Le Festival du film de Jérusalem fête son retour avec le drame suédois « Sans Filtre »
Le chef-d'œuvre de Ruben Östlund, lauréat de la Palme d'or au Festival de Cannes, commence telle une comédie grinçante, mais la fin risque de laisser certains dubitatifs

Le Festival du film de Jérusalem s’est ouvert jeudi à la Piscine du Sultan près des murs de la Vieille Ville de Jérusalem, avec le chef-d’œuvre primé par la Palme d’or du cinéaste suédois Ruben Östlund, « Sans filtre », qui a été projeté devant une salle comble – marquant la première projection d’un film devant un public en direct depuis 2019.
Des hauts dignitaires tel que le président Isaac Herzog et le ministre de la Culture Chili Tropper ont assisté à l’événement d’ouverture, bien qu’ils aient rapidement quitté les lieux une fois que la projection proprement dite a commencé, transformant les deux premières rangées en une ville fantôme.
En présentant le film, Östlund a tendu son téléphone vers public pour souligner l’importance de regarder des films.
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« Quand on regarde ce genre de choses, on se regarde ‘soi, soi, soi' », a dit Östlund en montrant l’écran de son iPhone.
Puis, il a fait un geste vers le gigantesque écran qui se trouvait derrière lui. « Ici, nous regardons ‘nous’. Nous regardons la société, nous discutons de la société. »
La salle presque comble, qui assistait à la première projection depuis les mesures de confinement induites par la pandémie de la COVID-19, a été extrêmement réceptive au film, un soupir de soulagement commun après l’isolement social et l’aliénation que beaucoup ont ressentis pendant le confinement.

Le film suit Carl (Harris Dickinson) et sa petite amie Yaya (Charlbi Dean) alors qu’ils s’amusent avec un groupe de milliardaires à bord d’un magnifique yacht. Le film se concentre sur le couple alors que le chaos se déroule derrière eux, entraînant le naufrage du bateau et l’échouage du groupe, composé de milliardaires, d’un oligarque russe, d’un capitaine alcoolique et d’une femme de chambre, sur une île déserte. Bien qu’il contienne des comiques de situation, le résultat se rapproche davantage de « Sa Majesté des mouches » que des « Joyeux Naufragés ».
Dès le début du film, nous rencontrons Carl lors d’un défilé de mode caractérisé par un argumentaire de marque insipide du type « Tout le monde est égal… maintenant ».
Présenté comme une ombre de plus dans une lignée de corps toniques et multiculturels, Carl est écarté pour faire de la place au premier rang à une personnalité influente de la mode.
La coquette Yaya est une manipulatrice et une briseuse de cœur, ce qu’elle avoue timidement à Carl après une dispute au sujet de l’argent. Cette séquence marque ce qui semble être la seule véritable tentative du film de les humaniser.
Au lieu de cela, le mannequin et l’influenceur populaire des réseaux sociaux sont présentés comme des cibles de dérision. Cependant, le spectateur est pris de court, et en devient presque compatissant, témoin de l’opulence criarde des riches.
Sur le bateau, leur place dans la hiérarchie des riches et des influents devient plus évidente. Ce sont des escrocs qui ont découvert ce style de vie par hasard, contrairement aux inconnus qui sont sur le navire, comme un couple de Britanniques âgés, Winston et Clémentine, qui ont fait fortune grâce à une entreprise familiale de grenades.
C’est ici qu’Östlund démontre son talent pour la cinématographie comique, l’une des meilleures qui existe. La caméra s’incline comme si elle imitait le balancement du navire en détresse. Dans une scène qui rivaliserait avec le burlesque d’un film d’Adam Sandler ou des frères Farrelly, les passagers sont victimes d’une intoxication alimentaire et une panique s’ensuit. C’est un blasphème digne des Marx Brothers.

Les deux seuls à s’en sortir indemnes sont le capitaine alcoolique et en pleine crise de la quarantaine et qui n’a pas de nom (Woody Harrelson), et Dimitry (Zlatko Buric), qui se décrit comme le « roi de la merde », ayant fait fortune avec du fumier de cheval dans les cendres de l’ancienne Union soviétique.
Après que l’Américain « communiste » et le Russe « capitaliste » se sont échangé des platitudes politiques, ils se lient rapidement autour d’un alcoolisme partagé, détournant l’interphone du bateau pour fustiger les riches passagers pour leur nature exploitante, alors que le bateau tangue de façon douteuse. Comme si cela ne suffisait pas, ils sont également attaqués par des pirates somaliens une fois la tempête passée.
Les dynamiques de pouvoir s’inversent lorsque le navire échoue sur le rivage. Sans les attributs de la société, la modeste ouvrière Abigail (Dolly De Leon) devient la seule personne à faire preuve de compétence sur cette île désormais peuplée de capitalistes inadaptés. Un drame s’ensuit, mais la fin risque de laisser de nombreux spectateurs dubitatifs.
Certains se sentiront peut-être « échoués », mais c’est peut-être là le but recherché. Une amie a qualifié la conclusion du film de « féminisme ouvert ».
Le film semble poser la question suivante : si les femmes parvenaient à créer un renversement de la dynamique traditionnelle du pouvoir, celui-ci serait-il trahi par le gain personnel ou l’avarice, c’est-à-dire soumis aux mêmes tentations que celles qui touchent traditionnellement toute structure de pouvoir ?
La réponse n’est pas claire, ou si elle l’est, Östlund ne laisse pas les spectateurs s’en tirer à bon compte en la leur fournissant.
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