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La guerre au Yémen aura fait 377 000 morts d’ici la fin 2021, selon l’ONU

"En 2021, un enfant yéménite de moins de cinq ans meurt toutes les neuf minutes en raison du conflit", selon le Programme des Nations unies pour le développement

Une employée médicale examine un enfant yéménite souffrant de malnutrition, dans un centre de traitement de la province de Hajjah, dans le nord du Yémen, le 5 juillet 2020. (ESSA AHMED / AFP)
Une employée médicale examine un enfant yéménite souffrant de malnutrition, dans un centre de traitement de la province de Hajjah, dans le nord du Yémen, le 5 juillet 2020. (ESSA AHMED / AFP)

La guerre du Yémen, qui dure depuis sept ans, aura causé la mort de 377 000 personnes, victimes directes et indirectes du conflit, d’ici la fin de l’année 2021, a indiqué mardi l’ONU dans un rapport.

Près de 60 % des décès, soit environ 227 000 personnes, sont dus aux conséquences indirectes du conflit, telles que le manque d’eau potable, la faim et les maladies, selon ce document du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Cela signifie selon ces estimations que les combats auront fait 150 000 morts à la fin de cette année.

Le conflit oppose les rebelles Houthis soutenus par l’Iran aux forces du gouvernement yéménite, appuyées depuis 2015 par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite.

Sept années de guerre ont eu « des effets catastrophiques sur le développement de la nation », souligne le PNUD selon qui « l’accès aux soins de santé est limité ou inexistant » et « l’économie est sur le point de s’effondrer ».

La plupart des victimes indirectes sont des « enfants particulièrement vulnérables à la malnutrition et la sous-nutrition », explique le PNUD.

« En 2021, un enfant yéménite de moins de cinq ans meurt toutes les neuf minutes en raison du conflit », est-il écrit.

Un enfant yéménite souffrant de malnutrition est mesuré dans un centre de traitement dans la province de Hajjah, dans le nord du Yémen, le 5 juillet 2020. (ESSA AHMED / AFP)

Pire catastrophe humanitaire

Selon le PNUD, « 1,3 million de personnes » sont menacées de mort si un accord de paix n’était pas conclu d’ici 2030.

« Une proportion croissante de ces décès se produira… en raison des conséquences indirectes de la crise sur les moyens de subsistance, les prix des denrées alimentaires et la détérioration des services de base, tels que la santé et l’éducation », est-il indiqué.

L’escalade des combats, y compris les batailles de chars et les bombardements réguliers par des avions et des drones, a détruit dans certaines zones même les infrastructures les plus élémentaires, poursuit le rapport.

Des millions de personnes sont au bord de la famine, les deux tiers des Yéménites dépendant de l’aide humanitaire, selon l’ONU.

« Le Yémen est la pire et la plus grande catastrophe humanitaire au monde, et cette catastrophe continue de s’aggraver », a rappelé l’ONU et « plus de 80 % de la population » d’environ 30 millions d’habitants « a besoin d’une aide humanitaire ».

Des « millions de Yéménites continuent de souffrir du conflit, pris au piège de la pauvreté, avec peu de possibilités de trouver un travail et un moyen de subsistance », a déclaré Achim Steiner, administrateur du PNUD.

L’organisation avait déjà rappelé que le niveau de développement du Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, avait reculé de deux décennies en raison du conflit.

Des membres de tribus loyales aux rebelles houthis lèvent leurs armes pendant une manifestation contre l’accord de normalisation conclu entre Israël et les Émirats arabes unis, à Saana, au Yémen, le 22 août 2020. (Crédit : AP/Hani Mohammed, File)

Intensification des combats

Le PNUD espérait que le pays puisse atteindre le « statut de revenu intermédiaire d’ici 2050 » si la guerre s’arrêtait immédiatement, mais sur le terrain peu de signes semblent aller dans ce sens.

Ces dernières semaines, les combats se sont intensifiés sur plusieurs fronts. Des sources proches des Houthis affirment que près de 15.000 de leurs combattants ont été tués depuis le seul mois de juin près de Marib, dernier bastion majeur du gouvernement dans le nord riche en pétrole.

Dans le camp loyaliste, plus de 1 200 combattants ont été tués dans cette zone au cours de la même période, ont indiqué deux responsables militaires à l’AFP.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’est dit mardi « extrêmement inquiet de la sûreté et de la sécurité des civils dans la province de Marib, notamment des déplacés », estimés à « un million ».

« Plus de 40 000 personnes ont dû fuir Marib depuis septembre », a déclaré à Genève la porte-parole du HCR, Shabia Mantoo, selon qui « de nombreux nouveaux déplacés souffraient de diarrhée aiguë, de malaria et d’infections respiratoires aiguës ».

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a indiqué dans un rapport mercredi « avoir vu autant de détresse à Marib ces deux derniers mois que ces deux dernières années ». Selon l’OIM, les nouvelles arrivées dans les 137 camps de déplacés de la province ont presque été multipliées par dix depuis septembre.

« Nous voyons parfois jusqu’à 40 personnes obligées de partager la même tente », déplore Christa Rottensteiner, cheffe de mission de l’OIM pour le Yémen.

Sur un autre front de la guerre, les Houthis ont pris mi-novembre le contrôle d’une vaste zone au sud de Hodeida, une ville portuaire stratégique de l’ouest essentielle pour l’acheminement de l’aide humanitaire.

« Il n’y a pas de solution militaire durable au conflit au Yémen », a déclaré l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, selon un communiqué.

« Tous les belligérantes doivent désamorcer la violence et donner la priorité aux intérêts des civils plutôt qu’aux victoires militaires », a-t-il indiqué à l’issue d’une tournée régionale, qui comprenait des visites en Arabie saoudite et en Iran.

L’émissaire de l’ONU a également déclaré selon le communiqué que les récents développements, y compris la bataille en cours pour la ville stratégique de Marib, ont eu des effets d’entraînement à travers le Yémen, le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

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