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La police enquête sur une allégation d’agression sexuelle contre le rabbin Zvi Tau

"Il a utilisé son pouvoir et son image pour commettre des abus", a déclaré Nechama Téeena dans une interview télévisée, plusieurs mois après avoir accusé publiquement Zvi Tau

Le rabbin Zvi Tau participant à une marche à Jérusalem contre les réformes de la conversion et du contrôle de la casheroute, à Jérusalem, le 30 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le rabbin Zvi Tau participant à une marche à Jérusalem contre les réformes de la conversion et du contrôle de la casheroute, à Jérusalem, le 30 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La police a ouvert une enquête suite à une plainte pour agression sexuelle déposée contre un éminent rabbin ultra-conservateur, alors que l’une de ses accusatrices a détaillé les allégations dans une interview télévisée diffusée jeudi.

La révélation de l’enquête, qui a été largement rapportée par les médias israéliens, est intervenue après que plusieurs personnalités nationalistes religieuses de premier plan ont appelé à enquêter sur les allégations portées contre le rabbin Zvi Tau, 85 ans, qui dirige l’influente yeshiva Har Hamor à Jérusalem et est le chef spirituel de la faction politique ultra-conservatrice Noam.

Nechama Téena, une habitante de l’implantation juive de Hébron, a fait part pour la première fois de ses allégations à l’encontre de Tau en août, lorsqu’elle avait publié un message sur Facebook dans lequel elle affirme qu’il y a 30 ans, alors qu’elle n’avait que 8 ans, Tau a commis des agressions sexuelles « continues » à son encontre.

Dans son message du mois d’août, Téena avait affirmé qu’elle s’était adressée à la police et aux médias, mais que la garde rapprochée de Tau avait réussi à étouffer l’affaire.

Ces dernières semaines, elle a organisé de petites manifestations devant la Knesset, accusant Tau de l’avoir violée, elle et d’autres personnes, et exigeant de savoir pourquoi la police israélienne refuse d’enquêter.

Ses accusations ont été largement ignorées par les médias traditionnels jusqu’à cette semaine, lorsque plusieurs rabbins éminents ont publiquement demandé que les allégations contre Tau soient examinées.

S’adressant à la Douzième chaîne, Téena a déclaré qu’il était important pour elle de parler ouvertement.

« Après des années passées à porter en moi le poids de cette grave agression sexuelle, j’ai décidé de faire entendre ma voix », a-t-elle déclaré.

Nehama Téena s’adressant à la Douzième chaîne au sujet des allégations selon lesquelles Zvi Tau, un éminent rabbin ultra-conservateur, aurait abusé d’elle sexuellement depuis ses 8 ans. (Crédit : La Douzième chaîne)

Selon Téena, Tau était souvent présent dans sa famille.

« Il m’a traînée dans un endroit et m’a fait du mal plusieurs fois – pas seulement quand j’étais une petite fille, mais même après que je me sois mariée et que je sois devenue mère, il a continué à le faire », a-t-elle déclaré.

« J’ai essayé de demander de l’aide de différentes manières, mais je ne savais pas comment m’exprimer à l’époque », a-t-elle dit, ajoutant qu’une fois, alors qu’elle avait 10 ans, elle avait essayé d’appeler la police.

Téena a déclaré qu’elle avait subi d’énormes pressions de la part de son entourage pour qu’elle garde ses allégations sous silence, beaucoup rejetant ses affirmations, Tau étant un éminent et puissant rabbin.

« Il a utilisé son pouvoir et son image pour commettre des abus. »

Elle a également déclaré que c’était une « victoire » de pouvoir maintenant parler publiquement « pour dire au monde qui il est réellement ».

Les commentaires de Téena ont été rapportés un jour après que le rabbin David Stav, grand rabbin de Shoham et président de Tzohar, a appelé Tau à coopérer à toute enquête.

« Tous ceux qui sont liés à ce rabbin devraient vouloir que la vérité éclate », a-t-il déclaré à la radio 103FM.

Stav a également rejeté les affirmations des associés de Tau selon lesquelles Téena n’est pas un témoin fiable parce qu’elle souffrirait de problèmes de santé mentale – notant que même si tel est le cas, cela n’invalide en rien la nécessité d’enquêter sur ces allégations.

Son fils, Avraham Stav, lui-même rabbin éminent associé à Tzohar et enseignant à la yeshiva Har Etzion en Cisjordanie, a déclaré mercredi qu’il s’était également entretenu avec plusieurs femmes qui ont accusé Tau d’agression sexuelle, tout comme le rabbin Yuval Cherlow, directeur du centre d’éthique juive de l’organisation rabbinique Tzohar.

Tau a plusieurs fois défendu publiquement des personnalités accusées, et même condamnées, d’agressions sexuelles et de viols. En 2011, il avait signé une lettre soutenant le violeur condamné et l’ancien président Moshe Katsav, et l’année dernière, il a publiquement critiqué le rabbin Shmuel Eliyahu, le grand rabbin de Safed, pour avoir poursuivi de multiples allégations d’abus sexuels contre l’auteur Chaim Walder, affirmant que les accusations n’étaient « que du bluff » et que de tels crimes n’avaient pas eu lieu.

Le rabbin Zvi Tau, en 2018. (Autorisation)

La faction politique ultra-conservatrice Noam, dont Tau est le chef spirituel, s’est présentée avec le parti d’extrême-droite HaTzionout HaDatit aux dernières élections législatives. La principale préoccupation de Noam est de s’opposer aux droits de la communauté LGBT et à la « destruction de la famille ».

Avant les élections, le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, avait personnellement rencontré Tau pour convaincre Noam de se présenter sur une liste commune avec HaTzionout HaDatit, car l’ancien Premier ministre craignait que les voix de droite ne soient perdues si le parti se présentait indépendamment et ne parvenait pas à franchir le seuil électoral.

Le seul député de Noam sur la liste du parti HaTzionout HaDatit, Avi Maoz, avait recommandé que Netanyahu soit chargé de former le prochain gouvernement, lors de la réunion de la faction, jeudi, avec le président Isaac Herzog.

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