Le bras droit de Khalifa Haftar appelle Israël à l’aide dans Makor Rishon
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Le bras droit de Khalifa Haftar appelle Israël à l’aide dans Makor Rishon

Abd al-Salam al-Badri, vice-Premier ministre du gouvernement de l'Est, s'insurge contre la Turquie qui veut contrôler le gaz naturel en Méditerranée et exhorte Israël à s'y opposer

Les forces loyales au gouvernement d'union nationale libyen (GNA - Government of National Accord), le 18 avril 2019, après avoir pris le contrôle de la région d'al-Aziziyah, située à quelque 40 kilomètres au sud de la capitale libyenne Tripoli, à la suite d'affrontements féroces avec les forces loyales à l'homme fort Khalifa Haftar. (Mahmoud TURKIA / AFP)
Les forces loyales au gouvernement d'union nationale libyen (GNA - Government of National Accord), le 18 avril 2019, après avoir pris le contrôle de la région d'al-Aziziyah, située à quelque 40 kilomètres au sud de la capitale libyenne Tripoli, à la suite d'affrontements féroces avec les forces loyales à l'homme fort Khalifa Haftar. (Mahmoud TURKIA / AFP)

Dans une rare interview accordée à un journal israélien, un haut responsable libyen du gouvernement rebelle basé à l’Est a appelé Israël à l’aide dans ce qui constitue le dernier signe de la diminution du tabou anti-Israël dans la politique arabe.

« Nous n’avons jamais été et ne serons jamais des ennemis, et nous espérons que vous nous soutiendrez. Ce ne sont que des circonstances qui nous ont séparés jusqu’à présent », a déclaré Abdul Salam al-Badri au journal israélien Makor Rishon, dans des extraits d’une interview.

Le journal, associé au camp sioniste religieux d’Israël, a déclaré que M. al-Badri, qui est vice-Premier ministre du gouvernement affilié à l’homme fort qu’est le maréchal Khalifa Haftar, a donné l’interview depuis Benghazi. Il n’a donné aucun autre détail.

Israël n’a pas de relations officielles avec la Libye, qui était un fervent défenseur de la cause palestinienne, en particulier sous le dictateur Mouammar Kadhafi, qui a été renversé en 2011.

La Libye est dans la tourmente depuis 2011, date à laquelle une guerre civile a renversé le dictateur de longue date Kadhafi, qui a ensuite été tué. Le pays s’est depuis divisé entre des administrations rivales à l’est et à l’ouest, chacune soutenue par des groupes armés et des gouvernements étrangers. Le gouvernement d’unité nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par les Nations unies, est toujours en place à Tripoli.

Le dirigeant libyen Marshall Khalifa Haftar, (au centre) à l’issue d’une conférence internationale sur la Libye au Palais de l’Elysée, à Paris, le 29 mais 2019. (Crédit : AP/Francois Mori)

Haftar, qui a lancé une offensive visant à prendre Tripoli l’année dernière, est soutenu par les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Russie, tandis que les milices basées à Tripoli sont aidées par le Qatar, l’Italie et la Turquie.

Israël a évité de prendre une position publique sur la guerre, malgré les allégations d’implication israélienne en coulisses. Cependant, Israël est largement considéré comme étant aligné sur l’Égypte et les États du Golfe.

M. Al-Badri a souligné la récente intensification de l’intervention de la Turquie, dans son appel à Israël.

« [Le président turc Recep Tayyip] Erdogan n’est pas seulement fou. Il est également l’ami de l’émir corrompu du Qatar et a engagé des milliers de mercenaires syriens, tout cela au nom de la prise de contrôle des gisements pétrolifères de la Libye », a-t-il déclaré.

Avec le soutien militaire de la Turquie, les forces basées à Tripoli ont pris le dessus après avoir repris l’aéroport de la capitale, tous les principaux points d’entrée et de sortie de la ville et une série de villes clés près de Tripoli au cours des dernières semaines.

« Nous partageons un intérêt commun. Erdogan est un terroriste, et nous sommes tous les deux du même côté. Il serait idiot de notre part d’ignorer cela », a déclaré M. al-Badri.

Les relations autrefois bonnes entre Israël et Ankara sont devenues tendues au cours de la dernière décennie, mais les deux pays maintiennent toujours des relations diplomatiques malgré les tensions actuelles, notamment en ce qui concerne le gaz naturel dans la région.

Des journalistes marchent à côté du navire de forage « Yavuz » qui partira à la recherche de pétrole et de gaz au large de Chypre, dans le port de Dilovasi, près d’Istanbul, le 20 juin 2019. (Bulent Kilic/AFP)

En Libye, la Turquie cherche non seulement à repousser ses ennemis régionaux, mais aussi à assurer le succès d’un accord pétrolier et gazier lucratif avec le gouvernement d’Al-Sarraj à Tripoli. L’accord pétrolier maritime Turquie-Libye en Méditerranée orientale, accorde à la Turquie des droits de forage pour le pétrole et le gaz dans une vaste zone de la Méditerranée, malgré les objections de la Grèce, de Chypre et de l’Égypte. La Turquie a déclaré qu’elle commencerait à explorer les ressources naturelles de cette région dans les mois à venir.

Al-Badri a appelé Israël à se joindre à ces nations pour signer un accord maritime commun.

Ces dernières années, Israël s’est imposé comme un acteur majeur dans le domaine du gaz naturel, en formant avec l’Égypte, la Grèce et Chypre le Forum gazier de la Méditerranée orientale. Le bloc considère l’accord entre Ankara et Tripoli comme une menace pour leurs droits maritimes.

M. Al-Badri a fait l’éloge de la communauté juive historique de Libye, qu’il a décrite comme laissant un héritage de tolérance, et a déclaré que son gouvernement était favorable à une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien.

« Tout au long de l’histoire, nous avons servi de refuge à des personnes de toutes confessions. Nous avons une longue histoire de relations avec le peuple d’Israël et la communauté juive », a-t-il déclaré.

Bien que la communauté juive libyenne soit vieille de plusieurs milliers d’années, la plupart des Juifs ont fui le pays en 1949 dans un contexte d’antisémitisme croissant après la création d’Israël. Les pogroms successifs contre les Juifs dans le pays et les lois limitant les libertés civiles des Juifs ont encouragé encore davantage à émigrer. Lorsque Kadhafi est arrivé au pouvoir dans les années 1960, il n’en restait quasiment plus.

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