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Les Kurdes, peuple sans Etat bombardé par l’Iran et la Turquie

Revendiquant la création d'un Kurdistan unifié, les Kurdes sont perçus comme une menace pour l'intégrité territoriale des pays où ils sont installés

Kurdes irakiens avec leurs drapeaux pendant une manifestation appelant le peuple à voter au référendum d'indépendance, à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, le 22 septembre 2017. (Crédit : Safin Hamed/AFP)
Kurdes irakiens avec leurs drapeaux pendant une manifestation appelant le peuple à voter au référendum d'indépendance, à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, le 22 septembre 2017. (Crédit : Safin Hamed/AFP)

Peuple sans Etat, les Kurdes, une minorité dont le nombre est estimé entre 25 et 35 millions de personnes, sont principalement présents en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran.

Des frappes aériennes menées par la Turquie visent actuellement des combattants kurdes dans leurs fiefs du nord de l’Irak et de la Syrie, après un attentat le 13 novembre à Istanbul, attribué par Ankara à des groupes kurdes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan menace également de lancer une opération terrestre dans le nord de la Syrie.

L’Iran bombarde également l’opposition kurde iranienne installée dans le nord de l’Irak, en l’accusant d’encourager les manifestations qui secouent la République islamique depuis la mort mi-septembre de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini.

Divisés entre quatre pays 

Peuple d’origine indo-européenne, les Kurdes descendent des Mèdes de l’ancienne Perse, qui fondèrent un empire au VIIe siècle avant l’ère commune.

En majorité musulmans sunnites, avec des minorités non musulmanes et des formations politiques souvent laïques, les Kurdes sont établis sur près d’un demi-million de kilomètres carrés.

Leur nombre total varie selon les sources de 25 à 35 millions de personnes. Le plus grand nombre vit en Turquie (environ 20 % de la population). En Irak, les Kurdes représentent 15 à 20 % de la population, en Syrie 15 % et en Iran environ 10 %.

Installés dans des zones à l’intérieur des terres, ils ont su préserver leurs dialectes, leurs traditions et un mode d’organisation largement clanique.

D’importantes communautés kurdes vivent aussi en Azerbaïdjan, en Arménie ou au Liban ainsi qu’en Europe, notamment en Allemagne.

Des Kurdes irakiens brandissent le drapeau kurde au cours d’un événement de mobilisation des électeurs en amont du référendum sur l’indépendance à Arbil, capitale de la région autonome kurde, dans le nord de l’Irak, le 16 septembre 2017. (Crédit : AFP/Safin Hamed)

Ephémère espoir d’Etat 

L’effondrement de l’Empire ottoman à l’issue de la Première Guerre mondiale avait ouvert la voie à la création d’un Etat kurde, prévue par le traité de Sèvres en 1920, situé dans l’est de l’Anatolie et dans la province de Mossoul.

Mais après la victoire de Mustafa Kemal en Turquie, les Alliés sont revenus sur leur décision et, en 1923, le traité de Lausanne a consacré la domination de la Turquie, de l’Iran, de la Grande-Bretagne (pour l’Irak) et de la France (pour la Syrie) sur les populations kurdes.

Lutte antijihadiste

En Syrie, la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) a été dès 2014 l’une des principales forces combattant le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avec l’appui aérien de la coalition internationale menée par les Etats-Unis.

Début 2015, les forces kurdes soutenues par la coalition chassent l’EI de Kobané, proche de la frontière turque.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées de 25 000 Kurdes et 5 000 Arabes, sont créées en octobre. Dominées par les YPG, elles reçoivent une aide conséquente de Washington.

Les FDS vont chasser l’EI de son fief de Raqa, puis s’emparer en mars 2019 de son ultime bastion syrien, Baghouz.

En Irak, les combattants kurdes peshmergas ont également pris part à la lutte contre les jihadistes.

Conflits avec les pouvoirs centraux 

Revendiquant la création d’un Kurdistan unifié, les Kurdes sont perçus comme une menace pour l’intégrité territoriale des pays où ils sont installés.

  • En Syrie, les Kurdes, qui ont souffert de décennies de marginalisation et d’oppression du régime, adoptent au début du conflit en 2011 une position de « neutralité » envers le pouvoir et la rébellion. En 2016, ils proclament la création d’une vaste « région fédérale » dans le Nord, composée de trois cantons, s’attirant l’inimitié des forces de l’opposition et l’hostilité de la Turquie voisine.
  • En Turquie, le conflit entre le gouvernement et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a repris à l’été 2015, faisant voler en éclats les espoirs d’une résolution de cette crise qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984. Ankara a déjà mené trois offensives d’envergure en Syrie : en 2016 et début 2018 pour repousser de sa frontière les jihadistes de l’EI et les combattants des YPG, puis en 2019 contre les forces kurdes dans le nord-est.
  • En Irak, les Kurdes persécutés sous Saddam Hussein se soulèvent en 1991 après la défaite de Bagdad au Koweït et instaurent une autonomie de fait. Le Kurdistan irakien se constitue en région autonome selon les termes de la Constitution de 2005, qui instaure une République fédérale. En 2017, les Kurdes votent pour la sécession, contre l’avis de Bagdad et de la communauté internationale. En représailles, le pouvoir central envoie ses blindés reprendre les zones disputées.
  • En Iran, un soulèvement kurde durement réprimé a suivi la révolution islamique de 1979. Le pays affronte depuis des activistes kurdes, qui utilisent des bases situées dans le Kurdistan irakien pour perpétrer des attaques dans le pays.

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