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Opinion

Les manifestants n’attendent plus la fin de la guerre pour exprimer leur rage contre Netanyahu

Si le rassemblement de dimanche rappelait ceux contre la refonte, l’ordre du jour est très différent, les familles d'otages ont retiré leurs gants et Netanyahu a de bonnes raisons de s'inquiéter

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Des dizaines de milliers de personnes participent à une manifestation anti-gouvernementale devant la Knesset à Jérusalem le 31 mars 2024. (Crédit : Oren Alon / Mouvement de protestation pro-démocratique)
Des dizaines de milliers de personnes participent à une manifestation anti-gouvernementale devant la Knesset à Jérusalem le 31 mars 2024. (Crédit : Oren Alon / Mouvement de protestation pro-démocratique)

La grande manifestation qui a eu lieu dimanche soir devant la Knesset et les bureaux du gouvernement ressemblait à s’y méprendre aux manifestations de masse qui se sont tenues l’année dernière pour protester contre la refonte du système judiciaire.

Le même public, composé essentiellement des électeurs des partis centristes, Meretz et Avoda ; la même énergie que lors de la manifestation de l’été dernier, lorsque la Knesset a abrogé la clause de raisonnabilité de la Haute Cour ; la même fermeté à l’égard du Premier ministre, qui a déjà tenté d’anéantir la démocratie et qui mène aujourd’hui une guerre complexe et problématique, alors que 134 otages sont toujours détenus à Gaza.

De nombreux manifestants, qui ont inondé la rue Kaplan de Jérusalem comme un raz-de-marée humain, de la Cité du cinéma à la nouvelle Bibliothèque nationale, y ont vu comme des retrouvailles après six mois d’absence.

Il y avait néanmoins des différences notoires entre les manifestations contre la refonte du système judiciaire et l’escalade de la lutte contre Netanyahu et son gouvernement qui s’est déroulée dimanche dernier.

Premièrement, lors des manifestations contre la refonte, aucun politicien en exercice n’avait été invité à s’exprimer. Ils venaient rue Kaplan à Tel Aviv et place de Paris à Jérusalem, se mêlaient à la foule, serraient des mains, mais ils ne sont jamais montés sur aucune estrade.

Dimanche, l’orateur principal de la manifestation de devant la Knesset était le chef de l’opposition Yair Lapid, qui a prononcé un discours cinglant contre Netanyahu : « Comment n’a-t-il pas disparu de nos vies après le 7 octobre ? », a demandé le chef de Yesh Atid. « Tout ce qui l’intéresse, c’est sa fonction et son titre, quitte à laisser le pays en feu et en sang. »

La décision de permettre aux politiciens de l’opposition de s’exprimer pourrait s’avérer être une erreur et rendre moins attrayante l’adhésion au mouvement de protestation pour d’autres franges de la population, notamment la droite modérée. C’est pourtant la stratégie qu’ont décidé d’adopter les Frères d’armes, le bloc dominant dans les rues de Jérusalem dimanche dernier.

Il n’y avait peu ou pas de kippot à la manifestation de dimanche. Par contre, Arnon Ben-David, président de la fédération syndicale Histadrout, était présent, et cela pourrait s’avérer important à l’avenir.

Deuxièmement, après le désastre du 7 octobre, tout l’ordre du jour a bien sûr changé, et la détermination et la rage n’en ont été que renforcées. La refonte de la législation n’est plus d’actualité ; les questions urgentes aujourd’hui sont les otages, la crise de la conscription orthodoxe, le comportement des hommes politiques et un appel insistant, sinon au départ de Netanyahu, du moins à la tenue de nouvelles élections.

L’alliance entre de nombreuses familles d’otages et les manifestants anti-gouvernement qui s’est déclarée samedi soir à Tel Aviv s’est étendue dimanche à l’extérieur de la Knesset. L’animatrice Einat Erlich a appelé les ministres Benny Gantz et Gadi Eisenkot à quitter la coalition et à rejoindre la lutte pour les élections.

Carmit Palty-Katzir, du kibboutz Nir Oz, dont le père Rami a été assassiné le 7 octobre, la mère Hannah a été libérée de Gaza en novembre dans un état de santé catastrophique et dont le frère Elad est toujours aux mains du groupe terroriste palestinien du Hamas, a annoncé dans un discours émouvant que les familles des otages ont décidé de s’exprimer ouvertement et sans ménagement.

« Démissionnez », a-t-elle exigé de Netanyahu. « Le retour des otages passe avant toute autre chose », a-t-elle déclaré, reflétant la conviction largement partagée par les manifestants que le Premier ministre a d’autres priorités.

Les manifestants, qui ont organisé des rassemblements à Jérusalem jusqu’à mercredi, ont installé des dizaines de tentes devant la Knesset et le Gan Sacher adjacent. Ils ne veulent plus attendre la fin de la guerre pour exprimer leur colère, car personne ne sait quand elle se terminera, et ils craignent que chaque jour qui passe ne coûte la vie à d’autres otages.

Des tentes installées dans le cadre d’une manifestation de plusieurs jours appelant à la démission du gouvernement et à l’organisation d’élections législatives anticipées, devant la Knesset, à Jérusalem, le 31 mars 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

S’il est vrai que le blocage de la route de Begin plus tard dans la journée de dimanche, et les feux qui ont été allumés, sont contraires à la loi, ils soulignent toutefois le sentiment des manifestants, et en particulier des membres des familles d’otages, qu’ils ont tout essayé et qu’ils n’ont plus rien à perdre.

La grande victoire de cette manifestation a été le nombre de manifestants. Les manifestations contre la refonte du système judiciaire avaient commencé avec quelques centaines de personnes ; dimanche, ce sont 100 000 personnes qui sont venues protester contre Netanyahu, selon les estimations des organisateurs. Rien d’étonnant donc à ce que Netanyahu soit stressé.

Juste avant son hospitalisation pour une hernie dans la nuit de samedi à dimanche, Netanyahu a donné une conférence de presse dans laquelle, comme il l’a fait à de nombreuses reprises ces dernières semaines et ces derniers mois, il a tourné en dérision la demande de nouvelles élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse, depuis son bureau, à Jérusalem, le 31 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran/GPO)

« L’appel à des élections maintenant, juste avant la victoire, paralyserait Israël pendant au moins six mois », a-t-il déclaré. « Cela paralyserait les négociations pour la libération de nos otages, cela mettrait fin à la guerre avant que ses objectifs ne soient complètement atteints, et le premier à s’en réjouir serait le Hamas, ce qui en dit long ».

Peut-être Netanyahu a-t-il raison, peut-être pas. Ce qui est certain, c’est qu’il ne peut plus compter sur une contre-manifestation de 100 000 personnes devant la Knesset pour le soutenir, comme cela avait été le cas en avril dernier lors de la campagne du gouvernement en faveur d’une refonte du système judiciaire. Cette époque est révolue. Et il se pourrait que le temps soit compté pour un Premier ministre qui a peur, à juste titre, des élections et de la décision du peuple.

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