200 Israéliens ont été massacrés et 251 pris en otage. 121 d’entre eux se trouvent encore à Gaza.

Un membre des forces de sécurité libanaises constate les dégâts autour d’un bâtiment visé par une frappe aérienne israélienne à Wadi Jilo, dans le sud-Liban, à l’est de Tyr, le 6 juin 2024. (Crédit : Mahmoud Al-Zayyat/AFP)

« Une guerre illimitée à la poursuite d’une notion non identifiée de « victoire totale » ne fera qu’enliser Israël à Gaza, épuiser ses ressources militaires, économiques et humaines et renforcer l’isolement d’Israël dans le monde », a déclaré Biden dans un discours, la semaine passée, en s’en prenant ainsi directement à Netanyahu qui, à plusieurs reprises, s’est engagé à la « victoire totale » à Gaza.

Le mois dernier toujours, des responsables américains indiquaient au Times of Israel que si l’accord sur les otages permettait malgré tout au Hamas de continuer à exister, sous une forme ou une autre, l’initiative diplomatique de Washington aurait pour effet de marginaliser l’organisation terroriste à Gaza face à des alternatives soutenues par les alliés arabes de l’Amérique.

Netanyahu a indiqué qu’il s’opposait à cette approche. Bien que les autorités de nombreux pays arabes aient assuré que le Hamas serait prêt à abandonner la gestion de Gaza après la guerre, le groupe terroriste n’en a pas encore fait l’annonce officielle à ce jour.

En attendant, les États-Unis veulent avant tout convaincre les parties en présence de commencer à mettre en œuvre la première phase de l’accord, dans l’espoir de leur donner l’élan nécessaire à faire de la trêve un cessez-le-feu permanent.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 36 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes lors des combats dans la bande de Gaza.

Ce bilan, qui ne peut être vérifié, comprend près de 15 000 terroristes dont Israël revendique la mort lors des combats, sans oublier le millier d’hommes armés tués sur le sol israélien le 7 octobre.

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