J. Finkelstein: « J’aurais préféré ne pas avoir cet honneur » pour Yom HaAtsmaout
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Interview

J. Finkelstein: « J’aurais préféré ne pas avoir cet honneur » pour Yom HaAtsmaout

Le chef de la Fédération juive de Pittsburgh est en Israël pour commémorer les 11 victimes du massacre de la synagogue Tree of Life

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Jeff Finkelstein, président et directeur général de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh. (Autorisation)
Jeff Finkelstein, président et directeur général de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh. (Autorisation)

Il n’y avait presque pas de représentant de la diaspora juive à la cérémonie annuelle d’allumage des flambeaux de Yom HaAtsmaout cette année. Mais après un tollé en Israël et dans les communautés juives du monde entier, la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev est revenue sur sa décision et a rétabli la tradition relativement nouvelle – qu’elle avait elle-même lancée en 2017 – de la participation d’une personnalité du monde juif à cette partie centrale des activités de l’Etat pour célébrer son anniversaire.

Regev a fait appel à Jeff Finkelstein, président et directeur général de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh, pour cette distinction, mercredi soir.

C’est un honneur dont Finkelstein se serait volontiers passé.

« J’aurais préféré ne pas avoir cet honneur. J’aurais aimé ne jamais connaître cela », a-t-il déclaré au Times of Israel, mardi à Jérusalem.

« Parce que la seule raison pour laquelle je suis là, c’est que 11 personnes ont été massacrées à Pittsburgh. Si cela ne s’était pas produit, je n’allumerais pas cette torche. D’un côté, je suis honoré d’avoir été choisi pour représenter la diaspora juive, mais j’aurais vraiment préféré ne pas avoir à le faire. »

Jeff Finkelstein, président et directeur général de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh, prend la parole lors de la veillée pour Tree of Life, le 28 octobre 2018. (Autorisation)

Finkelstein faisait bien sûr référence au massacre de la synagogue Tree of Life du 27 octobre 2018, au cours duquel le suprémaciste blanc Robert Gregory Bowers, armé d’un fusil semi-automatique Colt AR-15 et de trois pistolets semi-automatiques Glock.357 SIG, s’est attaqué à un lieu de culte situé à Squirrel Hill dans la ville, avec pour unique objectif de tuer des juifs.

« J’étais là quand le tireur était encore à l’intérieur et actif », se souvient-il. « J’écoutais les agents de police qui essayaient de le traquer jusqu’à ce qu’ils le coincent dans un coin de l’immeuble. Et j’étais là à écouter les mises à jour pendant qu’ils comptaient les corps de nos kedoshim [martyrs] qui ont été tués ce jour-là. »

Lui-même résident de Squirrel Hill, où vivent la plupart des 50 000 Juifs de la ville (bien qu’il ne soit pas membre des trois communautés hébergées dans le bâtiment Tree of Life), Finkelstein a déclaré ne pas avoir vraiment eu le temps de penser aux événements, qui sont devenus connus comme la pire attaque perpétrée contre la communauté juive des Etats-Unis.

« Et il ne s’agit pas d’un retour à la normale, c’est une nouvelle normalité depuis la fusillade, parce que nous essayons de faire tout ce qu’il faut pour maintenir une communauté juive forte – et pourtant nous devons aider notre communauté à guérir », dit-il.

Mais bien qu’il aurait préféré ne pas être invité au mont Herzl pour la cérémonie solennelle d’allumage de la flamme, il s’est dit profondément ému par la répétition de la cérémonie.

Une femme se recueille devant un mémorial de fortune à l’extérieur de la synagogue Tree of Life à Pittsburgh, en hommage aux 11 personnes tuées lors des offices religieux, le 31 octobre 2018. (Gene J. Puskar/ AP)

« Chanter la ‘Hatikva’ hier soir avec tout le monde était très émouvant pour moi », a-t-il dit. « Avec toutes les lumières et les feux d’artifice, et la célébration du 71e anniversaire d’Israël, ça m’a donné la chair de poule. »

Natif de Boston, à la voix douce, et à la tête de la Fédération de Pittsburgh depuis 2004, Finkelstein a été choisi par la ministre Regev pour représenter la diaspora juive non seulement parce qu’il a dirigé les efforts de sa communauté pour faire face et reconstruire après le massacre de Tree of Life, l’an dernier, mais aussi parce que son organisation a créé un fonds pour les victimes des tirs dans la mosquée de Christchurch, le mois dernier, qui ont tué et blessé 50 personnes en Nouvelle-Zélande.

« Ce lien avec les racines juives et l’accent mis sur l’espoir, la responsabilité mutuelle et l’amour de l’humanité lui a permis de diriger un processus de résilience inédit à Pittsburgh qui est un symbole pour le monde entier, » a déclaré le mois dernier le ministère de la Culture dans un communiqué.

Finkelstein incarne le proverbe « l’arbre de vie », a dit Mme Regev, « l’esprit croissant de fraternité et d’unité humaine, et la grande âme de nos frères et sœurs de la diaspora ».

S’adressant au Times of Israel dans le hall de son hôtel de Jérusalem, Finkelstein a également discuté du rôle qu’Israël peut jouer alors que les Juifs américains envisagent de nouvelles façons de sécuriser leurs communautés, ainsi que de la nature tendue des relations Israël-Diaspora en général.

« Je ne pense pas que nous allons débarrasser le monde de l’antisémitisme. Mais je pense que sur la question de la sécurité, Israël a un rôle à jouer, car c’est un véritable leader en matière de technologie et d’analyse de données », a-t-il dit.

Dans le même temps, Finkelstein a critiqué avec prudence la politique du gouvernement israélien concernant le mur Occidental, la conversion au judaïsme et le fait qu’il ne reconnaît pas les courants religieux non-orthodoxes.

« Nous souhaiterions que le gouvernement soit beaucoup plus ouvert au sentiment de pluralisme que nous avons aux États-Unis », a-t-il dit, ajoutant qu’il y fera allusion lors de son bref discours, mercredi soir, lors de la cérémonie de Yom HaAtsmaout, jour de l’indépendance de l’État juif.

La conversation suivante a été retravaillée pour des raisons de clarté et de longueur.

Jeff Finkelstein, président-directeur général de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh, prend la parole lors du Yom HaZikaron de l’Agence juive pour Israël, le 8 mai 2019 à Jérusalem. (Noam Sharon)

« The Times of Israel » : Comment va la communauté en ce moment ?

Jeff Finkelstein : Vous savez, ça dépend – ou comme on dit en hébreu, taluy. C’est une grande communauté, et je pense aux cercles concentriques de victimes. Ainsi, les plus proches du centre sont les familles des 11 personnes qui ont été tuées, et aussi les deux personnes qui ont été blessées, ce jour-là.

Et puis vous vous déplacez de là vers le cercle concentrique suivant un peu plus loin, qui sont les gens dans le bâtiment qui se sont cachés du tireur.

Ensuite, il y a des gens juste à l’extérieur de l’édifice, ou des gens qui se rendaient à la synagogue à l’époque, et puis il y a différents ordres que vous pouvez leur donner, mais il y a des membres des trois congrégations qui ne venaient pas ce matin-là, des membres de la communauté juive de Squirrel Hill, vous avez Squirrel Hill en général, qui est à 30 % Juif et à 70 % non-juif.

Il y a la grande communauté juive de Pittsburgh, qui n’est pas entièrement centrée dans ce quartier de Squirrel Hill, et puis il y a tout Pittsburgh – Juifs et non-juifs. Donc ça dépend. Et évidemment, pour les gens les plus proches de ce centre, c’est plus difficile, et il y a des jours où cela est plus difficile.

La fusillade en Nouvelle-Zélande, la fusillade à Poway, Californie. Chacune de ces choses est un moment déclencheur – et cela peut l’être pour n’importe quel niveau des victimes, mais je suis sûr que c’est plus intense pour celles qui ont été les plus touchées.

Cela étant dit, la communauté est incroyablement résiliente. Lorsque vous parcourez les rues principales de notre quartier commercial de Squirrel Hill, il y a des panneaux indiquant que ce n’est pas un endroit pour la haine et des signes de solidarité pour la communauté juive. Nous sommes six mois après les faits, et c’est toujours le cas dans toutes ces vitrines, et je pense que les gens le ressentent vraiment. Donc, les gens ont continué la vie juive, les gens ont continué à vivre, mais c’est toujours présent dans tous nos souvenirs.

Cette photo du 11 février 2019 montre une œuvre d’art sur une clôture autour de la synagogue Tree of Life à Pittsburgh où 11 personnes ont été tuées et 7 autres blessées lors d’une attaque en octobre 2018. (AP Photo/Keith Srakocic, File).

Vous vivez à Squirrel Hill, mais vous n’êtes pas membre de l’une des trois congrégations touchées ce jour-là, alors vous n’êtes pas au coeur même des cercles que vous avez décrits, mais vous êtes relativement proches. Diriez-vous que vous êtes encore sous le choc des événements, ou est-ce plus ou moins un retour à la normale, si c’est possible  ?

En tant que « victime », ayant été traumatisée, quand j’ai entendu parler de la fusillade ce matin-là, je me suis rendue en voiture à la synagogue pour m’approcher le plus possible de l’immeuble. J’étais là quand le tireur était encore à l’intérieur et actif. J’écoutais les agents de police pendant qu’ils essayaient de le traquer jusqu’à ce qu’ils le coincent dans un recoin du bâtiment. Et j’étais là à écouter les mises à jour pendant qu’ils comptaient les corps de ceux de nos kedoshim [martyrs] qui ont été tués ce jour-là.

Donc je suis un peu plus proche, probablement, dans la classe des victimes. Je n’ai pas eu le temps d’y penser, et il y a des moments où cela me touche profondément.

Et ce n’est pas un retour à la normale, c’est une nouvelle normalité depuis la fusillade, parce que nous essayons de faire tout ce qu’il faut pour maintenir une communauté juive forte – fournir une éducation juive forte, prendre soin de nos aînés, prendre soin des personnes ayant des besoins spécifiques, continuer à aider les habitants d’Israël et ceux qui sont dans le monde – et il nous faut cependant aider notre communauté à guérir.

Nous commençons donc à penser à célébrer l’anniversaire des un an. Nous faisions beaucoup de choses avant, mais nous travaillons beaucoup plus sur la sécurité de la communauté juive. Ce n’est donc pas normal. C’est une nouvelle normalité, c’est sûr.

La sécurité est-elle un nouveau domaine pour les communautés juives américaines ? Israël joue-t-il un rôle à cet égard, étant donné qu’il s’agit d’un chef de file mondial en matière de sécurité ?

Je ne veux pas dire qu’Israël ne fait rien, mais nous nous concentrons sur la sécurité dans le contexte américain. Il y a des lois différentes en Amérique et en Israël, et Israël nous a beaucoup appris à ce sujet, mais nous sommes guidés dans nos efforts sur le plan de la sécurité – nous faisons partie des 30 ou 40 communautés juives qui ont engagé des directeurs de sécurité communautaire juive.

De gauche à droite : Le Dr Jordan Golin, chef du Jewish Family and Community Services, Jeffrey H. Finkelstein, chef de la Jewish Federation of Greater Pittsburgh, et Brian Schreiber, chef du Jewish Community Center of Greater Pittsburgh, prennent la parole lors d’une discussion de groupe, le 1er novembre 2018. (Capture d’écran)

Nous étions le 19, nous l’avons embauché [Bradley W. Orsini] il y a deux ans et demi, donc il était sur place avant la fusillade, et nous travaillons avec un groupe appelé Secure Community Network qui fait partie des fédérations juives d’Amérique du Nord, où elles fournissent beaucoup de renseignements, de formation et de coordination entre tous les responsables de la sécurité.

Pouvez-vous indiquer quelque chose de précis et dire « ça a vraiment changé », quelque chose qui n’est plus du tout comme c’était avant ?

Tout d’abord, le bâtiment de Tree of Life est toujours fermé. Ces trois congrégations continuent donc de se rencontrer, mais elles ne se rencontrent pas dans le bâtiment où elles se trouvaient. Et je pense qu’il est important de le rappeler aux gens : La congrégation de Tree of Life est propriétaire du bâtiment et deux autres congrégations louaient des locaux à l’intérieur – New Light, qui est une autre congrégation Conservative, et Dor Hadash, qui est reconstructiviste. Elles sont donc toutes à des endroits différents.

Soit dit en passant, il est remarquable que deux de ces congrégations se retrouvent dans la congrégation réformée la plus classique de Pittsburgh, au Temple Rodef Sholom, et que l’autre congrégation, New Light, soit à Beth Shalom. Ce sentiment de solidarité qui nous unit pour prendre soin les uns des autres est une chose vraiment magnifique.

Un mémorial de fortune devant la synagogue Tree of Life à la suite d’une fusillade meurtrière à Pittsburgh, Pennsylvanie, le 29 octobre 2018. (Crédit : Matt Rourke/AP)

Quel est le calendrier prévu pour la réouverture du bâtiment Tree of Life ?

On n’en sait rien. Ils ne le savent pas encore. Le bâtiment est fermé.

Donc, si je devais y aller en voiture maintenant, qu’est-ce que je verrais ? Des rénovations sont-elles en cours ou y a-t-il un travail de police scientifique ?

Non. Le travail de la police est terminé.

Le bâtiment est vide en raison d’un sentiment de deuil ou à cause de la bureaucratie ?

Ils doivent juste déterminer leur avenir, ils ne sont pas encore sûrs. C’est encore très frais pour eux. Pensez simplement à la question de savoir si l’un des membres de votre famille a été assassiné à l’intérieur de cet espace, et s’ils doivent passer par un processus pour déterminer quel est leur avenir dans ce bâtiment, si cet avenir existe, s’ils font autre chose, et ils en sont aux étapes préliminaires de ce projet et je respecte le fait que les choses doivent prendre leur temps. Donc ils y travaillent.

Je ne veux pas manquer de respect, mais je pense qu’en Israël c’est très différent – s’il y a une attaque terroriste dans un restaurant le matin, il y servira le déjeuner deux heures plus tard quand tout sera nettoyé.

Je pense que c’est tout à fait vrai. C’est une culture très différente en Amérique. Et si vous regardez les fusillades de masse en Amérique, il y a une réaction différente, typiquement. Certaines des écoles où il y a eu des fusillades, les bâtiments ont été démolis. C’est donc une réaction différente, une culture différente.

Est-ce que démolir le bâtiment est une éventualité envisageable ?

Je ne sais pas. Ce n’est pas à moi de décider, c’est à l’assemblée de décider. Je pense qu’ils commencent à avoir ces conversations en interne avec leurs dirigeants, mais ils sont très loin, je pense. Ils ne sont pas pressés, et je pense que c’est une bonne chose. Parce qu’ils peuvent se réunir à d’autres endroits.

Je pense qu’il est très important de se rappeler que les congrégations de Tree of Life, New Light et Dor Hadash ne sont pas des édifices. Ils sont la communauté des personnes qui composent les congrégations.

En ce qui concerne votre question sur la façon dont la vie quotidienne a changé pour notre communauté, je vais vous donner un bref exemple. La semaine dernière, nous avons organisé deux manifestations communautaires – une pour les victimes de Poway. Et nous avons allumé une bougie, et la bougie a été allumée par la sœur des deux frères qui ont été tués à Tree of Life, et par une des victimes qui a été blessée par balle à Tree of Life. Nous avons contacté les rabbins des trois communautés pour qu’ils participent aussi.

En d’autres termes, nous nous concentrons sur chacun d’entre eux lorsque nous organisons d’autres événements communautaires. Et cela s’est répété plus tard dans la semaine lorsque nous avons célébré notre rencontre communautaire de Yom Hashoah, où les rabbins des trois assemblées ont joué un rôle majeur dans cette cérémonie, et nous avons allumé une bougie supplémentaire pour les 11 victimes du Tree of Life. Donc cela se répercute dans une grande partie de ce que nous faisons.

Une photo de Lori Gilbert-Kaye au centre Habad de Poway, Californie, le 3 mai 2019. (Gabrielle Birkner/JTA)

Quand je vais à ma synagogue le Shabbat, et qu’ils disent le kaddish et annoncent tous les yahrzeits pour la semaine, ils annoncent aussi les 11 personnes qui ont été tuées à Tree of Life, ils vont le faire pour toute l’année. Cela imprègne donc les choses que nous faisons partout dans la collectivité. Comme je l’ai dit, il y a des affiches – il y a toujours une affiche dans l’une des librairies juives avec les noms des 11 victimes, elle est toujours là.

C’est donc toujours une grande partie de notre vie, et je pense qu’il y a deux domaines, en particulier, sur lesquels nous nous concentrons. L’un d’entre eux, que j’ai déjà mentionné, est la sécurité, et notre directeur de la sécurité est en poste depuis plus de deux ans. De nombreuses organisations ont eu recours à ses services avant le 27 octobre, mais pas toutes, et maintenant il est très demandé. Tout le monde veut savoir quelles sont les bonnes procédures, ce qu’il faut faire pour renforcer leurs installations, etc. C’est une bonne chose qu’ils y prêtent attention.

Et l’autre chose, c’est la santé mentale. J’ai donc mentionné que nous avions organisé une réunion communautaire pour Poway. Juste avant de clore le débat, le PDG de nos services familiaux et communautaires juifs a abordé la question de la santé mentale. Que cela peut être un événement déclencheur. Que vous ne devriez pas hésiter à appeler, et voici le numéro de téléphone. Si vous avez besoin d’aide, nous voulons être là pour vous.

Ce sont des choses que nous n’aurions pas faites dans le passé, mais nous devons le faire à présent. Nous devons tenir compte du fait qu’il y a des gens qui vont être perturbés à un moment ou à un autre.

Qu’en est-il de la réaction d’Israël à cette tragédie ? Le gouvernement a envoyé Naftali Bennett, ministre des Affaires de la diaspora, à Pittsburgh ; et certaines personnes ont critiqué cette décision, disant qu’il n’était pas nécessairement la bonne personne pour cela. Que pensez-vous de la réaction du gouvernement israélien à cette attaque ?

Le gouvernement israélien a choisi Naftali Bennett pour représenter l’État d’Israël, et nous étions très heureux qu’il soit là pour représenter le gouvernement et le peuple israéliens.

De plus, au cours de la veillée que la Fédération a organisée le 28 octobre, nous avons également reçu un message vidéo du président [Reuven] Rivlin. Israël a donc joué un rôle de premier plan à cet égard. Nous avons chanté l’hymne national et nous avons entonné la « Hatikva », parce que nous sommes fiers de notre lien avec Israël et avec le peuple juif dans le monde. Je pense qu’il y a eu une énorme vague de soutien de la part d’Israël.

Grâce au programme Partnership Together de l’Agence juive, nous avons été en contact avec les communautés de Karmiel et de Misgav, et des résidents ont produit une vidéo d’eux chantant « Yachad » [Together], et j’ai pleuré. J’ai craqué. C’était superbe.

Le ministre des Affaires de la Diaspora Naftali Bennett s’adresse aux médias à la synagogue Tree of Life du quartier de Squirrel Hill, à Pittsburgh, le 28 octobre 2018. (Crédit : AP /Matt Rourke)

C’était notre famille israélienne – ils nous ont contactés sur un plan très personnel. Plus tous les e-mails, les SMS et tout ce qu’on a reçu de nos partenaires là-bas. Sur le vrai front de l’aide, l’Agence juive a aidé à faire venir la Israel Trauma Coalition à Pittsburgh. Je pense qu’ils étaient là un jour après la fusillade. Ils ont été formidables.

Malheureusement, ils ont beaucoup trop d’expérience. Mais ils ont été en mesure d’apporter cette expérience et d’aider les professionnels de notre communauté à faire face à ce traumatisme sur lequel aucun d’entre nous n’avait vraiment été formé. Et puis, tout récemment, l’Agence juive et notre Fédération ont partagé le coût de la mise sur pied de la Coalition israélienne contre les traumatismes pour une autre semaine de travail dans la communauté. Israël joue donc un rôle de premier plan pour aider notre communauté à se remettre.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez reçu un appel téléphonique vous informant que vous aviez été choisi pour avoir l’honneur d’allumer une torche lors de la cérémonie du Yom HaAtsmaout en Israël ?

J’aurais préféré ne pas avoir cet honneur. J’aurais préféré ne jamais connaître cela. Parce que la seule raison pour laquelle je suis là, c’est que 11 personnes ont été massacrées à Pittsburgh. Si cela ne s’était pas produit, je n’allumerais pas cette torche. D’un côté, je suis honoré d’avoir été choisi pour représenter la diaspora juive, mais j’aurais préféré ne pas le faire.

Qui vous a appelé, où étiez-vous ? Quelle a été votre première réaction ?

C’est Miri Regev [la ministre de la Culture] qui m’a appelé. J’ai reçu un coup de fil avant pour m’avertir et pour être sûr d’être disponible pour le coup de fil et ils m’ont dit ce que c’était, mais Miri a passé l’appel téléphonique officiel. Et j’avais entendu dire que j’avais été nominé pour ça, donc je ne savais pas que j’allais être choisi, mais j’avais entendu dire que j’avais été nominé.

Vous savez, j’ai eu beaucoup d’expériences intéressantes dans ma carrière. J’ai rencontré des présidents des États-Unis et je suis allé à la Maison Blanche, et beaucoup de choses de ce genre, et donc, franchement, ce ne sont pas ce genre d’événements qui me motivent.

C’est bien sûr un honneur de le faire, mais je ne me dis pas : « C’est la chose la plus cool du monde. » C’est un honneur, un privilège de représenter les autres, mais il ne s’agit pas de moi. Je ne considère pas que tout cela se rapporte à moi en soi. Il s’agit des habitants de Pittsburg, des victimes, et je ne suis donc qu’un simple représentant à la tête de la Fédération juive.

Le Président de la Knesset, Yuli Edelstein, allume une torche lors de la cérémonie officielle du 70e Yom HaAtsmaout, anniversaire de l’indépendance d’Israël, au Mont Herzl à Jérusalem,le 18 avril 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Qu’est-ce qui a eu le plus de sens pour vous : allumer une torche lors de la cérémonie due Yom HaAtsmaout pour l’État juif, ou être dans le bureau ovale avec le président ?

Ce furent deux expériences formidables en soi. La première fois que je suis allé à la Maison Blanche, c’était lorsque George W. Bush était président, et je suis allé à la fête de Hanoukka de la Maison Blanche. Et c’était vraiment chouette. Et j’ai pensé au fait que mes grands-parents avaient quitté l’Europe avec peu d’éducation et que maintenant leur petit-fils était à la Maison Blanche et rencontrait le président.

Mais allumer la torche moi-même, devant la foule, a été une expérience merveilleuse – et chanter la « Hatikva » hier soir avec tout le monde, c’était vraiment émouvant pour moi. Avec toutes les lumières et les feux d’artifice, et la célébration du 71e anniversaire d’Israël, ça m’a donné la chair de poule.

Initialement, la ministre Regev avait décidé que cette année, il n’y aurait pas de flambeau pour la diaspora en général, et elle ne l’a rétabli qu’après avoir été littéralement suppliée par les gens. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez entendu parler de son projet d’annuler la participation des Juifs du monde à cette cérémonie, qu’elle avait prise après que 11 Juifs se sont fait tuer dans votre ville natale ?

Eh bien, je pense que ce sont deux choses différentes. Je ne pense pas que sa décision de ne pas faire allumer une torche par des Juifs de la diaspora soit en rapport avec les onze personnes qui ont été tuées.

Évidemment, mais elle l’a fait en dépit de l’agitation sans précédent de la diaspora juive.

Écoutez, notre système national, les fédérations juives d’Amérique du Nord, avec l’Agence juive pour Israël, ont écrit une lettre à Miri Regev pour demander que la décision soit reconsidérée. Je pense donc qu’en tant que fédération juive, nous nous sommes tenus à ce qui était écrit dans cette lettre.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, lors de la Conférence internationale annuelle sur l’innovation municipale à Tel Aviv, le 28 février 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

La relation entre la communauté juive de Pittsburgh et Israël a-t-elle changé à la suite des événements ?

C’était très fort. Et si ça a changé, c’était seulement pour le mieux, pas pour le pire. Mais je ne pense pas que ça ait changé. Je pense que c’est toujours une relation solide.

Que pensez-vous de l’approche du gouvernement israélien à l’égard de la diaspora concernant les conversions, l’acceptation des courants non orthodoxes, etc. ?

Nous aimerions que le gouvernement soit beaucoup plus ouvert au pluralisme que nous avons aux États-Unis. Nous formons une communauté juive très diversifiée en Amérique, avec ces courants juifs très forts qui existent, et les gens de ces courants constituent nos donateurs. Et en y réfléchissant, ils sont peinés quand des choses se produisent, comme le changement du compromis au Kotel [mur Occidental] qui avait été élaboré et le projet de loi de conversion qui a été mis en place.

Ces choses ne sont donc pas positives pour la relation entre les Juifs américains et Israël. Mais je vois des lueurs de lumière, et j’espère que les choses s’améliorent, mais…

Pouvez-vous me dire de quoi il s’agit ? Parce que je constate que les choses empirent.

Peut-être pouvez-vous me dire si je me trompe – je pense qu’il y a des travaux qui commencent au Kotel ?

Il y a des travaux concrets [sur la plate-forme de prière pluraliste], mais le gouvernement n’applique que les parties de l’accord du mur Occidental qu’il a toujours dit vouloir appliquer. Mais ce sont les parties les plus substantielles de l’accord qui restent encore gelées. Et notre nouveau gouvernement sera plus ultra-orthodoxe, alors je ne vois pas les choses évoluer dans la bonne direction.

Des jeunes filles juives dans la section de prière pluraliste du mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 janvier 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Ce serait une question très sérieuse pour la diaspora juive, si cela entre en jeu. Pas sur le gouvernement – mais sur les politiques du gouvernement. Je veux dire, Israël a son propre système politique et élit ses gouvernements comme il le fait, mais cela ne veut pas dire que nous devons être d’accord avec ces politiques.

Allez-vous utiliser votre participation à la cérémonie de Yom HaAtsmaout pour attirer l’attention sur ce point ?

J’ai un court discours à faire, donc j’ai l’occasion avec les médias de parler à d’autres personnes. Mais même dans mon discours, je parle de tous les courants du judaïsme, alors quand vous entendrez mon discours, vous le saurez.

L’État d’Israël a déclaré qu’il voulait jouer un rôle dans la lutte contre l’antisémitisme mondial, en particulier à la suite de toutes les violences récentes. Quel rôle aimeriez-vous les voir jouer ?

Je pense que lorsque nous parlons d’antisémitisme, c’est un domaine très vaste. Il y a l’antisémitisme de droite, les nationalistes blancs, qui sont ceux qui ont attaqué notre synagogue de Pittsburgh et qui ont attaqué la synagogue de Poway.

Et puis il y a l’antisémitisme de l’extrême gauche, qui se manifeste en partie par des activités anti-Israël. Je pense donc qu’il y a différentes stratégies pour chacune d’elles, mais je pense aussi qu’il y a différentes raisons sous-jacentes. Et je ne prétends pas être un expert en antisémitisme. Mais je pense qu’il se passe beaucoup de choses.

Le sang coule de la lèvre d’un homme portant un tee-shirt avec des croix gammées après avoir été frappé par un manifestant devant un auditorium de l’Université de Floride où le nationaliste blanc Richard Spencer se préparait à parler, le jeudi 19 octobre 2017 à Gainesville, en Floride. (Will Vragovic/Tampa Bay Times via AP)

Certains parlent de la fracture entre les « nantis » et les « démunis ». D’autres parlent du fait que dans certaines parties des États-Unis ou de l’Europe, les gens ne comprennent même pas le judaïsme. Il suffit de regarder certains sondages, les recherches effectuées, et un grand nombre de personnes ne sont même pas au courant de la Shoah.

Nous avons juste un manque de connaissances là-bas, aussi. Ma question pour l’État d’Israël serait donc la suivante : y a-t-il un endroit stratégique où il serait logique que l’État d’Israël, ou les Israéliens, jouent un rôle où ils ajoutent vraiment de la valeur ? Je ne connais pas encore la réponse à ces questions, mais ce sont celles que j’aurais à poser.

Beaucoup de gens s’inquiètent des communautés situées entre Israël et les Etats-Unis. Où voyez-vous Israël et les Juifs américains dans 20 ans ?

Si vous demandez aux gens de mon bureau, ils vous diront que je n’aime généralement pas les plans stratégiques qui durent cinq ans parce que je pense que le monde change trop vite. Donc 20 ans, c’est comme une éternité. Donc c’est vraiment difficile.

Mais je pense que ce que nous devrions faire, c’est de ne pas laisser se produire des choses qui nous mèneront à une situation négative dans
20 ans. Nous devons faire ce qu’il faut maintenant pour réaliser la réalité à laquelle nous aimerions arriver. L’une des plus belles choses dont j’ai été témoin, ce sont les relations interpersonnelles que nous sommes capables d’établir entre Israéliens et Juifs de la diaspora.

Par conséquent, quelles que soient les politiques gouvernementales, nous devons nous assurer que les gens se connaissent, qu’ils entretiennent des relations les uns avec les autres et qu’ils se soucient les uns des autres. Je sais que ça n’a pas l’air très scientifique, mais j’ai vu que ça marchait. Voilà le genre de choses qui, à mon avis, font tomber les barrières et ne feront qu’aider à l’avenir.

Yaakov Schwartz et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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