Le ministre des Finances organise une rare rencontre avec le Premier ministre palestinien à Ramallah
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Le ministre des Finances organise une rare rencontre avec le Premier ministre palestinien à Ramallah

Des responsables de l'AP auraient réprimandé Kahlon au sujet des implantations ; Greenblatt a salué un "progrès important... sur des questions économiques essentielles"

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le ministre israélien des Finances  Moshe Kahlon (3ème à gauche) rencontre le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Rami Hamdallah (4ème à gauche) à Ramallah, le 30 octobre 2017 (Capture d'écran  : Twitter)
Le ministre israélien des Finances Moshe Kahlon (3ème à gauche) rencontre le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Rami Hamdallah (4ème à gauche) à Ramallah, le 30 octobre 2017 (Capture d'écran : Twitter)

Le ministre des Finances Moshe Kahlon s’est entretenu directement – un fait rare – dans la nuit de dimanche avec le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah à Ramallah. Les deux parties ont débattu des relations financières bilatérales ainsi que de la politique d’implantations israélienne.

Cette rencontre est survenue dans un contexte d’initiative américaine visant à améliorer les liens économiques entre les Palestiniens et Israël dans le cadre d’un plan plus large de réalisation d’un accord de paix. Elle a également eu lieu alors que la faction du Fatah, qui préside l’AP, se trouve au coeur d’un processus de réconciliation avec son adversaire du Hamas, le groupe terroriste qui gouverne la bande de Gaza. Israël a juré de ne pas s’engager avec l’AP jusqu’à ce que le Hamas renonce à la violence et reconnaisse l’Etat juif.

Ont également assisté à cette rencontre le ministre des Affaires civiles de l’AP Hussein al-Sheikh, le chef des services des renseignements généraux de l’AP, Majid Faraj ; le ministre des Finances de l’AP, Shukri Bishara; et, du côté israélien, le général de division Yoav Mordechai, à la tête des Activités gouvernementales dans les territoires, la branche du ministère de la Défense qui fait la liaison avec les Palestiniens en termes d’affaires civiles et de sécurité.

C’est la deuxième rencontre entre Kahlon et le Premier ministre de l’AP cette année.

L’envoyé spécial américain du président Donald Trump en charge du processus de paix israélo-palestinien, Jason Greenblatt, a indiqué dans un tweet publié lundi matin que « des progrès importants » ont été réalisés et que des « démarches pleines de sens » ont été entreprises sur des questions économiques essentielles – revenus, douanes, et investissements – qui viennent soutenir la quête de la paix ».

Le bureau de Kahlon s’est refusé à commenter la réunion. Les médias israéliens ont indiqué qu’elle était survenue en raison des « pressions américaines ».

De l’autre côté, l’agence de presse officielle de l’AP, Wafa, a diffusé un compte-rendu détaillé de la rencontre.

Selon le communiqué, les deux parties ont débattu d’une série de questions importantes – les récentes annonces faites sur les implantations en Israël, les efforts palestiniens visant à lever le blocus imposé à Gaza et des questions financières essentiellement.

Les Palestiniens auraient discuté de la décision israélienne de permettre récemment la construction de milliers de nouveaux logements à travers toute la Cisjordanie et Jérusalem. Les Palestiniens, a indiqué le compte-rendu, ont protesté particulièrement contre les plans de construction d’un nouveau quartier dans le nord de Jérusalem à proximité des villes palestiniennes de Kfar Akeb et de Qalandiya, qui devraient héberger 10 000 nouveaux logements juifs.

Les deux parties ont également discuté de nouveaux accords commerciaux régulant les ventes d’eau et d’électricité d’Israël à l’AP, notamment de l’augmentation des quantités livrées et des nouveaux prix.

L'envoyé spécial américain Jason Greenblatt, au centre, durant une conférence de presse concernant l'accord passé sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L’envoyé spécial américain Jason Greenblatt, au centre, durant une conférence de presse concernant l’accord passé sur l’eau entre Israël et l’Autorité palestinienne (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les responsables palestiniens ont également fait part de leur désapprobation face aux attaques contre les agriculteurs palestiniens de la part des habitants d’implantations israéliennes et à l’entrée des « extrémistes religieux » sur le mont du Temple à Jérusalem, a dit le compte-rendu.

Concernant les affaires financières, le communiqué a indiqué que les deux parties ont évoqué les revendications financières de l’AP, les accords commerciaux et les relations bancaires.

Les Palestiniens auraient également débattu d’une série de concessions financières faites au mois de mai à la demande de l’administration américaine, notamment l’autorisation de davantage de constructions palestiniennes dans la Zone C, l’expansion des villes palestiniennes en proie au surpeuplement, l’expansion de la zone industrielle à Tarqumiya, au sud de Hébron, et un service 24 heures sur 24 sur le carrefour d’Allenby, lourdement fréquenté, entre l’AP et la Jordanie.

La semaine dernière, le directeur-général du ministère des Finances Shai Babad a mené une délégation dans la ville palestinienne de Rawabi où des restrictions israéliennes ont entravé les progrès sur ce projet qui coûte plusieurs milliards de dollars. Les Américains, a fait savoir le site d’information Walla, insistent sur le fait qu’Israël autorise le travail sur la principale route d’accès à la ville.

L’initiative de paix américaine a inclus une visite la semaine dernière en Arabie saoudite faite par le gendre du président Trump qui est également son conseiller sur le Moyen-Orient, Jared Kushner.

Dimanche soir, le président de l’AP Mahmoud Abbas, qui s’est exprimé devant un groupe d’anciens législateurs israéliens à son siège de Ramallah, a expliqué que « les Américains ont assuré qu’ils annonceront très bientôt leur soutien à la solution à deux états », a fait savoir Haaretz.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas après sa rencontre avec le roi Abdallah II de Jordanie à Amman, le 22 octobre 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas après sa rencontre avec le roi Abdallah II de Jordanie à Amman, le 22 octobre 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Abbas aurait dit à l’ancien politicien que si son parti du Fatah devait former un gouvernement d’unité avec le Hamas, il ne nommerait pas dans son gouvernement des responsables du Hamas qui ne reconnaissent pas Israël.

Le bureau d’Abbas n’a pas confirmé cette information.

Sous les termes d’un accord de réconciliation réalisé au début du mois entre le Hamas et le Fatah, le gouvernement de l’AP devrait rependre le contrôle civil de Gaza en date du 1er décembre.

Suite à cet accord, le cabinet de sécurité israélien a fait savoir que le gouvernement ne négocierait pas avec l’AP avant que le Hamas ne renonce au terrorisme et qu’il reconnaisse l’Etat juif.

L’envoyé pour la paix au Moyen-Orient Greenblatt s’est fait l’écho de cette demande, en disant que tout gouvernement palestinien devrait souscrire à certaines « exigences fondamentales », en particulier le renoncement à la violence et la reconnaissance d’Israël.

L’organisation du front de libération de la Palestine a reconnu Israël mais le Hamas non. L’organisation terroriste basée à Gaza a combattu trois guerres contre Israël depuis 2008 et appelle ouvertement à sa destruction.

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