Le « Birthright » de jeunes Russes au cœur d’un nouveau court-métrage israélien
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Le « Birthright » de jeunes Russes au cœur d’un nouveau court-métrage israélien

La réalisatrice Inbar Horesh offre un aperçu bref mais éloquent des questions liées à la judéité que se posent les visiteurs qui rencontrent des soldats venus de leur pays natal

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Dans « Birth Right », le nouveau court-métrage de 24 minutes d’Inbar Horesh, la réalisatrice se plonge dans l’immigration russe en Israël et dans les complexités de l’identité juive, tout en adoptant un regard critique sur Taglit-Birthright Israel, une organisation qui parraine des voyages gratuits de dix jours au sein de l’État juif pour les jeunes adultes.

Inspiré par l’histoire vraie de l’actrice au centre du film, Natasha Olshanskaya, le court-métrage se déroule au cours d’un voyage de Birthright rassemblant de jeunes Russes qui, au cours d’un déplacement en bus, s’arrêtent pour la nuit dans le désert israélien où ils rencontrent deux soldats de Tsahal qui, comme eux, sont d’origine russe.

Les jeunes filles du groupe se pavanent et flirtent avec eux, mais une autre, Natasha, silencieusement aux prises avec une querelle qui l’a opposée à sa mère dans son pays natal, se lie au plus timide des deux militaires. C’est ce lien naissant qui va aider à dérouler le fil de l’histoire finalement vécue par tous ces Russes – dont un grand nombre n’entretiennent pas de relations fortes avec le judaïsme ou avec Israël – qui finissent par vivre au sein de l’État juif, faisant leur service militaire dans l’armée.

Il y a un sentiment d’authenticité profonde dans ce film. Les personnages, qui sont tous interprétés par des Russophones, livrent des facettes d’une histoire qu’ils ont vécue eux-mêmes – eux ou leurs familles – lors de leur arrivée sur ce territoire si éloigné de leur pays natal. Ils y sont attirés, que ce soit par les soldats russes israéliens au corps parfait ou par la brise chaude des hivers israéliens.

Pour la réalisatrice, c’est sa rencontre fortuite avec Olshanskaya qui lui a révélé l’histoire d’une jeune femme seule en Israël, en cours de conversion au judaïsme.

Nataliya Olshanskaya, personnage principal dont l’histoire personnelle a inspiré « Birthright », court-métrage d’Inbar Horesh, qui se concentre sur le nationalisme israélien. (Autorisation : ‘Birth Right’ PR)

« Ce qui m’a surprise en tant qu’Israélienne, c’est qu’elle n’était pas juive du tout, qu’elle n’avait pas grandi en étant juive, que cela ne faisait pas partie de sa vie et pourtant, elle est venue ici », explique Horesh, qui se dit peu familière des questions politiques et religieuses plus larges sur ce que signifie l’identité juive au regard des lois israéliennes sur l’immigration.

La cinéaste a aussi appris l’existence des voyages Taglit en Israël pour les Russes, notamment des initiatives visant à présenter les visiteurs à des soldats israéliens. Elle dit aussi avoir remarqué l’attention particulière qui est portée au fait de privilégier les rencontres entre ces jeunes visiteurs russes d’origine juive et des Israéliens issus du même milieu, dans le but de créer une relation amoureuse.

‘Birth Right,’ un court-métrage réalisé par Inbar Horesh qui met en lumière les questions d’identité juive russe et d’identité israélienne. (Autorisation : PR)

Horesh avait écrit la première version de son synopsis dans la soirée qui avait suivi sa première rencontre avec Olshanskaya, mais elle avait ensuite élargi ses recherches, rejoignant un voyage Taglit et interrogeant des gens qui avaient pris part à l’un de ces voyages ou des membres de l’organisation.

Si elle avait eu le sentiment que le script initial était adapté à un court-métrage, elle a réalisé plus tard que l’histoire, vaste et riche, pourrait donner lieu à un long-métrage dans un second temps.

« Cette histoire m’a saisie », dit Horesh. « Elle m’a personnellement émue parce que je n’ai jamais eu le sentiment d’appartenir au récit israélien – ce sentiment que nous avons été choisis et que pourtant, nous sommes des étrangers dans ce monde, ce qui est le paradoxe même de notre roman national ».

La réalisatrice tenait à travailler avec des Russophones et, pendant les auditions, elle a commencé à entendre les histoires des acteurs eux-mêmes.

Olshanskaya, qui a inspiré le script et qui joue le personnage principal, n’était pas une actrice et avait tout d’abord refusé de passer une audition pour le rôle. Après avoir finalement accepté et après la réalisation du film, elle a commencé des études de comédie.

Horesh travaille maintenant sur un long-métrage avec certains des mêmes personnages aux prises avec les mêmes questions d’identité.

Inbar Horesh, dont le dernier film, ‘Birth Right,’ se penche sur les questions des identités juive et juive israélienne dans la communauté russe. (Autorisation : Inbar Horesh)

« J’ai eu le sentiment, pendant toutes mes recherches pour le film, que j’étais en train de préparer le terrain pour un long-métrage », explique Horesh. « Il y a une histoire colossale. Avec le court-métrage, je n’ai fait que toucher du doigt le sujet et avec un film plus long, je vais pouvoir m’y plonger réellement ».

Horesh a fait des études de réalisation de film à la Minshar Film Academy, où elle est elle-même enseignante en la matière depuis quatre ans. Son film lauréat de fin d’études, « The Visit », qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes et de celle de la Cinéfondation en 2014, a été projeté dans plus de cinquante festivals et été nommé aux Ophirs.

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