Le chef des Renseignements met en garde contre les écarts croissants entre Israël et ses voisins
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‘Quand votre quartier se détériore, la valeur de votre maison ne monte pas’

Le chef des Renseignements met en garde contre les écarts croissants entre Israël et ses voisins

A la conférence d’Herzliya, Herzi Halevy décrit un Israël fort et puissant dans un Moyen Orient instable

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le général Herzi Halevy, chef des Renseignements militaires, pendant la conférence d'Herzliya, au centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 15 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)
Le général Herzi Halevy, chef des Renseignements militaires, pendant la conférence d'Herzliya, au centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 15 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)

Depuis le Printemps arabe de 2011, Israël est devenu plus fort, plus stable et plus riche que ses voisins. Mais ce n’est pas forcément quelque chose dont il faut être fier ; c’est quelque chose qui devrait être inquiétant, selon le chef des Renseignements militaire, le général Herzi Halevy.

Pendant un discours prononcé mercredi à la conférence d’Herzliya, Halevy a utilisé un mot-valise pour décrire un Moyen Orient dynamique : mishtarkev, composé des mots hébreux mishtaper, amélioration, et murkav, complexe.

Son discours présentait une vue générale de la région, mais n’a révélé aucune information qui n’avait pas déjà été révélée par l’armée israélienne. Il a abordé la guerre civile syrienne, les ambitions nucléaires de l’Iran, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, le terrorisme en Cisjordanie, et le groupe Etat islamique.

Chacune de ces menaces existe depuis des années, mais une des sources de préoccupations qu’a abordées Halevy était les écarts croissants entre Israël et ses voisins.

D’une part, le statut de démocratie forte et stable d’Israël au Moyen Orient est quelque chose qui doit être chéri, et pas oublié.

Le général Herzi Halevy (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)
Le général Herzi Halevy (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)

« Peut-être à cause de l’Holocauste, nous portons un sentiment de persécution, a-t-il déclaré. Mais autour de nous, nous sommes perçus comme une figure forte, combative, inattendue et compétente. C’est quelque chose qu’il est important pour nous de préserver. »

Mais d’autre part, bien qu’Israël soit stable, ses voisins ne le sont pas. Et cela n’augure rien de bon pour l’Etat juif. Les troubles économiques peuvent faire germer l’extrémisme religieux et le terrorisme, a prévenu le chef des Renseignements militaires.

« Il y a un fossé entre nous et tout le monde autour de nous, et ce fossé s’agrandit », a déclaré Halevy.

« Si vous regardez le produit intérieur brut [PIB] par habitant, en Israël nous sommes proches des 40 000 shekels [environ 9 500 euros]. Autour de nous, il y a des pays dont le PIB est cinq fois moins élevé que le nôtre, sept fois moins élevé, dix fois moins et même 20 fois moins », a déclaré Halevy.

« Cela ne devrait pas nous rendre fier, cela devrait nous inquiéter, a-t-il dit. Quand votre quartier se détériore, la valeur de votre maison n’augmente pas. »

En ce qui concerne le terrorisme, pas seulement en Israël mais dans le monde entier, Halevy a pointé du doigt internet et les autres technologies qui rendent plus facile pour certains individus de mener des attaques sans avoir à rejoindre des organisations extrémistes.

« Vous n’avez pas besoin de posséder une grande chaîne d’hôtels pour louer une chambre sur Airbnb », a déclaré Halevy en faisant référence au populaire site de location. « Vous n’avez pas non plus besoin d’appartenir à une grande organisation terroriste pour mener un attentat terroriste. »

Comme cela a pu être vu dans les attentats à Orlando, à Tel Aviv, à Paris, en Turquie, et ailleurs dans le monde, l’Etat islamique est rapidement devenu une force dominante du terrorisme international, chaque attentat inspirant le prochain, a déclaré Halevy.

L’Etat islamique est le « mauvais dans le monde, l’Amalek de 2016 », a-t-il déclaré, utilisant le nom d’une tribu biblique vue comme l’incarnation du mal.

La troisième guerre du Liban

Aux frontières d’Israël, Halevy a souligné les situations qui sont pour le moment stables, mais peuvent se détériorer rapidement.

Dans le sud, le Hamas n’est pour l’instant pas intéressé par un autre conflit contre Israël après la guerre de Gaza en 2014, connue sous le nom d’opération Bordure protectrice en Israël, a-t-il déclaré, « mais le mois prochain, cela pourrait être différent. »

Halevy a particulièrement souligné la menace du Hezbollah au Liban, au moment où Israël se prépare à marquer le mois prochain les 10 ans de la Deuxième guerre du Liban.

Des experts en explosifs israéliens inspectent une roquette du Hezbollah après son atterrissage à Haïfa, dans le nord d'Israël, le 9 août 2006. (Crédit : Max Yelinson /Flash90)
Des experts en explosifs israéliens inspectent une roquette du Hezbollah après son atterrissage à Haïfa, dans le nord d’Israël, le 9 août 2006. (Crédit : Max Yelinson /Flash90)

Le Hezbollah aurait un arsenal de plus de 100 000 missiles et roquettes, ainsi que des systèmes d’armes « qu’ils n’ont jamais eu auparavant », a déclaré Halevy.

Le chef des renseignements n’a pas dit que le prochain cycle de violence contre l’organisation terroriste soutenu par l’Iran entraînerait des pertes importantes parmi la population civile israélienne, mais presque.

« Pendant la guerre de Kippour, nous avons eu une personne tuée sur le front intérieur par un missile syrien. La situation du prochain conflit sera complètement différente », a-t-il dit.

Halevy a révélé à quel point Israël avait été proche de ce conflit l’année dernière, quand le Hezbollah avait tiré sept missiles antitanks sur des soldats israéliens à la frontière nord, tuant deux d’entre eux.

« Je ne pense pas que le Hezbollah ait réalisé le potentiel complet de victimes là-bas », a-t-il déclaré.

Des soldats israéliens regardent un véhicule brûlé près de Ghajar, après une attaque de missiles du Hezbollah le long de la frontière israélo-libanaise, le 28 janvier 2015. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
Des soldats israéliens regardent un véhicule brûlé près de Ghajar, après une attaque de missiles du Hezbollah le long de la frontière israélo-libanaise, le 28 janvier 2015. (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Si le Hezbollah avait réussi à tuer le nombre total possible de soldats, a dit Halevy, « notre réponse aurait été différente. Puis leur réponse aurait été différente. Et peut-être qu’aujourd’hui nous parlerions à la radio de la Troisième guerre du Liban contre le Hezbollah, et pas simplement de la Deuxième. »

Bien que l’armée israélienne n’ait pas actuellement de projets d’attaquer le Hezbollah, l’armée n’a jamais été plus préparée, a-t-il dit.

« Si nos ennemis connaissaient nos capacités et nos renseignements, ils s’épargneraient le prochain conflit », a déclaré Halevy.

« Je vais dire cela avec toute la prudence nécessaire, mais il n’y a jamais eu une armée qui en connaissait autant sur son ennemi que nous en connaissons sur le Hezbollah », a déclaré le chef des Renseignements militaires.

« Mais pourtant, la prochaine guerre ne sera pas simple, elle ne sera pas facile », a-t-il déclaré.

L’Iran contre les ‘sunnites pragmatiques’

Halevy a indiqué les deux groupes concurrents dans le monde musulman : l’Iran chiite, qui malgré son statut « légitime » après l’accord nucléaire de l’année dernière, continue à financer des attentats en Israël, et les états sunnites « pragmatiques », menés par l’Arabie saoudite, dont les intérêts sont de plus en plus alignés sur ceux d’Israël.

Dans tout le Moyen Orient, l’Iran et l’Arabie saoudite sont très impliqués dans beaucoup de situations. Les deux pays sont directement impliqués dans les guerres civiles syrienne et yéménite.

Funérailles du général Mohammad Ali Allahdadi, commandant des Gardiens de la Révolution islamique, tué dans un raid aérien sur la Syrie attribué à Israël, à Téhéran, le 21 janvier 2015. (Crédit : AFP/Atta Kenare)
Funérailles du général Mohammad Ali Allahdadi, commandant des Gardiens de la Révolution islamique, tué dans un raid aérien sur la Syrie attribué à Israël, à Téhéran, le 21 janvier 2015. (Crédit : AFP/Atta Kenare)

En Syrie, l’Iran a déjà perdu « 250 hommes, et ce sont juste leurs combattants des Gardiens de la révolution. Cela ne compte pas les milices chiites qui sont gérées par l’Iran », a-t-il dit.

Bien que le menace d’un Iran nucléaire ait été écartée pour quelques années suite à l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015, la République islamique continue à développer son programme nucléaire, à un taux considérablement ralenti certes, mais il a à présent la « légitimité internationale » pour agir ainsi, a déclaré Halevy.

Maintenant que l’Iran est revenu à la table des négociations, le pays a aussi acquis une légitimité diplomatique, a-t-il dit.

Tout cela, alors qu’il continue à appeler à la destruction d’Israël et donne « 60 % de leur budget » aux branches militaires du Hamas, du Hezbollah et du Jihad islamique, a déclaré Halevy.

L’Iran a déjà pris la direction de la guerre informatique contre Israël, a-t-il dit, menant des attentats numériques lui-même et formant également le Hezbollah à faire la même chose.

D’un autre côté, a-t-il déclaré, on trouve les « sunnites pragmatiques », principalement les états du Golfe, qui mènent le combat contre l’Iran.

L’Arabie saoudite d’aujourd’hui « n’est pas la même Arabie saoudite que nous avons vue il y a un an et demi », a déclaré Halevy.

« L’Arabie saoudite est plus proactive, essaie de mener le camp sunnite au Moyen Orient. C’est un pays qui s’est peut-être stabilisé et est devenu plus fort dans son combat contre l’Iran », a-t-il dit.

« Certains des intérêts des pays sunnites pragmatiques se rapprochent de nos intérêts, a déclaré Halevy. C’est un développement intéressant, et il s’y trouve une opportunité. »

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