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La France honore l’homme qui a fait avancer la cause palestinienne à la CPI

Le consul général à Jérusalem a donné l'Ordre national du mérite à Raji Sourani, qui a représenté de nombreux Gazaouis à La Haye et qu'Israël accuse d'être lié au Hamas

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le consul général français à Jérusalem  Rene Troccaz décore l'avocat palestinien des droits de l'Homme Raji Sourani de l'ordre national du mérite à l'institut français de Gaza, le 7 juillet 2021. (Crédit :  MOHAMMED ABED / AFP)
Le consul général français à Jérusalem Rene Troccaz décore l'avocat palestinien des droits de l'Homme Raji Sourani de l'ordre national du mérite à l'institut français de Gaza, le 7 juillet 2021. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

La France a remis l’Ordre du mérite – un éminent titre honorifique – à un avocat de Gaza qui a porté plainte à des dizaines de reprises contre Israël devant la Cour pénale internationale, à quelques jours d’une visite en Europe du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid.

Raji Sourani, 67 ans, est un avocat vivant au sein de l’enclave côtière, qui préside le Centre palestinien pour les droits de l’Homme (PCHR), a été promu chevalier de l’Ordre national du mérite français mercredi dernier.

La cérémonie, qui a été accueillie par le Consul français à Jérusalem, René Troccaz, a eu lieu au Centre culturel français de Gaza City.

« En tant que directeur du centre Palestinien pour les droits de l’Homme, vous avez contribué à l’accession de la Palestine au traité de Rome de la Cour pénale internationale », a écrit Toccaz dans un courrier adressé à Sourani avant la cérémonie, selon le PHCR. « Homme de paix, vous avez œuvré sans relâche en faveur de la justice et vous avez livré tous les efforts possibles en vue de la réconciliation ».

« Les dernières crises et tensions prouvent que le conflit israélo-palestinien va rester en tête de l’ordre du jour international et la France a pris plusieurs initiatives qui visent à promouvoir la solution à deux États et à souligner les principes de base du droit international », a déclaré le consul-général lors de la cérémonie.

Dans ses propos, Sourani a accusé Israël de cibler intentionnellement des civils et a promis de demander des comptes « aux criminels de guerre ».

Sourani a représenté des centaines de Palestiniens devant la CPI depuis 2009, accusant l’État juif de crimes de guerre.

Le PCHR a aussi soumis des observations en tant qu’amicus curiae à la chambre pré-procès de la CPI, en recommandant vivement à la Cour d’enquêter sur d’éventuels crimes de guerre commis en Cisjordanie et à Gaza.

« Cela fait plus de onze ans que le PCHR travaille sans faillir auprès de la CPI, », note le rapport annuel de l’organisation en 2019. « Ce travail s’est intensifié au cours des cinq dernières années après l’annonce par la Procureure publique d’une enquête préliminaire, au mois de janvier 2015. A partir de 2020, le PHCR a décidé d’employer toutes ses ressources et toute son énergie dans cette trajectoire. »

Dans un communiqué émis sur son site internet, en février 2020, le ministère des Affaires étrangères israélien avait accusé Sourani d’entretenir des « liens étroits » avec le Hamas et le PHCR d’être impliqué dans les manifestations violentes soutenues par le Hamas qui ont eu lieu à la clôture frontalière avec Israël.

La procureure Fatou Bensouda, (au centre), et le procureur-adjoint James Stewart, (à droite), lors de la première audience du chef de la fédération de football de la république centrafricaine Patrice-Edouard Ngaissona à la Cour Pénale Iinternationale de La Haye, aux Pays-bas, le 25 janvier 2019. (Crédit : Koen Van Well/Pool photo via AP)

Le site du ministère des Affaires étrangères avait aussi noté que Jaber Wishah, vice-directeur du PHCR jusqu’en 2017, avait dirigé l’aile militaire du Front de Libération de la Palestine en Cisjordanie et qu’il avait écopé de deux peines de prison à vie pour terrorisme et tentative de meurtre. Il avait été libéré en 1999.

Sourani a fondé le PCHR en 1995. Il s’est rendu célèbre pour sa défense de Palestiniens devant les tribunaux militaires israéliens. Il avait affirmé, dans le passé, avoir subi des violences morales et physiques de la part des autorités israéliennes au cours de détentions répétées.

Sourani avait remporté le Prix des droits de l’Homme Robert F. Kennedy en 1991 aux côtés d’Avigdor Feldman, un avocat israélien spécialisé dans la défense des droits de l’Homme.

« Il est perturbant que la France attribue un tel honneur à un individu qui plaide ouvertement contre l’État d’Israël devant la Cour pénale internationale et qui a été condamné pour son implication dans le terrorisme dans le passé », a commenté Olga Deutsch, vice-présidente de NGO Monitor, une organisation pro-israélienne.

Des Palestiniens prient à côté des corps des membres des brigades Ezzedine Al-Qassam, aile armée du Hamas, morts pendant le bombardement d’un tunnel, lors de leurs funérailles à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 mai 2021. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

« Ce n’est malheureusement pas la première fois que la France fait quelque chose comme ça. En 2018, la France avait remis son prix des droits de l’Homme à Shawan Jabarin, chef d’Al-Haq, qui est l’un des plus éminents porte-paroles de la politisation des droits de l’Homme et de la diabolisation d’Israël à l’international ».

L’Ordre national du mérite reconnaît « des actes de dévouement, de bravoure, de générosité, de réels mérites ou un engagement mesurable au service des autres ou de la France, » note la Grande chancellerie de la Légion d’Honneur.

La Légion d’Honneur est la seule distinction française supérieure à l’Ordre national du mérite.

L’ancienne procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a annoncé le 3 mars qu’elle ouvrait une enquête sur les actions commises par Israël et par les Palestiniens en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est depuis le 13 juin 2014. Cette annonce de l’enquête est survenue moins d’un mois après que le tribunal a jugé avoir les compétences nécessaires pour mener de telles investigations. L’enquête préliminaire visant à déterminer les compétences de la CPI à enquêter sur le dossier avait duré plus de cinq ans.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken (non vu) à Rome, le 27juin 2021.(Crédit : Andrew Harnik/AP)

Le nouveau ministre des Affaires étrangères Lapid doit se rendre à Bruxelles pour la première fois lundi. Il participera à une réunion de travail avec 27 de ses homologues européens. Les experts s’attendent à ce que l’État juif et la France travaillent à réparer leurs relations après des liens houleux au cours du mandat du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

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