Le chef de Raam jure de « récupérer les terres expropriées » des Arabes israéliens
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Le chef de Raam jure de « récupérer les terres expropriées » des Arabes israéliens

Avant le vote à la Knesset, Mansour Abbas a promis de lutter contre la violence dans la communauté arabe ; la Liste arabe unie a fustigé les politiques "de droite" de l'alliance

Le leader de Raam  Mansour Abbas s'exprime devant la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)
Le leader de Raam Mansour Abbas s'exprime devant la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Mansour Abbas, leader de Raam – formation islamiste dont le soutien a notamment permis au nouveau « gouvernement du changement » d’obtenir la majorité – a promis de récupérer les terres en Israël dont les Arabes israéliens ont été « expropriés ».

« Nous récupérerons les terres dont notre peuple a été exproprié, c’est une cause nationale de la plus haute importance », a déclaré Abbas en arabe avant son discours prononcé en séance plénière de la Knesset, dimanche dans la soirée.

S’exprimant en hébreu pour la fin de sa prise de parole, Abbas a noté que « nous venons de différentes nations, avec différentes religions, nous venons de secteurs différents. Il y a un élément qui unit tous les citoyens d’Israël : c’est la citoyenneté ».

Abbas a rejeté certaines accusations de la droite qui avait affirmé que le nouveau gouvernement avait « vendu le sud d’Israël » à son parti.

« Personne n’a vendu le sud du pays à Raam, il reste dans l’État d’Israël », a continué Abbas. « Les citoyens du sud sont des citoyens de l’État d’Israël. Il y a un désaccord concernant la propriété des terres – ce qui arrive dans tous les pays modernes aux prises avec une situation comme celle-ci ».

L’accord de coalition qui a été signé entre Raam et Yesh Atid comprend la reconnaissance officielle de trois communautés bédouines du sud du pays ainsi que la prolongation du gel de la Loi Kaminitz — qui sanctionne les constructions illégales – jusqu’à la fin de l’année 2024.

Abbas a aussi souligné que son parti chercherait à prendre en charge le problème de la violence et du crime au sein de la population arabe israélienne.

« La violence et le crime organisé représentent un grave danger qui plane sur nos vies et la valeur la plus précieuse, selon nous, c’est la valeur de la vie humaine. Comment pouvons-nous affirmer être patriotes alors même que nous sommes incapables de protéger les enfants de notre nation ? », a-t-il interrogé.

« Nos souffrances ont duré trop longtemps. Nous devrons dorénavant avancer dans cette voie », a poursuivi Abbas.

Abbas a indiqué que sa formation œuvrera à « prôner un dialogue qui permettra de mettre en place de nouvelles relations, des relations meilleures et raisonnées, entre tous les citoyens de l’État d’Israël : Juifs et Arabes ». Le leader de Raam a précisé que rejoindre la coalition « est un moyen de tous nous rapprocher au niveau national et au niveau religieux, et cela nous permettra de prendre part à un dialogue qui aidera à mieux nous comprendre les uns des autres, à ne plus voir un ennemi dans l’autre ».

Le chef de la Liste arabe unie Ayman Odeh prend la parole en séance plénière de la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh, dont l’alliance n’a pas apporté son soutien à la nouvelle coalition, a qualifié cette dernière de « mauvais gouvernement ».

« Aujourd’hui, beaucoup de gens dans le pays sont heureux et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi », a-t-il déclaré. « Il y a de quoi se réjouir, mais la complaisance n’a pas pour autant sa place ici ».

Odeh a déploré que les ministères de l’Intérieur, de la Justice et des Finances aient été confiés à des représentants de « la droite extrême » – Ayelet Shaked (Yamina), Gideon Saar (Tikva Hadasha), et Avigdor Liberman (Yisrael Beytenu) respectivement.

« Nous sommes en quête d’un type différent de coopération entre Juifs et Arabes, une coopération basée sur la paix, l’égalité, la démocratie, la justice sociale – des éléments qui sont absents de ce gouvernement », a ajouté Odeh.

Avant sa prestation de serment au poste de ministre de la Santé au sein du nouveau gouvernement, Nitzan Horowitz, le leader du Meretz, a dit dans son discours que la participation de Raam à la coalition « est une réponse apportée au racisme, à tous ceux qui ont commis des violences et qui veulent désigner tous les Arabes de ce pays comme des ennemis ». Cette présence du mouvement arabe « est une bonne nouvelle pour tous ceux qui croient en la coopération arabe et juive, une coalition qui a même sa place dans les couloirs de la Knesset et au sein du gouvernement ».

Nitzan Horowitz, chef du Meretz, s’exprime devant la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit :Noam Moskowitz/Knesset)

Ahmad Tibi, parlementaire élu sous l’étiquette de la Liste arabe unie, a averti que le nouveau gouvernement serait encore plus à droite que la coalition qu’il vient remplacer.

« Quelque chose de bien est arrivé aujourd’hui » et plus précisément le départ du pouvoir de Netanyahu après des années de « division » et de « haine » à l’égard des Arabes israéliens, a dit Tibi.

« Mais l’alternative qui nous est offerte est de droite, encore plus à droite. J’ai entendu le Premier ministre désigné qui a évoqué le renforcement des colonies. Il a parlé de régulations et de souveraineté dans le sud », a ajouté Tibi, qui a déclaré que les Arabes israéliens savaient très bien que ces deux mots étaient des euphémismes pour évoquer des projets qui porteront préjudice à la communauté bédouine du sud d’Israël.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, ancien partenaire de coalition de Netanyahu, et malgré l’animosité qui règne entre les deux hommes, a remercié ce dernier pour ses contributions à Israël.

« C’est notre tour dorénavant », a dit Gantz.

Le député du Parti sioniste religieux brandit des photos de victimes du terrorisme pendant le discours prononcé par le Premier ministre désigné Naftali Bennett à la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Noam Moskowitz/Knesset)

Le discours prononcé antérieurement à la Knesset par le Premier ministre désigné Naftali Bennett, avant le vote qui l’a confirmé à ses fonctions, a été perturbé à maintes reprises par des cris et des interruptions – entraînant l’expulsion de plusieurs députés en raison de leur comportement.

Alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole, Bennett a été violemment interpellé par le dirigeant du parti Sioniste religieux Bezalel Smotrich qui a brandi des photos de victimes du terrorisme en hurlant « Vous devriez avoir honte ! » aux côtés d’autres membres de sa faction.

Smotrich et plusieurs autres législateurs du Parti sioniste religieux ont alors été expulsés de la Knesset pour avoir contrevenu à la règle qui interdit d’utiliser des panneaux ou des pancartes au sein du parlement. Le discours de Bennett a été émaillé d’invectives et de vociférations et le Premier ministre désigné a été traité « d’escroc », de « menteur » et de « voleur de votes ».

Le président sortant de la Knesset, Yariv Levin (Likud) a mis en garde de manière répétée les députés contre une éventuelle expulsion de la salle s’ils ne cessaient pas leurs perturbations. Des législateurs du Likud et de Shas ont aussi été sortis de la séance plénière pour la même raison.

Dans le chahut, pendant le discours de leur père, les enfants de Bennett, qui se trouvaient dans la galerie de la Knesset, ont fait des cœurs avec leurs doigts pour transmettre un message de soutien au Premier ministre désigné.

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