Le ministre de l’Education de l’AP : pas d’incitations mais une préservation du « narratif palestinien »
Israël a ses cartes et ses héros et les Palestiniens aussi, affirme Sabri Saidam, qui envisage d’enseigner la Shoah et demande qu’Israël enseigne la “Nakba”

Le 3 juin, le ministre de l’Education de l’Autorité palestinienne (AP) Sabri Saidam a dévoilé le nouveau programme scolaire palestinien, dont il espère qu’il préparera mieux les élèves au marché du travail.
Saidam, qui supervise la réforme du système scolaire de l’AP, a indiqué que l’attention était portée sur la formation aux compétences et à l’entreprenariat, et non sur l’apprentissage pur traditionnel, qui a été la méthode utilisée depuis un demi-siècle.
Mais alors que le nouveau système cherche à préparer la prochaine génération de Palestiniens aux emplois de demain, que va-t-il apprendre aux élèves du conflit avec Israël ?
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Dans un récent entretien accordé au Times of Israël en marge du Forum économique mondial de Jordanie, le ministre a défendu le programme de l’AP contre les accusations israéliennes d’incitation à la violence contre l’Etat juif et de perpétuation du conflit.
Il a affirmé que les parties contestées au programme de l’AP, dont des cartes qui ne reconnaissent pas Israël et les louanges des « martyrs », dont beaucoup sont considérés comme des terroristes par Israël, dérivaient des « répercussions » du conflit.
Israël défend ses cartes et ses héros, a-t-il affirmé, donc les Palestiniens peuvent faire de même. « Mettez fin au conflit, et vous mettrez fin à toute cette saga », a-t-il dit.

Au sujet des critiques sur l’absence d’enseignement sur la Shoah, Saidam a indiqué qu’il « est envisagé » d’intégrer le sujet aux programmes. Il a cependant demandé qu’Israël prenne une mesure de réciprocité et enseigne la Nakba (« catastrophe »), un terme qui désigne la dépossession de la terre et la crise des réfugiés palestiniens qui ont accompagné la création de l’Etat d’Israël en 1948.
Former un Steve Jobs palestinien ?
Une grande partie de la réforme de Saidam consiste à modifier le Tawjihi, l’examen de fin d’études secondaires palestinien, qui représente selon le ministre « terreur et douleur » pour les élèves et leurs parents.
Dans le nouveau système, les élèves pourront repasser jusqu’à quatre épreuves s’ils ont échoué ou veulent améliorer leurs notes.
Les professeurs tiendront désormais un dossier pour chaque élève, dans lequel sa performance sera mesurée, selon Saidam, « en termes d’innovation, de prise d’initiative, de gestion du temps, de compétences en présentation, en leadership et au travail en équipe, et de capacité à travailler sous la pression et à répondre aux attentes. »

L’idée est de promouvoir et de valoriser la créativité et d’autres compétences moins quantifiables, qui pourraient aussi permettre aux étudiants de réussir une carrière d’entrepreneurs, dans les traces de Bill Gates et de Steve Jobs, deux géants qui n’ont jamais obtenu de diplôme universitaire.
En 2016, le taux de chômage des jeunes Palestiniens (15 – 29 ans) était de 39 %. Fait intéressant, les jeunes Palestiniens qui n’ont pas de diplôme universitaire ont bien moins de difficultés que ceux qui poursuivent des études supérieures. Dans ce contexte, un autre aspect important de la réforme est l’attention portée aux matières professionnelles et commerciales, ce qui est, selon Saidam, « la marche à suivre ».
Il existe actuellement un engorgement des carrières traditionnelles comme le droit et la médecine, et le ministre espère diversifier la main-d’œuvre palestinienne. Pour cela, dès la prochaine rentrée scolaire, les élèves de collège étudieront neuf matières professionnelles pour « répondre aux besoins modernes » : la maintenance des téléphones portables, l’irrigation et l’agriculture, les solutions environnementales, la charpenterie moderne, la construction, la gestion hôtelière et le tourisme, la programmation informatique, la conception informatique et l’analyse de système.
« L’idée de remplir les universités d’étudiants ne mène nulle part, en particulier si les spécialités sont dédoublées et qu’il existe une saturation de l’emploi », a dit Saidam.
Cartes et martyrs
Saidam a souligné que les principales critiques faites au programme de l’AP, comme l’utilisation de cartes qui ne reconnaissent pas Israël et la présence des « martyrs » sont des « répercussions » du conflit.
« Nous sommes dans un conflit, pas à un pique-nique. Nous vivons dans un monde de désaccord. Et ces désaccords ont évidemment des effets et une conséquence », a-t-il dit.
Au sujet des cartes, il a ajouté que « je m’en tiendrais uniquement aux cartes que les Palestiniens désirent. »

Quand il lui a été demandé pourquoi il ne pouvait pas conformer les cartes palestiniennes aux frontières reconnues internationalement de l’Etat d’Israël, il a répondu par un mensonge palestinien souvent répété : « selon ce qui est écrit à la Knesset, la terre d’Israël va du Nil à l’Euphrate. La carte [actuelle] d’Israël ne reflète pas l’objectif final des aspirations des Israéliens. La carte est toujours fluide, il n’y a eu aucune confirmation de l’emplacement des choses. »
En ce qui concerne la présence des « martyrs », parfois dans les manuels scolaires des écoles primaires, Saidam a affirmé qu’Israéliens comme Palestiniens honoraient ceux qu’ils voient comme des héros nationaux, peu importe ce qu’en pense l’autre partie.
« Il est curieux qu’Israël nomme des rues et des grandes installations d’après ses propres fondateurs et prétendus héros, et que les Palestiniens ne soient pas autorisés à le faire », a-t-il dit, mentionnant les anciens Premiers ministres israéliens David Ben-Gurion et Menachem Begin.
« Le héros d’un homme est le terroriste d’un autre », a-t-il ajouté.

Le ministère de Saidam a aussi été accusé de laisser intentionnellement de côté l’Holocauste. Sur ce point, le ministre pense qu’une amélioration peut être apportée.
« Dans le nouveau programme, cette question est envisagée. S’il ne fait pas partie intégrante du programme, alors ce sera sera dans les instructions sur le terrain, a-t-il dit. Cela fait partie de l’histoire de l’Allemagne nazie, et c’est quelque chose qui doit évidemment être étudié en histoire. »
Il a ajouté qu’il « est important que les personnes dans nos écoles connaissent les atrocités que les Juifs ont subies. Nus disons à nos élèves que le slogan ‘plus jamais’ doit être défendu et respecté, et que ce qui existe maintenant est un conflit contre l’occupation israélienne, pas un conflit contre les Juifs. »
Saidam a cependant demandé qu’Israël prenne une mesure de « réciprocité » et enseigne la Nakba.
Intervention internationale
Alors que le ministère de l’Education de l’AP a hâte de mettre en place ses propres réformes, en avril, il avait brièvement suspendu ses relations avec l’UNRWA, l’agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens, en raison de ses projets de modification du programme.
L’UNRWA compte plus de 312 000 élèves dans ses écoles de Cisjordanie, Jérusalem Est (50 000) et de la bande de Gaza (262 000).

L’UNRWA aurait apparemment proposé des modifications potentielles avec des « scénarios alternatifs », dont l’agence pensait qu’ils devaient être utilisés à la place des programmes de l’AP quand ceux-ci ne répondaient pas aux normes des Nations unies. Par exemple, l’UNRWA aurait proposé de supprimer les cartes ne montrant pas Israël et les photographies de soldats israéliens agressant des Palestiniens. Les changements proposés ont été divulgués dans la presse, déclenchant un scandale chez les Palestiniens.
Saidam a expliqué que toute l’affaire reposait sur une incompréhension. Selon sa version, son ministère pensait que l’UNRWA voulait modifier le programme de manière unilatérale. Mais quand il a été « précisé » que l’agence examinait les programmes et ne les modifiaient pas, « la question a été totalement résolue », a-t-il dit.
Il a confirmé qu’aucune partie autre que l’AP n’examinait le programme avant sa mise en place. « Personne ne révise le programme. Le programme est produit par le centre des programmes. Il est écrit par les Palestiniens, pour les Palestiniens. Il n’est jamais revu par des agences étrangères [avant sa publication] », a-t-il dit.
Saidam a indiqué que certaines des suggestions de l’UNRWA étaient « infondées », mais que d’autres ne l’étaient pas, et que « celles qui s’alignent sur nos principes et notre carte des programmes, nous les mettrons en place. »
Il a indiqué que tout le monde était « invité » à soumettre une opinion, y compris l’UNRWA. Une adresse e-mail est imprimée sur chaque manuel pour proposer des suggestions, a-t-il dit.
Cependant, il y a une limite à ceci. « En tant que ministre de l’Education, il est de ma responsabilité de préserver le narratif palestinien. Nous ne pouvons pas laisser les Israéliens écrire nos livres. »
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